Attention, le visionnage du film pourra être éprouvant pour les plus sensibles..
Mandingo fait tourner son intrigue autour du fils et successeur du dirigeant d'une plantation de Louisiane au mitan du dix-neuvième siècle : sous l'impulsion de son père, Hammond Maxwell doit se trouver une femme pour perpétuer, après son père et après lui-même, l'héritage du domaine de Falconhurst ; pour son divertissement, il veut aussi se dégotter un "mandingue", un nègre de combat, sensé représenter le summum de ce que peut offrir la pureté de la race noire et ses qualités : force brute et virile. L'acquisition concomitante et finalement tout autant monétaire des deux côtés d'une épouse et d'un esclave est tout sauf fortuite ... Plus humain et moins expérimenté, Hammond n'a cependant rien à voir avec le personnage de Calvin Candie dans Django Unchained, inspiré par ce film de Fleischer. Hammond est la figure d'un blanc, qui, s'il s'inscrit totalement dans le système esclavagiste de son époque et en profite, se révèle légèrement sensible aux souffrances des esclaves que les propriétaires d'esclaves des plantations de la proximité ou de la Nouvelle-Orléans, sans avoir l'intelligence pour prendre le recul sur le système ni la sincérité pour reconnaître sa responsabilité.
De là, Mandingo affiche les tourments du pan de l'humanité réduit à des bêtes de somme et d'élevage pendant cette période sombre. Des hommes domptés que l'on fait travailler au champ et que l'on reproduit par saillie, qu'on sélectionne et qu'on vend sur le marché avec des certificats comme des bœufs de concours agricole, qu'on méprise et dédaigne, qu'on avilit et qu'on tue.
Fleischer enchaine et déchaîne avec maîtrise le sexe et la violence, non pour exciter facilement les passions du public, mais bien pour provoquer le malaise et dans l'optique évidente de montrer crument une réalité telle qu'il l'envisage. Le tout sans faire de concession sur la vision qu'il a créée pour ce petit bout reculé du sud esclavagiste des États-Unis du XIXème siècle. Le film est dans cette optique une réussite : il suscitera autant le dégoût que la réflexion sur la nature humaine. A côté des "12 Years a Slave" ou "La Couleur Pourpre" Il se révèle un témoin intéressant de ce qu'a pu être la condition inhumaine.
Toutefois, ce témoin manipulé par un avocat zélé semble trop enclin à vouloir convaincre un jury imaginaire et use de ressorts trop séduisants pour que le discours semble vérace. La vision de Fleischer peut verser dans l’exagération et manque par moment de crédibilité. Pour exemple ces deux scènes en début de film : tout d'abord trois blancs esclavagistes dans une discussion autour de la table du diner donnant à comprendre qu'ils sont finalement d'une culture frustre, dogmatique, mais également superstitieuse et dénuée à la fois de réflexion collective et d'introspection. Avec leur accent sudiste, ils ne sont pas loin d'être des ploucs finis, comme certains autres louisianais 150 ans plus tard dans True Detective saison 1. Dans la scène suivante, trois noirs esclaves dans un grange se donnent quasiment un sermon sur leur droit à la liberté dont le ton semble plus proche de la lutte des droits civiques des années 50-60-70 aux Etats-Unis que de ce que pourraient être l'expression d'une dignité et d'une révolte d'esclaves maintenus dans l'analphabétisme en 1840. Ça parait un peu anachronique et exagéré, dans ce film qui parvient par ailleurs avec succès à créer un contexte et une atmosphère plus nuancée.