Un village belge est coincé aux frontières néerlandaise et allemande. De quoi alimenter aberrations et imbroglios géographico-administatifs? raconter un Clochemerle international? Pas du tout. Le film n'est pas une comédie et, dès le début, on est surpris de voir des douaniers tirer sans sommation sur des contrebandiers, nommés ici fraudeurs. En réalité, ce film belgo-allemand, sur un scénario de Charles Spaak et avec une poignée d'acteurs français, est un curieux drame social qui milite en faveur d'un marché commun et contre les frontières, lesquelles favorisent les guerres et font le bonheur des contrebandiers (comme l'indiquera cette bringue entre fraudeurs allemands et belges). Conformément à cette intention, ce film de commande célèbre la création du Bénélux (dont on se persuadera du bien-fondé dans un dernier plan caustique et allégorique). Ce n'est pas tant l'intrigue qui intéresse que l'esprit et l'objectif du film, lesquels, à travers les groupes sociaux qui composent le sujet -douaniers, ouvriers, fraudeurs- introduisent les accents d'un traité économique. Les auteurs font le choix du didactisme sur le ton de la gravité, ce qui n'est pas sans entrainer quelques pesanteurs dramatiques malgré une réelle sobriété. De fait, on peut regretter que le sujet ait tourné le dos à la satire, qui semble a posteriori un mode tout indiqué pour instruire cette thématique.
Restauré et numérisé par Malavida avec le soutien du CNC, Le Banquet des Fraudeurs est le seul long-métrage de fiction de celui considéré comme le pionnier du cinéma belge. C’est l’histoire d’un village traversé par trois frontières et habité par trois mondes, celui des travailleurs, celui des douaniers et celui des fraudeurs. Le Banquet des Fraudeurs est un film de commande du plan Marshall sur le phénomène Benelux. En soulevant de nombreux problèmes sociaux, ce film d’après-guerre milite pour l’abolition des frontières. Cependant, les cinq actions parallèles nous font perdre la tête car la composition scénaristique et les changements de tons s’imposent sans réelles divisions. C’est alors que la confusion gagne du terrain et on ne sait plus quel message Henri Storck souhaitait faire passer. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44