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In Ciné Veritas
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4,0
Publiée le 1 juin 2020
En 1962, Georges Lautner réalise Le septième juré. Alors que le cinéma français est agité par la Nouvelle Vague, ni le cinéaste ni ses films n’auront été invités à surfer sur cette vague. Pourtant, derrière une structure de narration classique héritée de « la qualité française », Le septième juré jouit de qualités tout à fait notables. Un large casting regroupant d’excellents acteurs parfaitement dirigés, une mise en scène soignée et variée font partie de celles-ci. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2020/06/01/le-septieme-jure/
Un film qui a bien vieilli : outrancier malgré un excellent Bernard Blier, surtout dans ses monologues, ainsi que le regretté Maurice Biraud. . Mais on n'a jamais vu un procès d'assises aussi grotesque où c'est le 7e juré qui mène les débats. Francis Blanche est ridicule en procureur barbu. Un film d'époque comme on dit....
Un polar de campagne à la Chabrol qui vaut surtout pour le film de procès central, très réussi, et pour sa belle réalisation. Mais cette voix off qui psychologise et explique tout a quand même très mal vieilli et la dernière demi-heure tourne en rond, trop répétitive et démonstrative. C’est du bon cinéma de papa, mais du cinéma de papa quand même.
Abonné aux comédies, Georges Lautner signe là un drame austère doublé d'une critique acerbe de la petite bourgeoisie des notables provinciaux, porté par un énorme Bernard Blier.
On n'aime ou on n'aime pas. Eh bien, moi, j'aime... C'est du Lautner, certes mais du Lautner très sombre qui semble vouloir régler ses comptes avec une certaine bourgeoisie provinciale.
Bernard Blier joue une prestation remarquable. Narrateur cynique, bon bourgeois instruit et bien rangé, membre d'un jury d'assise où tout est écrit d'avance. Pourtant il n'y croit pas car dans la vie organisée il y a la peine de l'assassin, la crainte d'être jugé alors qu'on juge soi-même. La peine de l'assassin sera pourtant peine perdue car même si le personnage de Blier se débat dans son océan de médiocrité, il finira par s'y noyer au sein d'un asile d'aliénés.
Avec Blier, on découvre toute une pléiade d'acteurs dont Maurice Biraud, vétérinaire tout aussi cynique mais moins disert et plus revendicatif. Jacques Monod égal à lui-même encore plus respectable que Blier mais tout aussi veule, malgré l'impression donnée (ou feinte) du contraire. Danièle Delorme y joue la femme, plus inquiète de perdre son statut que d'avoir un mari meurtrier, y est également sublime. Tout cela au coeur d'une petite ville de province illuminée et pimpante pour fêter Noël, alors que l'ambulance emmène l'assassin dans la nuit...Du grand art !
Je suis finalement heureux d’avoir découvert le grand Bernard Blier avec ce film (même pas encore vu Les Tontons flingueurs!) Je comprends mieux maintenant la splendeur et le rayonnement dont profite cet acteur d’une autre génération. Mais ce que j’ai aimé par-dessus tout, outre la performance de Bernard Blier, ce sont les dialogues. Quel plaisir d’entendre des dialogues censés, pour lesquels le français n’est pas écorché. La langue en redevient presque poétique et musicale ou du moins elle parvient à rythmer le film admirablement. J’ai particulièrement apprécié les bruits ou plutôt devrais-je dire le bruitage. Plus de bruitage et moins de musique, il en dégage un suspense un peu vieilli, mais tout aussi efficace. Le seul reproche que je ferais à ce Septième Juré, c’est sa durée. Le long métrage souffre de quelques longueurs et je pense que certaines scènes auraient pu être écourtées ou découpées différemment. Mis à part cela, me voici prêt à découvrir un peu plus des films avec Bernard Blier et/ou de Lautner.
Très bon film de Lautner. Très bien réalisé dans un beau noir et blanc, avec fréquemment des séquences d'un style recherchée, avec des dialogues de très bonne qualité ( et d'un monologue en voix off), des acteurs excellents : Blier, Biraud, Delorme... Des gros plans très beaux sur les visages, une musique très présente mais pas trop, et bien choisie, des extérieurs bien filmés. Un film qu'il faut largement réévaluer, d'une qualité incontestable, et qui va bien au-delà d'une intrigue classique d'assassinat. Une belle oeuvre de Lautner. Peut-être son chef d'oeuvre.
Une merveille, le septième juré est un polar psychologique ou un pharmacien se retrouve juré d'assise au procès d'un homme pour le meurtre d'une jeune femme, meurtre qu'il a lui même exécuté. Ce que je retiens avant tout c'est la mise en scène de Lautner qui est admirable, nombres plans sont des petits bijoux, comme la scène du meurtre, les dialogues autour des verres d'alcool forts et j'en passe... L'interprétation elle aussi est formidable, Bernard Blier en tête dans son rôle de petit bourgeois sans flamme qui se laisse vivre au jour le jour et pris un jour d'une pulsion qui va lui faire commettre le pire. Cet aspect du crime le rend glaçant car il n'est jamais dépeint comme un monstre mais révèle au contraire que le pire peut se trouver dans chaque être humain. Face à lui le reste du casting est aussi brillant, la aussi aucun reproche à faire. Non la seule chose qui m'a un peu chiffonnée c'est un final et une conclusion qui m'ont un peu déçus; mais aussi pour la bonne raison que jusque là j'ai été emballé par un très, très grand film.
Meurtre et morale ne font pas bon ménage. Qu'en est-il du remords chez le meurtrier ? De quoi un meurtre soulage-il? La culpabilité inconsciente n'est-elle pas parfois envahissante, qu'elle en devient dévastatrice ? Sur quoi repose un passage à l'acte meurtrier ? Au commencement du film, j'avais l'impression d'être avec Meursault, le héros d'Albert Camus dans "L'étranger". Un acte, qui n'a pas de sens, un geste impulsif, sans autre signification qu'une succession gestuelle destinée à mettre un point d'arrêt. La thématique forte du film de Lautner, c'est que le meurtrier a la possibilité que son acte reste impuni. C'est le pharmacien, notable, père de famille, insoupçonnable. Un homme de raison, qui a renoncé à la rencontre passionnelle de sa jeunesse. La description qu'il fait du déroulement de son acte est chirurgicale. Un suspect est arrêté, il ferait l'affaire, car il est le coupable idéal pour conforter chacun dans sa position sociale hypocritement protégée des affres de l'inconscient. Grégoire Duval (magnifiquement campé par Bernard Blier) se refuse à ce qu'un autre paye pour lui. Il est nommé juré de "son procès". C'est au café du commerce que se joue le jugement. Maurice Biraud est le pharmacien non conventionnel, qui clame le désespoir et dénonce l'hypocrisie des notables. Un magnifique chef d'oeuvre à redécouvrir en dvd.
Lorsqu'un notable bien sous tout rapport assassine une jeune femme de sang-froid, personne n'ose ouvrir les yeux, car l'accuser lui, revient à les accuser eux. Georges Lautner change de style et réalise un film noir, à la mise en scène novatrice. Blier est comme toujours excellent.
Quelle agréable surprise que ce film ! Tout débute par le crime d'une jeune femme séduisante, commis de façon maladroite par le pharmacien du bourg. C'est un autre qui est accusé et dont le procès va décider du sort. Mais à travers le procès d'un innocent, c'est surtout la société qui passe en jugement. D'un côté, l'ordre établi, avec ses positions sociales, ses petites habitudes, son hypocrisie et sa suffisance, qui jubile d'avance à l'idée de condamner à mort un jeune homme qui représente tout ce qu'ils détestent : liberté, jeunesse, hédonisme, insouciance, etc. L'opposition entre ces deux conceptions de la vie est au cœur du film. Le pharmacien, incarné avec talent par Bernard Blier, vit un conflit interne longtemps refoulé. Le crime qu'il commet et le procès qui s'ensuit illustrent le conflit autodestructeur entre les deux facettes de sa personnalité. Le scénario est très bon, les dialogues vraiment brillants, et la voix-off de Bernard Blier irrésistible de lucidité et de cynisme. La mise en scène est plus que correcte, et jamais pompeuse. Un film de grande qualité, à l'atmosphère très sombre.
Surprenant film de Lautner, un abonné aux comédies plus ou moins réussies, parfois ratées, tantôt grandioses, tantôt balourdes... alors ce polar introspectif avec ce regard acerbe et aiguisé en trompe-l'oeil et son ironie mordante, voilà qui surprend !
Avec la voix off bienvenue, l'autre surprise est la présence de Bernard Blier dans le rôle du tueur, de l'assassin en pleine crise de raskolnikovisme, le tout sur fond de critique sociale de l'hypocrisie omniprésente et de ses faux semblants (cf le film italien Un citoyen au dessus de tout soupçon ou le film américain American psycho...).
Malgré une partie procédurière non négligeable (mais nécessaire), Le Septième juré s'avère décidément brillant de bout en bout jusqu'à sa fin d'une cruelle ironie, cerise sur le gâteau d'un Blier tout aussi brillant et très convaincant. La mise en scène soignée de Lautner sert effacement son propos qui dépasse le cadre du simple film policier, entre dilemme moral, remords et perte des valeurs.
Film excellent, dans le style Simenon, la description des affres psychologiques d'un pauvre type qui a raté sa vie tout en affichant une facade respectable et pseudo heureuse, baignant dans la bourgeoisie de Province dans toute sa noirceur est superbe ! Le dialogue est un morceau de littérature étonnant ! terriblement pervers et subtil !