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Nelly M.
114 abonnés
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4,0
Publiée le 30 mars 2008
Pour l'époque à laquelle c'est sorti (1936), c'est déjà un aperçu des performances futures du cinéaste, toujours au ras de ses personnages. Ce serait parti d'une situation vécue, le pont est très symbolique. On pense (drôle de saveur aujourd'hui en 2008 !) à ce fol espoir de "réussir" en passant une frontière, à des gens comme Yves Montand, par exemple.Et irrésistiblement, l'accent du sud y contribuant largement, à Marcel Pagnol ! Le côté bon vivant, la manie anecdotique de Jean Renoir est déjà présente, les chansons, le bébé, le petit chat, le "charreton" du lavoir... Des vérités inavouables aussi, l'adultère pour l'homme quasiment banalisé ici, mais aussi l'envie de fuir de "l'étranger" trop redevable, la petitesse des intérêts personnels, l'influençabilité féminine jusqu'à un certain point. Gardons aussi à l'esprit qu'on se préparait à la Seconde Guerre Mondiale...
Après Madame Bovary et avant Le Crime de Monsieur Lange, Renoir signe un film pagnolesque qui ne manque pas de charme. Les dialogues ne sont pas toujours compréhensibles, mais la franchise des sentiments des personnages et leur spontanéité forcent l'admiration. Belle réussite, cependant le caractère tragique ne convainc pas, hélas.
Beau film sur l'amour en Provence et aussi sur l'immigration même si le thème à la mode dans l'actualité n'est finalement que secondaire. On trouve pas mal d'éléments qui pourraient se situé dans une tragédie grecque. Tout le film repose sur son scénario bien écrit, il est vrai mais c'est peut-être un peu limité.
Grosse deception que ce long métrage de Jean Renoir. L'histoire n'est jamais captivante, la mise en scène est bien trop classique et sans réelle inspiration, et en plus le casting nous fait ressentir que très peu d'émotions. Une deception à la hauteur de l'attente.
A partir d’un fait divers, Jean Renoir dans « Toni » développe un scénario dramatique à plusieurs niveaux. Chronologiquement et pendant tout le film, c’est le drame du déracinement de ces travailleurs plein d’espoir. C’est aussi le dur labeur et le mépris. Dans ce cadre général se développe une impossible relation entre Fernand (Delmont) qui aime Marie (Jenny Hélia) qui aime Toni l’italien (Charles Blavette) qui aime Josefa l’espagnole (Célia Montalvan) qui en épouse Albert (Max Dalban), le chef de Toni, si bien que Toni épouse Marie. Ces histoires d’amour sont donc contrariées par le chef, qui chipe littéralement Josefa à Toni en la violant. La loi du plus fort. Cette critique sociale s’accompagne aussi de passages au milieu de bourgeois indifférents aux difficultés du petit peuple. Résumé de la sorte, le film pouvait s’égarer dans le discours social greffé sur un mélodrame larmoyant. Il n’en est rien. La mise en scène sèche et concise va à l’essentiel exposant les trois niveaux du drame avec précision. La direction d’acteur de Renoir est encore une fois remarquable, le jeu sans fausse note de tous les protagonistes forçant le respect. Les mouvements de caméra et la photographie de Claude Renoir sont exceptionnels, permettant à la modernité de la mise en scène de s’exprimer pleinement. En effet, réalisé en 1935, le film semble daté du début des années cinquante, si ce n’était une bande son d’époque. Dommage car la musique est remarquable, mais les dialogues pas toujours très nets. Produit par Marcel Pagnol, filmé près de Martigues et « avé l’assent local », le film ne tombe jamais dans le tourisme, ni le folklore, à la recherche constante du réalisme. Par conséquent, Renoir peut être considéré comme le précurseur du néoréalisme italien. Visconti (assistant non crédité) reconnaitra ce qu’il doit au maître en général et à ce film en particulier pour le magnifique « Obssesione ». Outre Atlantique, « Toni » est considéré comme un des films essentiels de Renoir. Avec le recul c’est sans doute éxagéré, surtout au vu d’une mise en place inégale et trop longue.
Si l'on ressent bien la mélancolie infusée par Renoir dans son film, et en dépit de quelques inspirations en début de parcours, il y manque le verbe haut d'un Pagnol et son sens de la dramaturgie pour enlever cette histoire tragique au niveau qu'on aurait pu espérer. Les images sont belles, la musique aussi, mais les acteurs sont dans l'ensemble trop timorés et le récit un peu trop mécanique, en dépit d'une fin assez habile.
La Provence de Jean Renoir n'est pas ici celle de Pagnol. Même dramatiques, les sujets de Pagnol sont toujours peuplés de personnages pittoresques. Dans "Toni", les personnages ne sont ni paysans, ni même provençaux; ce sont des ouvriers pour la plupart étrangers, venus en France avec l'espoir d'y trouver des conditions d'existence moins dures. Cette communauté (on découvre là, peut-être involontaire, un thème cher à Renoir qu'il développera dans "La grande illusion", celui de la primauté de l'appartenance sociale par rapport à l'appartenance nationale), cette communauté serait sans histoires, s'il n'était, précisément, une histoire d'amour. Si le réalisme social de Renoir annonce le néoralisme italien (Visconti est l'assistant de Renoir sur ce film), on ne peut sans doute pas parler ici de drame néoréaliste dans la mesure où le destin des personnages, et de Toni (Charles Blavette) en particulier, n'apparait pas directement lié à leur condition sociale -en dépit que l'amour idéalisé de Toni peut sembler subir la dureté des moeurs du temps. C'est un fait divers passionnel qui a, certes, la brutalité des drames populaires mais qui garde un caractère anecdotique.
Il y a certes des qualités dans ce film, inspiré d’un fait divers sordide : l‘égalité de regard sur les personnages, avec un recul empreint de simplicité et de compréhension, une constante dans les films de Renoir, l’approche de la condition d’immigré (déjà), la volonté d’un réalisme social, et l’esprit de Pagnol dans certaines scènes (celle de l’abeille dans le chemisier étant particulièrement savoureuse). Mais, hormis dans ce dernier type de scènes, l’ensemble reste bien froid. La simplicité tend trop souvent au simplisme, et les comportements à la caricature, faute de pertinence psychologique. De ce fait la tragédie manque d’ampleur. Un exemple de film intéressant par sa conception, mais dont la vision est plutôt pesante.
Je lis dans certaines critiques une certaine haine pour l'esprit populiste de ce film provençal. Au contraire personnellement c'est ce que je préfère dans ce film : le mélange des peuples de base: La Provence, l'Italie, et l'Espagne. Cela nous rappelle que ce sud français est complètement interpénétré par les immigrations italiennes, espagnoles et déjà venant de l'autre côté de la Méditerranée d'Algérie, du Maroc, de Tunisie et même de l'Afrique noire. Et tout cela est amené par Pagnol qui comme Balzac et Simenon fait la critique des bourgeoisies de province en mettant en exergue les peuples dits de souches et immigrés. Je trouve ce film au contraire très actuel par son humanité moderne et que devraient regarder tous ceux qui votent à droite ou à l'extrême droite et qui applaudissent aux massacres contre le peuple Palestinien. Rien n'a changé en fait, 90 ans après l'histoire bégaie. Ce film et son scénario auraient mérité le prix populiste créé justement en 1931 : Le prix Eugène-Dabit du roman populiste est un prix littéraire français créé en 1931 par Antonine Coullet-Tessier (1892-1983) pour récompenser une œuvre romanesque qui « préfère les gens du peuple comme personnages et les milieux populaires comme décors à condition qu'il s'en dégage une authentique humanité. Ce prix en 1931 était plutôt de gauche et n’avait rien à voir avec ce qu’on appelle le populisme aujourd’hui à propos de l’extrême droite. L'autre grand intérêt de ce film est le fait d'avoir été tourné en extérieur avec des images noir et blanc fantastiques en pleine garrigue provençale avec pour fond les calanques de Marseille et Cassis qui sont encore plus belles en couleur mais dont on perçoit tout de même la beauté.
"Toni" charme pour son accent, ses immigrants à l'accent du sud hardcore dans les carrières, et son drame tiré par les cheveux. On peut cependant voir dans les moeurs libres de ces gens et de cette époque, une liberté qui a une seule base : l'amour. Qu'importe ce qu'il se passe, ce que l'on fait, tant que l'on aime, on a la chance d'être sauvé... spoiler: Enfin juste notre âme, on peut rêver pour être aimé en retour, cela reste un drame.