Le solitaire est le premier film cinéma de Michael Mann. Ce dernier s'était pourtant déjà fait remarquer avec un téléfilm, Comme un homme libre, dont le succès avait même entraîné une sortie en salle dans certains pays, dont la France.
Le solitaire se présente au premier abord comme un polar musclé, ce qu'il est en partie, mais qu'il dépasse largement par beaucoup de finesse. Il y a un souci au niveau des détails, et la maniaquerie du réalisateur est d'ailleurs légendaire. Les scènes de cambriolages sont réalisées avec une minutie extrême et on sait que le réalisateur a recruté d'anciens cambrioleurs, ainsi que d'anciens policiers, comme conseillers sur le plateau.
Il y a aussi une très belle photo nocturne de la ville de Chicago avec un extraordinaire travail sur les lumières, les enseignes lumineuses, les néons.
Il y a aussi de très belles scènes intimistes, celle entre Franck (James Caan) et Willie (David Okla) et surtout, celle où, dans un snack, Frank cherche à convaincre Jessie de devenir sa femme. De très belles idées comme celle de ce collage de photos fait en prison par Franck, collage qui représente sa vie rêvée en famille, vie qu'il n'obtiendra jamais.
Il y a enfin un arrière-fond psychanalytique, puisqu'on apprend, dans la très belle scène où on lui refuse l'adoption d'un enfant à cause de son passé, que Franck est orphelin et que l'on peut alors voir Willie et Léo (Robert Prosky) comme deux figures du père absent, l'une bénéfique, l'autre maléfique.
Comme le fait très justement observer Nicolas Journet dans son analyse sur Critikat : «Michael Mann a une manière très « fordienne » d’interroger la virilité. Il aime le principe du duo qui tend souvent vers le duel. Car, dans son cinéma, la masculinité est montrée en lutte, travaillée par des pulsions contradictoires, entre bien et mal, entre morale du père et désir de puissance, entre vie et mort. De cette double face, il joue non pas sur la surenchère que pourrait entraîner un choc banal des contraires, mais, à l’inverse, creuse la profonde mélancolie de voir ces deux parts animales totalement irréconciliables. »