David S. Goyer, je le connais surtout pour son travail de scénariste. On pourrait même faire un Six degrés de séparation avec lui en son épicentre puisqu'il a dû croiser à peu près tout le gratin de Hollywood au cours de ses travaux, qui comptent Dark City, The Dark Knight, Man of Steel, Godzilla, Terminator, Fondation et...Blade. Arrêtons-nous sur ce dernier, puisque Goyer passe en plus par la case réalisateur pour le dernier opus en date, prenant la suite de Stephen Norrington et Guillermo Del Toro. Une sacrée promo pour un nom qu'on associe à certaines des plus grosses initiatives du genre super-héroïque. Et il va s'en mordre les doigts, mais peut-être pas autant que le spectateur.
Quelques années après sa sortie, le réalisateur qualifiera Blade : Trinity de la pire expérience de sa vie professionnelle ET personnelle. Il faut dire qu'à ce moment-là, Wesley Snipes pète un gros boulard et fait vivre un enfer à tout le monde sur le plateau. L'acteur vedette passe le plus clair de son temps hors-plateau à fumer des joints, ne parle pas à ses partenaires, refuse de suivre les consignes de Goyer et en viendra même aux mains avec le metteur en scène. Pour le reste du tournage, il ne communiquera plus que par posts-it qu'il signait Blade. Voilà qui laissait présager du meilleur, non ? Face caméra, c'est un carnage. La moitié des scènes, Snipes reste planqué derrière ses lunettes de soleil et ne joue même pas (il n'est pas impossible qu'il dorme). L'autre moitié est assurée par sa doublure (parfois très visible). Il convient cependant de lui attribuer une séquence anthologique où le comédien parvient à mêler cri de désespoir et squat dans le même mouvement. Prodigieux ! La scène fait encore l'objet de messages admiratifs et incrédules du public. Et vous n'êtes pas prêts pour la séquence finale, qui a dû nécessiter l'usage d'effets spéciaux car Snipes refusait d'ouvrir les yeux. On lui en a donc recréer une paire incrustée à la truelle sur les paupières. Probablement l'un des sommets de l'uncanny valley. Bon, il serait facile d'accabler l'acteur de tous les maux, et il est clair qu'il n'a pas aidé. Mais le pire, c'est qu'il ne dénote pas avec tout le reste...
Le script, c'est du Z qui arrive à la fois à être bête et insensé. En gros, Dracula revient parmi nous et préparez vos la(r)mes pour le duel tant attendu entre lui et un Blade catatonique. Il faut accepter de se laisser-aller à fond pour survivre à un tel étalage de non-sens et de mauvais goût. Comme réalisateur, Goyer c'est un peu le trait d'union entre Paul WS Anderson et les Frères Russo. Traduction : c'est très moche, illisible et assemblé sans la moindre cohérence. Le montage est abracadabrant (cette odieuse avec des split &screens), les séquences de combats sont abominables, il n'y a aucune cohésion entre les plans et les chorégraphies sont fainéantes au possible. Passons à la distribution, qui parvient à tenir la dragée haute à Wesley Snipes. Ryan Reynolds joue Ryan Reynolds avec la lourdeur qui le caractérise si bien. Avec ce look has-been, le coiffé-décoiffé horrible et son humour de beauf, il en est rapidement insupportable à tel point qu'on prie pour que le réalisateur le sacrifie au bout de deux scènes. Jessica Biel fait de la peine tant son rôle est anémique et que la comédienne est en souffrance. La très sympathique Parker Posey s'égare dans le surjeu hystérique. Et le clou du spectacle, Dracula incarné par...Dominic Purcell. Niveau erreur de casting, ça se pose là. Armé de son charisme de pavé de bœuf et de son sous-jeu le plus insipide, l'acteur offre probablement la pire déclinaison du mythe vue à ce jour. Kris Kristofferson est le seul à s'en sortir, non pas qu'il s'investisse le moins du monde mais il parvient à s'en foutre avec une certaine noblesse.
La seule harmonie à dégager de Blade : Trinity, c'est la constance dans l'abomination. La photographie immonde à la musique assourdissante (le pire du hip-hop et de la musique électro au même endroit). Donc il en devient forcément sympathique. Dîtes-vous bien qu'il n'y a pas une seule scène sans abomination visuelle, sonore ou les deux simultanément C'est suffisamment rare pour être apprécié. Un tel acharnement mérite un minimum de respect. Une fois dans le bon état d'esprit, il y a matière à se payer une bonne grosse rigolade devant ce geste kamikaze qui a laissé toute l'équipe sur le carreau...Et Blade cela va sans dire. Vingt ans plus tard, on est toujours en attente de son reboot avec Mahershala Ali. Il faut croire que c'est encore trop dur de passer derrière un tel objet.