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Frédéric P
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4,0
Publiée le 3 décembre 2017
Incroyable virtuosité de la caméra qui tourbillonne dans la salle de danse ou à l’extérieur de la maison Tellier. Dans la troisième nouvelle, la caméra se fait subjective au moment de la tentative de suicide de la femme épousant enfin le point de vue de celles qui ne sont que objets dans ce tryptique autour du plaisir masculin
Une merveille. Dans Le Plaisir, Max Ophuls retranscrit par sa mise en scène virtuose les joies et les peines de plusieurs personnages. La plus belle adaptation de Maupassant au cinéma avec Partie de Campagne de Renoir. Voir ma critique complète sur mon blog :
En une parfaite union de la maîtrise stylistique de Maupassant (dont trois nouvelles constituent l'essence du film) et de l'art cinématographique de Maximillian Oppenheimer, dit Max Ophüls, ce film réjouit. Car quand bien même le ton est triste et le contenu de l'histoire avoué à l'avance, on tient de l'un trois histoires intemporelles et rêveuses, et de l'autre un traitement peu banal des plans longs durant lesquels la caméra va et vient sur une ligne fixe. Un film à sketches donc, mais aussi une oeuvre très poétique qui donne envie de vivre les époques dont elle parle, et dont on tire à tous les coups du...plaisir !
Suite à son retour réussi en France avec La Ronde en 1950, Max Ophüls se lance dans "Le plaisir" où il adapte trois nouvelles de Maupassant, Le Masque, La Maison Tellier et Le Modèle.
Et quelle petite merveille ! Comme avec La ronde, il ne tombe pas dans le piège des films à sketchs, à savoir des segments inégaux, ici les trois nouvelles sont parfaitement adaptées et le choix est adéquat. Lorsque le second segment, La Maison Tellier marque par sa mélancolie et sa pureté, les deux autres sont nettement plus sombres et évoquent tous deux l'amour et le temps de manières différentes.
Ce second segment raconte l'histoire de pensionnaires d'une maison close de la ville qui vont dans un village voisin pour célébrer la communion de la fille du frère de l'une d'elles. Ophüls met d'abord en avant le choc des cultures entre les dames de la ville qui vont arriver chez le frère paysan (formidable Jean Gabin !) avant que la pureté, l'innocence et la nature créées chez elle une source de mélancolie et de nostalgie face à leur vie de débauche. Un jour dans une année qui contraste avec leur mode de vie habituelle et l'émotion est au rendez-vous. Tout en légèreté, Ophüls lorgne d'abord vers la comédie fine usant de brillants dialogues avant de mettre ces dames face à leur vie.
Néanmoins, ce sont vraiment les deux autres séquences qui ont attiré mon attention. Deux séquences où l'on découvre l'amour face au temps, un amour d'abord fort puis qui finit par devenir lassant. Deux métrages sombres où Ophüls montre tout son talent pour donner de la puissance dramatique aux deux histoires et pour montrer que si le plaisir est facile, comme en attestent les maisons closes ou la rencontre du peintre et de son modèle, le vrai amour, le bonheur censé résister au temps, n'est pas joyeux et bien plus compliqué...
Derrière la caméra Ophüls démontre à nouveau tout son talent. C'est fluide, il déborde d'idées; tous les plans sont bien trouvés et mis en valeur, jouant parfois sur d'infimes détails et plusieurs séquences restent mémorables telles les montées d'escaliers ou l'homme et son masque. Sa mise en scène est d'une élégance rare, et ce pour les trois histoires malgré leurs portés différentes. Toujours bien écrit, notamment au niveau des dialogues, il bénéficie aussi de très bonnes interprétations.
Ophüls, à travers cette brillante adaptation de trois nouvelles de Maupassant, évoque le plaisir, le bonheur éphémère et la vie en couple sur le long terme, le tout avec autant de talent que d'élégance.
Ophüls à le don de raconter des histoires. Il s'intéresse donc aux conteur. Et c'est à juste titre qu'il s'est tourné vers Maupassant et à ses nombreuses nouvelles. Le film se déroule tout seul, il est léger et futile à souhait. La mise en scène est fluide comme le moment où l'on perçoit la maison Tellier par la façade. C'est très beau. Les histoires n'ont rien à voir entre elles. Ce sont donc des moyens métrages et des courts métrages.
Max Ophüls adapte trois nouvelles de Guy de Maupassant (Le Masque, La Maison Tellier, Le Modèle) pour un résultat décevant : les histoires d'inégales longueurs (15 minutes, 1 heure, 20 minute) se révèlent barbantes et se concluent – du moins pour les deux premières – de manière abrupte, laissant un goût d'inachevé. Quelques beaux passages et une superbe interprétation de Jean Gabin ne parviennent pas à sauver le film de l'ennui.
Adapter Maupassant au cinéma n'est pas si simple. Christian-Jacque y était parvenu de bien belle manière avec l'excellent Boule de Suif en 1945 car il avait en mixant deux récits réussit à les dynamiser. Ici c'est tout autre chose, en restant très proche du texte avec l'utilisation de la voix off, Ophuls réussit plus un film d'ambiance qu'un film narratif. Alors bien sûr, il sait filmer et sa caméra donne le tournis, ça bouge, ça court (même quand ça ne se justifie pas), l'utilisation de la bande son est judicieuse, la direction d'acteurs parfois innovante, mais est-ce suffisant ? Ces histoires sont des esquisses et on a peine le temps de s'intéresser aux personnages (Un peu comme Gabin qui aurait bien voulu avec Darrieu…) Sans compter que certaines scènes qui peuvent avoir du sel quand on les lit n'apporte pas grand-chose une fois sur l'écran (le couple de vieux dans le train, ou pire l'insupportable et interminable scène dans l'église). Si la première et la troisième histoire ont une chute assez faible, Il faut malgré rendre grâce à la Maison Tellier pour son aspect subversif, voir des filles de joies, heureuses et souriantes, ça nous change du misérabilisme convenu sur le sujet.
La luxure et la joie de vivre racontée par Ophüls en trois histoires d'après Maupassant. D'une première part, on peut se réjouir de découvrir une adaptation remarquable de l'univers de l'auteur normand, à savoir sur ses personnages mystérieux, issus de la campagne et des petites bourgades. La direction artistique souligne cet aspect en enrichissant les décors d'éléments colorés et très lumineux comme les fleurs ou les vêtements soyeux des dames, même si on regrette que le film n'ait pas été réalisé en couleurs. A travers cela, Ophüls transforme la caméra en oeil observateur, la plupart du temps celle-ci est cachée derrière une fenêtre ou espionne les personnages derrière leur dos ( les clients déçus de la fermeture de la maison close ). La voix-off renforce l'esprit narratif et descriptif d'une tradition locale. Seulement, les trois nouvelles adaptées ne parviennent pas à combler l'impression d'histoire incomplète : le spectateur a à peine découvert le problème du premier acte qu'il est subitement emporté vers une toute autre histoire, sans ajouter une émotion peu présente à cause d'une voix-off qui dicte artificiellement nos ressentis. L'ensemble est confus, les personnages s'accumulent sans qu'on puisse s'y attacher, finalement le film de Ophüls méritait mieux d'être découpé en trois courts-métrages qui auraient été plus percutants par leur esthétisme.
Quel plaisir, effectivement! Jamais Maupassant n'a été aussi bien servi au cinéma. C'est lumineux, c'est vivant, c'est gai, c'est ironique sans jamais être cynique, ça peint la comédie sociale et les drames de la vie avec une légèreté, mais aussi une lucidité, inouïes... Et c'est une telle débauche de talent ! La première scène donne le ton, avec un bal étourdissant, d'une énergie folle, où la caméra d'Ophüls emporte tout le monde dans un tourbillon vertigineux - pour mieux nous faire échouer dans l'appartement sordide d'un vieux danseur masqué, ramené chez lui après un malaise par un docteur noceur. Image pathétique d'un séducteur qui refuse d'admettre que la roue a tourné. Ca continue avec "La maison Tellier", géniale épopée d'une troupe de prostituées partant assister à la première communion de la nièce de leur patronne. Là encore, virtuosité hallucinante du réalisateur quand il s'agit de filmer l'intérieur de la maison close avec une caméra qui n'en franchit jamais les portes, ou quand il filme le train ou la charrette qui emportent ces dames - quel usage du travelling! Humour dévastateur quand Ophüls brosse le portrait des clients déçus que leur établissement favori soit fermé pour un soir. Génie de sa direction d'acteurs, quand il orchestre les échanges hauts en couleur de la troupe composée de Danielle Darrieux, Mila Prely, Paulette Dubost et Ginette Leclerc, cornaquées par la géniale Madeleine Renaud, avec les apparitions de Gabin et (surtout) Pierre Brasseur. La scène dans l'église est un sommet absolu, un concentré d'esprit Maupassant: on ne sait pas si on doit fondre en larmes avec l'ensemble des paroissiens bouleversés, ou hurler de rire devant le ridicule de la situation. Et si la dernière histoire, centrée sur le couple Daniel Gélin / Simone Simon, est un ton en dessous, on remarque quand même que son dernier plan sera imité presque à l'identique par Dino Risi en clôture de son film "Les monstres", dix ans plus tard. Transition entre le cinéma expressionniste allemand d'avant-guerre, le réalisme poétique français de l'immédiat après-guerre et la féroce comédie italienne des années 60, "Le Plaisir" est une oeuvre intemporelle, qui n'a pas fini de régaler des générations de cinéphiles.
Un chef-d’œuvre authentique et qui résiste à l’air du temps, différemment de certains un peu galvaudés ! Dans ce film à sketches (trois), genre qui n’est pourtant guère porteur, trois bijoux, avec une mention spéciale pour le second « La maison Tellier », inoubliable, superbe ! Le premier, « Le masque » est un modèle de virtuosité et de tonicité. Quant au troisième « Le modèle », il est magique, léger, fascinant par ses décors et sa photographie. Film de référence, tourné par un des plus grands cinéastes de tous les temps, à la mise en scène divine, au noir et blanc merveilleux, empli de lyrisme, de romantisme, d’expressionnisme… un musée ! Ajoutons la fine fleur des actrices de l’époque, une interprétation parfaite mais équilibrée (probablement très dur de diriger tous ces ego !) et la voix profonde, nuancée du commentateur, Jean Servais. Une heure trente au sommet de l’art cinématographique.
Rétrospective Max Ophüls à la Filmothèque du Quartier latin "Le plaisir" (1952) est souvent présenté comme son chef d’œuvre - ex æquo avec "Lola Montès", "La Ronde" ou "Madame de ..." Cette adaptation de trois nouvelles de Maupassant symbolise en effet l'apogée du classicisme au cinéma. Tout est parfait, de l'interprétation (Jean Gabin, Danielle Darrieux, Claude Brasseur) au scénario en passant par les étourdissants mouvements de caméra (on cite en exemple dans les écoles de cinéma la virtuosité à filmer l'intérieur de la maison Tellier depuis l'extérieur sans jamais en franchir le seuil) Le titre du film bien sûr n'est pas à prendre au pied de la lettre. Ophüls a du plaisir une appréhension toute pascalienne. La recherche du plaisir détourne l'homme d'aspirations plus élevées. Il le rabaisse, l’avilit comme ce vieillard, caché sous le masque du premier tableau, qui court les cabarets à la recherche d'une jeunesse perdue. Tout au plus peut-on aspirer à quelques moments de gaîté, ainsi de ces instants volés à la routine vulgaire de la maison Tellier, le temps de la première communion d'une nièce à la campagne. Quant au bonheur, il se trouve dans la durée et - comme l'affirme les dernières phrases souvent citées du film - "n'est pas gai".
Ophüls adapte triplement Maupassant et offre un vrai voyage sur les variations du "plaisir". C'est à la fois léger et grave, cru sans être vulgaire, élégant sans être maniéré. C'est aérien, c'est un voyage dans le temps, et c'est pourtant diablement d'actualité. Le sérieux se mêle à l'absurde à travers trois "sketchs" où l'univers du romancier télescope celui du cinéaste, et ce sans qu'il se mange l'un et l'autre. Des grands moments, "Le plaisir" n'en manque pas ; ne serait-ce que l'introduction et le final, brillant d'inventivité et d'émotion. Quand à la mise en scène, Ophüls se permet tout et sa caméra, mouvementée, virevoltante au possible, se fait l’œil d'un "carnaval" des mœurs à la fois drôle et touchant. De la grâce chez certaines, de l'humour chez d'autres, et par-dessus tout, une vérité. Assené en lasagnes durant tout le film, et diablement prononcé lors d'un final tragique, et particulièrement impressionnant. Un classique qui en a encore dans le ventre, et qui mériterait d'être vu et rerevu, ne serait-ce que pour l'écho qu'il renvoie à la société dérivante d'aujourd'hui. Chapeau bas.
Pas mal seulement , parceque comme l'a déjà dit quelqu'un , les scenarios sont par trop indigents...Non, ce n'est pas un chez d'œuvre, juste un super exercice de cinéaste.
A partir de trois contes de Maupassant, Max Ophüls décline les formes du plaisir à travers sa rencontre avec l'amour ou même la mort, parlant ainsi de la difficulté de l'homme d'accéder au bonheur ("Le bonheur n'est pas gai" dira le narrateur à la fin). Si les histoires sont à priori plutôt simples, Ophüls sait, grâce à sa mise en scène, tirer parti du moindre dialogue et du moindre sous-entendu. Le soin apporté aux décors (que ce soit la salle de bal ou la maison Tellier), aux costumes et à l'éclairage (noir et blanc superbe aux cadrages très travaillés) ne fait qu'apporter à la qualité du film, dont on retiendra surtout les magnifique plans-séquences d'une extraordinaire modernité. Le tout avec une distribution impressionnante et une musique aussi excellente qu'entraînante.