Réalisateur presque quadragénaire, né à Mahé dans le territoire de Pondichéry en Inde, M. Night Shyamalan a le mérite d'avoir réhabilité, en l'espace de neuf long-métrages (un dixième sort cette année: Le dernier maître de l'air) les genres de l'horreur et du fantastique, d'avoir dignement redonné à la peur, aux twists renversants de fin, aux monstres, farfadets, "jeunes filles de l'eau" et autres extra-terrestres leur place au cinéma. De toute façon, l'horreur ne l'intéresse pas en elle-même. Elle est beaucoup plus un moyen d'intéresser, d'émouvoir et de captiver le spectateur - comme le dit Shyamalan: "Mes films doivent provoquer quelque chose quand on les voit. La part d'horreur dans mes films est seulement un masque qui doit faire prisonnier le spectateur, le poussant à regarder plus exactement et à mieux écouter ce qu'il se passe !"
C'est un précepte qu'on peut vérifier à l'aune du sixième long-métrage de ce nouveau maître du genre, Signes. Ici l'apparition de gigantesques agroglyphes dans des champs de maïs partout dans le monde, et la menace d'extra-terrestres qu'elle amène paraît être bien plus un prétexte pour sous-entendre des questions sur le sens de la vie, la place de l'homme dans l'univers. Le pitch horrifique facile sert avant tout à placer des interrogations métaphysiques au coeur du récit. En même temps, Shyamalan jongle avec des éléments de drame: le personnage principal Graham Hess (impeccable Mel Gibson) est un ancien prêtre qui a abandonné la foi suite à la mort de sa femme, et qui la reprendra ensuite après que sa fille Bo ait échappé in extremis à la mort.
En tout cas ces éléments de drame, d'horreur et de fantastique s'intégrent parfaitement dans la croûte du récit. Tout au long de ce Signes, on remarque une tension que Shyamalan, de façon hallucinante, arrive à garder toujours au diapason. La sauce horrifique ici est loin d'être gratuite; bien au contraire, comme il le déclare dans ses intentions cinématographiques, l'horreur doit seulement pousser le spectateur à "regarder plus exactement et à mieux écouter ce qu'il se passe. Pari réussi! Par la menace constante d'une apparition d'un potentiel extra-terrestre dans le plan, le spectateur est happé par le moindre des détails filmés. De plus, il est immergé de façon puissante dans l'histoire; et assiste de façon tout aussi abasourdie que la famille Hess à l'annonce des nouvelles à la télé et à la radio, toutes unanimes à déclarer que la fin est proche.
Car enfin à quoi remettre l'apparition de ces gigantesques agroglyphes? Un acte blagueur, provacteur, terroriste? Est-ce l'oeuvre de charlatants, de petits voyous? De phénomènes naturels? Ou l'oeuvre de Dieu? Graham Hess ne peut accepter cette dernière hypothèse, puisqu'elle serait contraire à ses convictions habituelles: Hess ayant renoncé à Dieu et à sa profession de pasteur, après la mort subite de sa femme dans un accident de voiture (il se rétracte dorénavant lorsqu'on lui dit "Mon père"). Et il s'acharne ainsi à s'accrocher à une explication rationnelle, qu'elle quelle est. Mais lorsque sa jeune fille Bo passe à deux doigts de la morts, et en réchappe, l'homme ne cherche plus et, dans une dernière séquence, remet son habit noir de pasteur.
Qu'est-ce que cela signifie-t-il? N'y a-t-il pas de signification rationnelle? ou bien Ne faut-il pas la chercher? Signes laisse planer cette ambiguïté qui nous hante longuement.