Georges Lautner, qu'on a trop vite réduit aux comédies populaires, signe ici un film d'une maîtrise et d'une justesse époustouflantes. Le meurtre n'est pas le sujet, il est expédié en quelques minutes. Ce que Lautner traque, c'est la brèche que ce geste ouvre dans la façade d'un homme, et à travers lui, de toute une bourgeoisie provinciale qui préfère le mensonge confortable à la vérité dérangeante. Le procès, qui occupe près de la moitié du film sans qu'on voie le temps passer, devient le théâtre d'une satire glaçante, magistralement mise en scène. On condamne celui qui est jeune, libre, différent, tout ce que ces notables abhorrent. Prélude à Mai 68 ? Et quand Duval passe aux aveux, on lui rit au nez, parce qu'accuser un notable, c'est les accuser tous. Bernard Blier est magistral dans la retenue, un homme qui porte tout en dedans, dont les regards seuls disent le tourment, porté par une voix off entêtante. Le film est une allégorie de la caverne inversée : les notables refusent la lumière, s'accrochent à leurs ombres confortables, et celui qui tente d'en sortir finit emmené en ambulance tandis que la ville illuminée fête Noël, condamné non pour avoir tué, mais pour avoir voulu voir.