Inégalement séduit par le cinéma de Claude Chabrol, « Juste avant la nuit » fait partie des titres que je retiendrais. Étude de caractères (et de mœurs) complexe voire troublante, le cinéaste se plaît à nous emmener vers des chemins que l'on n'aurait pas vraiment imaginé, évitant tout spectaculaire sans jamais tomber dans une routine pesante ou ennuyeuse. Ici, ce qui l'intéresse, c'est l'humain et rien d'autre, dans ce qu'il a à la fois de plus sombre surtout, sans pour autant verser dans un cynisme facile. On sent que tout est très réfléchi, contrôlé, maîtrisé, à l'image de nombreuses situations qui, par un mot, un geste, un regard, en disent souvent beaucoup plus qu'une longue explication. Cette intrigue est difficile à croire et pourtant, c'est le cas : le dispositif scénaristique, l'évolution du héros est tel que cette culpabilité débordante dont chacun spoiler: veut l'absoudre nous parle étrangement, le rendant presque touchant. Après, c'est du drame bourgeois. L'interprétation du trio, à la diction presque « technique », peut déconcerter. Mais ce sont quand même de sacrés acteurs, avec une présence, une allure dont peu peuvent se targuer aujourd'hui. Et puis bon, pour la gent masculine : Stéphane Audran, quoi. La plus belle femme de France, sans doute. Quelle merveille. Mais je digresse dangereusement. Bref, voilà une œuvre qui aurait pu vite virer au pensum existentiel prétentieux, s'avérant finalement une peinture intelligente et complexe à laquelle il n'est nullement interdit de s'intéresser. Une réussite.
Dans "Juste avant la nuit", Michel Bouquet donne vie à un personnage complexe, prisonnier de ses contradictions morales et de son environnement bourgeois oppressant. Ce drame sombre et troublant fascine par son atmosphère pesante, même s’il manque parfois d’élan pour captiver pleinement.
Charles a l'apparence d'un bon mari et d'un patron droit dans ses bottes. Tout le monde le respecte, voire l'admire. Sauf que Charles se livre à des jeux sado-maso avec Laura, la femme de son ami François ! Un jour, le jeu va trop loin et Charles étrangle Laura à mort. Le poids de la culpabilité va le ronger... Malgré ses éléments de polar, "Juste avant la nuit" est bien un drame chabrolien. Insistant sur le mal être et le fardeau porté par Charles, incarné par Michel Bouquet. Et dressant une peinture cynique de la bourgeoisie parisienne, qui se refuse à voir en ce fleuron de leur milieu un assassin dépravé... malgré son désir d'être jugé et puni ! Le film aborde ainsi des thématiques très intéressantes de justice, de morale, de châtiment. La mise en scène de Claude Charbol reste relativement sage passée l'introduction, mais le réalisateur laisse la part belle à ses interprètes. Avec un excellent trio entre Michel Bouquet, Stéphane Audran, et François Périer. Mais aussi des seconds rôles incarnés par les inséparables Henri Attal et Dominique Zardi (ce dernier étant affublé d'une perruque so 70's !).
Après La femme infidèle réalisé quelques années plus tôt, on a l'impression que Chabrol a fait une deuxième version du même film, avec le même couple bourgeois composé de Stefan Audran et Michel Bouquet en inversant les rôles. J'ai pourtant trouvé La femme infidèle meilleur. D'une part en raison de la présence du formidable Maurice Ronet et d'une séquence d'anthologie qui réunit le mari et l'amant. D'autre part, car je n'ai pas été convaincu par la psychologie du personnage de Bouquet dans le deuxième film. Ce mari volage rongé par la culpabilité, alors que son entourage l'incite à tourner la page, ne m'a pas semblé bien crédible. En général, les criminels cherchent plutôt à s'auto-justifier et il est bien rare qu'ils envisagent de se livrer à la police. Ce film reste un bon Chabrol mais ne fait pas partie de ses meilleurs à mon avis.
Du Chabrol c'est du Chabrol, ä chaque film c'est un chef d'oeuvre, mais bon les comédiennes et les comédiens sont ternes et complètement immobiles. Ils ne bougent pas, ils sont inexpressifs. Le film devient fatiguant à la longue. On attend la fin. L'histoire est intéressante néanmoins, mais le film pouvait être plus vivant.
Un bon Chabrol avec son intrigue, son suspense qui lui vaut surtout à un super Michel Bouquet.. Quelques temps morts déçoit dans ce film. Dommage on a le droit à un très bon jeu d'acteur
Avec ce film sorti en 1971, Claude Chabrol propose une énième comédie de mœurs assez terne. Avec en toile de fond une lecture des codes sociaux du milieu bourgeois, on a le droit à une analyse du comportement humain face à la culpabilité. Après avoir commis le meurtre de sa maîtresse, un homme est tiraillé par ses tourments. Bien que décidé à avouer le crime, son entourage l’encourage à conserver l’anonymat. Le trio principal (Stéphane Audran, Michel Bouquet et François Périer) évolue avec beaucoup de placidité, créant ainsi une ambiance morne et émotionnellement peu inspirante. Les remords et l’hypocrisie sont exposés de manière paresseuse. La mise en scène rigoureuse mais sans étincelle finit d’achever cette impression générale. Bref, un drame intérieur sans rythme.
Un homme (M.Bouquet) tue sa maîtresse dont on apprend juste après qu'elle est l'épouse de son meilleur ami (F.Périer). L'intrigue qui suit n'est pas policière, elle est psychologique. Claude Chabrol ne s'intéresse qu'au cas de conscience de Charles, à ses attitudes qui trahissent un sentiment de culpabilité qui pourrait amener le meurtrier à se dénoncer, au moins auprès de son entourage, de sa femme. Drame intimiste et feutré, "Juste avant la nuit" est un Chabrol austère que sa lenteur, son récit trop morne et la relative banalité du cas psychologique d'un père de famille a priori exemplaire enferment dans une certaine monotonie. Même le décor bourgeois du sujet, déterminant ici comme dans la plupart des films de Chabrol, n'a pas la même saveur qu'habituellement, moins ironique, moins caustique, à dessein on n'en doute pas, que dans d'autres déclinaisons chabrolienne des turpitudes bourgeoises. Ainsi, les moments-clés de l'intrigue sont-ils assez indifférents quoique judicieux. Et puis, sur la forme, celle des années 70, le film est daté. Entre autres choses, les intérieurs bourgeois, la coiffure de Stéphane Audran (la femme du criminel), les chemises de Michel Bouquet -et accessoirement l'accoutrement de Dominique Zardi, dans un vrai second rôle- sont à la limite du risible et sabordent bien involontairement la sobriété et la rigueur de la mise en scène.
J’ai éprouvé quelques difficultés à rentrer dans ce film assez dérangeant sur la culpabilité et le remords, malgré une mise en scène précise – c’est du Chabrol - mais un peu molle. C’est peut-être du à la froideur, volontaire, de la narration et des personnages dont certains (la bonne, les enfants) sont parfaitement transparents.
L'atmosphère pesant et sinistre qui règne dans le film contribue à mettre en avant le macabre et l'hypocrisie qui règne au sein d'une famille bourgeoise. En cherchant à se dénoncer et se libérer la conscience l'assassin va lui-même devoir lutter contre les normes de cette caste auquel il appartient ce qui lui vaudra de perdre la vie. Le scénario permet au spectateur d'entrer dans un monde macabre où la réputation et l'argent valent plus que la vie.
Réflexion sur la routinerie de la vie dans le milieu bourgeois, juste avant la nuit est un bon Chabrol. Cependant, l'ironie (toujours présente) n'arrive pas à masquer le réel manque de folie, caractéristique des oeuvres de l'auteur. Le film marque ses rides mais c'est avec plaisir et curiosité que l'on découvre une oeuvre oubliée de la ludothèque du cinéma français.
Sorti en 1971, Juste avant la nuit partage de nombreux points communs avec La femme infidèle (1969) du même Claude Chabrol : un duo d’acteurs identique (Stéphane Audran & Michel Bouquet), les prénoms similaires des personnages principaux (Hélène & Charles), des intrigues proches liées à l’assassinat d’un amant ou d’un maîtresse, et une analyse froide de la réaction d'un couple bourgeois confronté à l’acte criminel perpétré par le mari. Ici, un publicitaire tue sa maîtresse, qui était par ailleurs la femme de son meilleur ami.spoiler: Il passera son temps à tenter d’expier son crime en l’avouant à un entourage de plus en plus large. Mais, en dépit de tout bon sens, sa femme comme son meilleur ami (François Périer) l’inciteront à taire son crime, comme si l'acte de tuer était moins grave que la conséquence de son aveu sur leurs existences bourgeoises. Du Chabrol pur jus.
Si beaucoup ont vu dans ce film une satire de la bourgeoisie prête à accepter l'inacceptable pour sauver les apparences, le véritable sujet est ailleurs : il réside dans la dépression et l'ennui. Malheureusement, le film nous ennuie tout autant, la faute à des acteurs qui ne parviennent jamais à nous embarquer. Sur toute la durée, on retient à peine cinq minutes de bon. Michel Bouquet passe complètement à côté de son rôle. Cela arrive, même à ceux qui nous avaient habitués à beaucoup mieux... Il livre ses répliques avec une lenteur monotone, pensant sans doute que cela suffit à incarner le désarroi de son personnage, mais on n'y croit pas une seconde. Et quand le premier rôle sonne faux, difficile de sauver le reste. C'est regrettable, car le scénario tenait une excellente idée. Avec des comédiens plus investis, le résultat aurait été bien supérieur. Au final, on est loin, très loin du meilleur de Chabrol.