Le fait que le film soit adapté du livre éponyme (1969) de l’écrivain américain Robin Moore, lui-même s’étant inspiré de l’enquête de 2 policiers de New York, Eddie Egan et Sonny Grosso (conseillers techniques et figurants du film), sur l’importation à New York d’héroïne en provenance de France (d’où le titre), lui donne une valeur documentaire. Une bonne partie du film est consacrée au quotidien de 2 flics, Doyle dit Popeye (Gene Hackman, 41 ans), brutal et impulsif, et Buddy Russo dit Cloudy (Roy Scheider, 39 ans) : descentes dans des bars louches, planques (en voitures ou déguisés), ainsi que filatures. Celle du Français Alain Charnier (Fernando Rey, 54 ans) par Doyle dans le métro, évoque celle de Jeff Costello (Alain Delon) par des policiers dans le métro parisien, dans « Le samouraï » (1967) de Jean-Pierre Melville. Le film a marqué les esprits avec la célèbre poursuite où Gene Hackman suit en voiture le métro aérien où s’est enfuit le tueur aux ordres d’Alain Charnier (Marcel Bozzuffi, 42 ans). La cache de l’héroïne
dans la voiture Lincoln du présentateur français de télé, Henri Devereaux (Frédéric de Pasquale, 40 ans)
a inspiré Gérard Oury dans son film, « Le corniaud » (1965) où Antoine Maréchal (Bourvil) convoyait une Cadillac de Naples à Bordeaux où la voiture devait embarquer pour New York. Il est étonnant que la Lincoln, entièrement désossée, et sans précautions, par les policiers new-yorkais pour rechercher l’héroïne, soit rendue « intacte » à son propriétaire. Enfin, le tournage, en lumière naturelle, pendant l’hiver rigoureux 1970-71, accroit l’authenticité du film, sans oublier la scène finale, particulièrement glauque dans une usine désaffectée, suintante et humide. Enfin, on a plaisir à voir Marseille dans les années 70 (basilique Notre-Dame-de-la-Garde, Canebière, château d’If). Pas étonnant que le film ait obtenu 5 Oscars [meilleurs film (au détriment de « Orange mécanique » de Stanley Kubrick), réalisateur, acteur (Gene Hackman), scénario adapté et montage].