"Fantômas se déchaîne" c'est l'archétype de la suite qui veut frapper plus fort que son prédécesseur. Davantage d'exotisme, de gadgets, de décors, d'enjeux, de rythme... Tout en gardant peu ou prou la même équipe. Pourtant, à la base, le scénario ne prévoyait pas de faire revenir le commissaire Juve ! Impensable quand on identifie aujourd'hui cette trilogie à Louis de Funès.
Après la sortie du premier film, André Hunebelle et les producteurs comprennent qu'ils font fausse route. Les 4,5 millions d'entrée de "Fantomas" et les 7 millions d'entrés du "Gendarme de St-Tropez" fin 1964 ont fait de Louis de Funès une vedette. Les 11 millions d'entrée du "Corniaud" début 1965 font de lui une star.
Impossible de ne pas l'employer pour un tournage en 1965, le commissaire Juve est donc réintégré au scénario. Et de second rôle comique dans le premier volet, il devient ici l'un des personnages principaux, au même niveau que Jean Marais. Du moins, en comptant tous les personnages que ce dernier interprète...
Entre ceci, et l'aspect davantage orienté James Bond (ou OSS 117, c'est selon...), "Fantômas se déchaîne" a bel et bien changé de ton. Mais l'ensemble demeure une comédie policière tout à fait plaisante, et surtout très ambitieuse. Dont un tournage en partie en Italie, et de nombreuses scènes d'action.
Il est notamment amusant d'y voir combien d'idées seront reprises par la franchise James Bond dans les années qui suivront. Les cigares-pistolets ressemblent au cigarettes mortelles de "You Only Live Twice". Idem pour le repère volcanique. La voiture volante évoque celle de Scaramanga dans "The Man with the Golden Gun". La séquence en chute libre, inédite au cinéma à l'époque, parait proche de celle de "Moonraker".
Hunebelle a semble-t-il également laissé libre cours à de Funès, celui-ci se permettant de nombreux passages très amusants, en policier colérique ou plein de ressources. Dont une courte scène muette avec la police ferroviaire italienne, ce dont l'acteur raffolait.
A ses côtés, le duo avec Jacques Dynam fonctionne très bien. Mylène Demongeot, dans des robes systématiquement très légères (!), apporte une charme indéniable. Tandis que Raymond Pellegrin nous gratifie encore de sa magnifique voix caverneuse. On remarque enfin Olivier de Funès dans son premier rôle au cinéma. Et Jean Marais continue à donner des baffes et faire des cascades.
D'ailleurs on est bien servi à ce niveau. Avec en prime de jolis décors. Qu'il s'agisse de la base secrète so 60's de Fantomas, ou du tournage à la centrale nucléaire de Chinon, fraîchement démarrée à l'époque (ainsi que ses laboratoires, que l'on aperçoit dans le dernier acte).
Le scénario reste simple, mais "Fantômas se déchaîne" est pour moi un divertissement très honorable, témoin d'un cinéma populaire ambitieux.