A quoi bon ?
Guillermo del Toro est devenu un des grands spécialistes du film de genre. Ces 93 minutes d’épouvante ne sont qu’une étape vers son Frankestein – prévu en novembre prochain – et 7 autres productions dont un Dr Jekill et Mister Hyde. Vous avez dit « spécialiste » ? Au XVIème siècle, un alchimiste invente un étrange mécanisme permettant d’accéder à la vie éternelle. A l’époque actuelle à Mexico, Jesús Gris, un vieil antiquaire, découvre l’horloge de Cronos dissimulée dans une statue. L’objet lui injecte un puissant venin qui lui redonne force et jeunesse, mais le rend dépendant au sang humain. Devenu un monstre, Jesús ne peut compter que sur l’aide de sa petite-fille. Le duo doit lutter contre un richissime homme d’affaires rongé par la maladie, prêt à tout pour posséder le mystérieux appareil. A la sortie de ce minuscule « del Toro », on comprend mieux, d’une part, qu’il ait été ignoré en 1993 et, d’autre part, qu’il arrive sur nos écrans aujourd’hui parce que ce cinéaste est devenu un grand nom bankable du cinéma.
C’est donc ici le 1er long métrage du cinéaste mexicain, alors âgé de 28 ans. Et, franchement, on n’aurait pu s’en passer. Certes, on y retrouve déjà quelques-uns de ses thèmes récurrents, notamment à travers l'usage fréquent de symboles religieux, comme le nom du personnage principal du film, Jésus Gris – LOL ! -, l'amour des monstres, ainsi que l’enfance confrontée au danger, à la violence et à la mort. Il s’agit en fait plus d’un mélodrame que d’un film d'horreur. Le seul intérêt reste la relation grand-père / petite fille, souvent bouleversante ? On remarque évidemment la beauté et la maturité de la photographie, le sens du cadrage et on perçoit par instant poindre l’univers original et sombre de ses futurs films. Mais la quête d’immortalité a déjà été le sujet de tant de films – et bien meilleurs que celui-ci -, qu’on a du mal à adhérer à ce drame inabouti et qui ressemble au brouillon de ce que deviendra le grand Guillermo del Toro. Juste pour la curiosité.
Federico Luppi endosse le rôle de Jésus Gris et affronte un Ron Perlman, - une des « gueules du cinéma américain » -, à ses débuts. On ajoute au haut de l’affiche les noms de Claudio Brook et Margarita Isabel. Bon ! Tout le monde en fait des tonnes et on est très loin de L’actor’s studio. Mais pouvait-il en être autrement tant les personnages sont caricaturaux. Un brouillon sans grand intérêt parfaitement évitable. C’est d’ailleurs ce que le public semble faire : 4600 entrées en un mois, y’a pas de quoi pavoiser.