Il est très difficile de réaliser une bonne adaptation des Misérables, surtout en un seul film. L'histoire s'étale sur deux romans très épais. Aussi est-il compliqué de mettre en lumière toutes les questions politiques et sociales de l'œuvre originale. Hossein s'en sort avec les honneurs.
La délinquance est d'abord reliée à sa cause principale, la pauvreté. Hugo ne prend pas trop de risque en dépeignant le cas de Valjean : le bagnard qui a croupi en prison pour un simple vol de pain, puis pour avoir tenté de s'échapper. Il aurait pu tenter d'explorer un cas moralement plus complexe : un meurtrier, par exemple. Mais, bien souvent, les limites de la compréhension, pour ce genre de personnages, se trouvent dans la psychiatrie ; sujet qui n'est pas la thématique politique que souhaite soulever Les Misérables.
C'est plutôt en dépeignant la rédemption qu'opère Valjean depuis la charité de Myriel que le récit nous séduit. N'en déplaise aux partisans de la justice punitive, le zèle autoritaire, incarné en le personnage de Javert, fait figure d'antagonisme. Sa dureté morale, sa défense systématique de la bourgeoisie et son plaisir à incarcérer les "mauvaises herbes" font de lui un être impitoyable, qui, sous couvert de rendre justice, dispense des punitions arbitraires et disproportionnées.
Toute la rencontre avec Causette nous plonge dans la rudesse campagnarde, et montre le rattachement paradoxal des classes prolétaires à la politique du dessus, pourtant aussi méprisante envers eux qu'envers les plus démunis. Tout l'arc révolutionnaire de la deuxième partie offre un prisme de lecture pertinent sur les solutions envisagées en cas de violences systémiques : rétablir le rapport de force, faire usage du nombre.
Mais toute cette critique ne concerne jamais que le livre d'Hugo, plus que le film, qui les porte aussi bien, cela dit. Disons tout de même que le film de Hossein souffre de quelques longueurs. Le découper en deux volets aurait pu permettre de mieux développer l'histoire, et de ne pas diluer le rythme. On peut aussi se questionner sur quelques procédés, un peu appuyés, utilisés pour accentuer la misère ; par exemple, le fondu enchaîné de Fantine qui se détériore sous musique lacrymale, ou l'usage du ralenti pendant l'affrontement final.