Jean Pierre Melville a réussi à créer un puissant paradoxe avec ce film: rendre un sujet aussi poignant que l'Occupation allemande soporiphique à souhait! Oui, à cause des plans interminables (Lino Ventura marche dans la rue, rentre dans une maison, enlève son manteau, s'asseoit sur une chaise...était-il nécéssaire de filmer tout ça?), de la rareté des dialogues, de la quasi absence de la musique, de la lenteur de l'intrigue, l'Armée des Ombres parvient à plonger le spectateur dans un état second aussi sûrement que le ferait un paquet de somnifères. Un film d'une lenteur insoutenable, donc. à ce défaut s'ajoute un autre point noir, aussi grave: l'absence totale de psychologie dans le scénario et pour les personnages. Pourquoi résistent-ils? Contre quoi? Contre qui? Dans quel but? Le film ne donne pas la moindre réponse à ses questions, faisant l'impasse aussi bien sur les convictions des Résistants que sur la cruauté des Nazis (sauf dans deux trois scènes oubliables). Le personnage principal se révèle très peu attachant. Pas à cause de son côté taciturne et solitaire, mais parce qu'on peine à déceler en lui une quelconque trace d'humanité. Piètre moyen de rendre hommage aux Résistants! En même temps, le film est tiré d'un roman d'un certain Joseph Kessel. Celui-ci, grand Résistant, est aussi un écrivain peu accessible (j'ai abandonné "fortune carrée" au bout de 20 pages), accumulant les détails et l'ambigüité. Telle est sans doute une des causes de la lenteur du film et du manque de psychologie des personnages. L'intérêt du film réside dans son réalisme. Melville et Kessel étaient tous deux Résistants, aussi le film est-il imprégné de crédibilité et de véracité. On en ressort instruit à propos des opérations de la Résistance, qui consistaient essentiellement en libérations de prisonniers. Réaliste sur ce plan là, muet sur le plan psychologique, le film n'en reste pas moins ennuyeux au possible, malgré l'intérêt qu'il suscite de temps à autre. Soyons objectifs cependant: la fin est réussie. Cette scène, teintée de noirceur et de pessimisme, est pour moi la seule scène vraiment réussie du film, la seule qui permet de diffuser une vraie émotion. Un film à voir pour les passionés de cette époque, mais à éviter pour tous les autres. à part si vous rencontrez des problèmes de sommeil...