La vision du film engendre un sentiment ambivalent : la mise en scène d’Ophuls est, comme d’habitude, brillante avec plans-séquence, travellings, belle photographie en noir & blanc, de Christian Matras (47 ans, 1ère collaboration sur 4 avec le réalisateur) et décors de Jean d’Eaubonne (47 ans) dans les studios Franstudio [à Saint-Maurice (Val-de-Marne)], tandis que le scénario, adapté (par Jacques Natanson, 49 ans) de la pièce éponyme (1897), écrite à 35 ans par l’Autrichien Arthur Schnitzler, n’engendre pas du tout l’empathie et l’intérêt pour les 10 personnages de la pièce, en raison de son cynisme et nihilisme. A travers 10 couples, vivant à Vienne en 1900, dont l’un des membres quitte l’autre pour en reformer un autre, tout aussi éphémère, et ainsi de suite (d’où le titre), il est beaucoup question d’amour [cf. la citation, par la femme mariée Emma, du livre « De l’amour » (1822) de Stendhal (1783-1842)] mais il est, en fait, totalement absent, le sexe étant le moteur des comportements, hommes comme femmes et totalement hors-champ [en partie pour des raisons de censure, même s’il n’y a pas de code Hays (appliqué strictement aux Etats-Unis de 1934 à 1952) en France]. Les dialogues ont un peu vieilli, plus proches de « La princesse de Clèves » (1678) de Mme de La Fayette (1634-1693) que des pièces de Tennessee Williams (1911-1983), ainsi que les personnages stéréotypés (la prostituée, le soldat, la femme de chambre, la grisette (terme totalement désuet pour désigner une ouvrière du textile, libre sexuellement), le poète et la comédienne), même si la critique des convenances et hypocrisies bourgeoises (cf. discussion dans des lits jumeaux entre le baron Charles et sa femme Emma) reste toujours d’actualité. Ne boudons pas, néanmoins, notre plaisir en revoyant la fine fleur des comédien(ne)s français(e)s des années 1950 : Simone Signoret [29 ans), Simone Simon (39 ans), Danielle Darrieux (33 ans), Odette Joyeux (36 ans), Serge Reggiani (28 ans), Daniel Gélin (29 ans), Jean-Louis Barrault (40 ans), Gérard Philipe (28 ans) et Fernand Gravey (45 ans), sans oublier l’Autrichien Anton Walbrook (54 ans) qui est le narrateur du film.