La force de The Reincarnation of Peter Proud est avant tout celle de son montage, tout à la fois élégant et brutal, nécessaire à la figuration de l’égarement du protagoniste entre deux espace-temps tel un spectre, n’appartenant plus à son époque mais éprouvant une impuissance à s’établir durablement dans une autre : des flashs nous parviennent, pièces d’un puzzle que le film a l’honnêteté de ne jamais complexifier. En effet, l’évidence constitue un choix d’écriture des plus surprenants, que nous pourrions d’abord percevoir comme autant de facilités scénaristiques : passer devant un concessionnaire automobile et y voir, là derrière la paroi vitrée, le même modèle de voiture que celui conduit par le mystérieux nageur, tomber sur une émission consacrée à la paroisse et, par extension, à la ville du cauchemar… C’est que les réminiscences adviennent par des biais divers, sous la forme d’objets, d’images ou de textes que Peter collecte comme pour s’immerger de ce monde parallèle : un programme télévisé, un bulletin radiophonique, les archives au format papier, des enregistrements audio... Tout s’enchaîne de façon élémentaire, lié par la partition envoûtante et entêtante de Jerry Goldsmith. La pertinence de la réalisation de J. Lee Thompson réside dans ce glissement des âges rendant notre héros transparent à son temps et opaque à un autre, curiosité que l’on reçoit, intègre, habille en joueur de tennis d’un country club, aime et déteste ; un plan magnifique, situé à la quarante-quatrième minute, incarne au mieux cette idée, spoiler: place en miroir Peter et la voisine intriguée par ce visiteur inconnu, la rousse Suzie (« with a z »), alors qu’il explore la chambre à coucher, lui debout, elle allongée, donne l’impression d’un collage, que les deux personnages ne sont ensemble que par l’intervention d’un quelconque montage . Rendue intellectuelle par les images et par les discours, la mémoire se nourrit aussi du corps, en témoignent les nombreuses scènes spoiler: sensuelles où les étreintes et la nudité sont captées avec une puissance fantasmagorique oscillant entre rêve et traumatisme . Histoire de fantômes charnelle – paradoxe fameux ! –, The Reincarnation of Peter Proud explore l’attraction (positive comme négative) exercée par l’autre dans la vie d’un individu, rétablit la lumière sur des zones d’ombre tant factuelles spoiler: (un fait divers) qu’intimes spoiler: (le trouble inhérent à la jouissance) , annonce les déambulations psychologiques d’Equus (Sidney Lumet, 1977) et le voyage dans le temps de Somewhere in Time (Jeannot Szwarc, 1980). Un grand film injustement méconnu ou mésestimé.