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Un visiteur
5,0
Publiée le 4 août 2012
Un Scorcese formidable : puissant tire-larme constamment émaillé d’humour, on y passe sans transition des larmes au rire, comme l’humeur changeante d’une Alice (Ellen Burstyn), mère de famille encore post-adolescente dans son âme, dont le cœur ne cesse de balancer entre ses désirs et les nécessités : gagner sa vie de veuve et élever son enfant décemment, chanter et trouver une épaule masculine sur laquelle se reposer. Elle finira, après maints déboires, par trouver l’homme prêt à sacrifier sa liberté et ce qu’il a acquis par son travail pour elle et son enfant. La dynamique des plans, des mouvements de caméra (avec les quelques excès pardonnables des années 1970) et du montage de ce road-movie au féminin nous montre déjà ici à l’oeuvre un très grand réalisateur. Portrait de femme touchant, et doté d’une dimension sociale évidente, Alice n’est plus ici n’est pas un film féministe pour autant, bien qu’il se place au plus près du point de vue féminin. C’est un film qui nous présente une femme en butte aux difficultés de la liberté forcée et à l’illusion qu’elle pourrait se passer d’un homme dans sa vie. Mais elle finit par comprendre que sa fuite en avant vers Monterey, sa ville natale idéalisée, n’est qu’un mirage de plus, et qu’elle peut trouver suffisamment de bonheur là où vit l’homme qu’elle aime. La famille passe dans ce magnifique film avant tout, mais sans la lourdeur des discours lénifiants coutumiers du cinéma américain et surtout sans qu’elle se présente comme un renoncement aux rêves d’Alice enfant. Alice ne renonce pas à chanter, à être elle-même, et c’est ce qui lui donne encore plus de valeur aux yeux de David, qui est prêt à faire des efforts également pour apaiser les tensions entre lui et Tommy, le jeune le fils d’Alice, qui amène pas mal de légèreté dans le film. A noter aussi : - un des premiers rôles de Jodie Foster (son cinquième long-métrage au cinéma), en jeune adolescente précocement pervertie, qui entraîne Tommy (12 ans) dans l’alcool, la drogue et la pré-délinquance ; - le film fut suivi d’une série très populaire nommée Alice qui dura 9 saisons (202 épisodes de 1976 à 1985) avec Linda Lavin dans le rôle-titre et qui reprenait pour décor principal le diner miteux de Phoenix, Arizona où Alice échouait comme serveuse dans le film, avec notamment le savoureux personnage de Florence Jean 'Flo' Castleberry la serveuse en chef mal embouchée. Pour le plaisir, une de ses réparties du film (pour les anglophones) : « She went to shit and the hogs ate her! ».
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3,5
Publiée le 12 décembre 2012
Très belle chronique que cette femme avec son fils adolescent qui affronte, seule, la vie, avec de la force, du courage et de la joie! Pour Martin Scorsese, "Mean Streets" a ètè une acceptation mais c'ètait dit une fois pour toutes, le cinèaste voulait quitter après ce film ce milieu! Et "Alice Doesn't Live Here Anymore" ètait une tentative de trouver une autre voie, en somme! Ellen Burstyn, Oscar de la meilleure actrice par son interprètation en Alice n'est plus ici (même si Gena Rowlands faisait la même annèe une prestation mammouth dans "A Woman Under the Influence"), est excellente où Alfred Lutter, Billy "Green" Bush et Jodie Foster (l’avant « Taxi Driver ») complètent le cadre! Avec ce calme qu'il amène par sa simple prèsence, Kris Kristofferson ajoute beaucoup d'authenticitè à son personnage! Marty traite donc des relations mère veuve-fils avec brio dans une mise en scène harmonieuse, entre èmancipation fèminine et dèsillusions, mais n'abandonnera jamais ses obsessions par la suite: l'Amèrique des paumès, des marginaux et des minoritès italiennes...
Alice Doesn’t Live Here Anymore fait le choix de la chronique familiale et sociale, forme en vogue dans le cinéma américain du début des années 1970 – pensons par exemple à The Last Picture Show de Peter Bogdanovitch, sorti en 1971 – pour représenter la faillite du rêve américain confondu dans son patriarcat violent et les chimères qu’elle fait naître dans le cœur de celles qui s’efforcent de la fuir. La grande fluidité de la mise en scène, en constant mouvement, sillonne les espaces extérieurs et intérieurs pour capter au plus près les personnages et leurs déplacements, auxquels le récit se consacre tout entier : le road trip dessine une cartographie de l’Amérique reliant le Nouveau-Mexique à la Californie en passant par l’Arizona, trois espaces chargés respectivement des désillusions présentes, des espoirs du passé et d’un avenir forcément haut en couleur. Mère et fils spoiler: vendent leur mobilier puis errent de motel en motel, de bars en diners peu recommandables où le rêve de chanson mute en service à table . Nous retrouvons là le regard sceptique mais plein de compassion de Martin Scorsese sur son propre pays qui s’amusera, quelques années plus tard, à déconstruire les fictions télévisées dont s’abreuve ici le fils Tommy (The King of Comedy, 1983). De remarquables acteurs incarnent des personnages authentiques et singuliers, mention spéciale au couple formé par Ellen Burstyn – déjà au casting du film de Bogdanovitch – et Kris Kristofferson, récemment disparu. Une belle réussite qui se distingue, au vu de la filmographie de son cinéaste, par sa modestie et par la réduction de son scénario à une temporalité restreinte.
(Attention : cette chronique est remplie de références… anachroniques. Âmes sensibles s’abstenir.)
”What is it? Is it a movie?” Une question posée par le personnage d’Ellen Burstyn à son mari, homme semi-fruste dont Scorsese aurait voulu qu’il apparaisse un tiers du temps total à l’écran. Ses dix minutes finales ne sont pourtant pas réductrices, car s’il est réduit à quelque chose, c’est à des extrêmes mous qui nous font effectivement nous demander si nous voyons un film.
C’est pour nous, à peine sortis de la surréaliste introduction, une immersion dans les conflits perpétuels que va interpréter Ellen Burstyn. On a de la chance qu’elle soit expressive & en mesure de donner plusieurs vies à sa langue bien pendue, car ce sont les points forts de l’ouvrage & rien ne la tenait à avoir l’énergie pour ça.
Pour tout dire, c’est elle qui a engagé Scorsese, profitant de l’autorité conférée par sa prestation dans L’Exorciste l’année précédente. C’est à Burstyn aussi qu’on doit un côté prétendûment féminin du film (que la route & les diners effacent en vérité, au point de transformer Jodie Foster, 12 ans, en garçon manqué) mais surtout deux synergies épatantes : d’abord celle qu’elle entretient avec son fils (Alfred Lutter III, enfant acteur au naturel qui décrochera hélas bien vite du septième art) puis celle qu’elle fait naître avec Kris Kristofferson, la force (presque) tranquille responsable que la confiance puisse encore s’accorder dans une vie qui l’a souvent trahie.
Lui est là pour empêcher qu’Alice se croie dans un Thelma et Louise format mère & fils, & apporte avec sa guitare la touche de A Star Is Born qui va bien. Dans ce périple allant de motel en motel comme un Rain Man dont la météo aurait bien besoin, Scorsese nous fait presque espérer la métamorphose de Burstyn, qu’on imagine bien exploser en Pretty Woman.
Pourtant sa transition est douce : elle ne cessera jamais d’être harnachée aux sixties où la vie de couple l’a retenue, mais elle désirera toujours ardemment autre chose & souffrira parce qu’elle comprend, sans jamais nous le dire, le retard qu’elle a pris. Toujours souriante & positive pour son fils, elle se fera rattraper par une éducation qu’elle croyait mener en funambule alors qu’elle était déjà tombée.
Rien, en ça, ne joue vraiment dans l’ambiance formée à grands & longs coups de dialogues millimétrés : c’est un extra. Drôle & plein de sensibilité, peut-être à peine trop absurde par moments, le film laisse entrevoir les cicatrices d’une réduction d’un tiers de sa durée mais l’opération est au-delà du réussi : somehow, tout les organes vitaux sont encore là pour qu’on apprécie les autoréférences, fossiles d’un plan différent & difficile à imaginer meilleur.
Côté histoire, on est sur un degré de symbolique inférieur à zéro, loin de provoquer des palpitations façon Wild at Heart. C’est une tranche de vie rendue à elle-même, rendue fascinante, réelle & bonifiée comme le serait Erin Brockovich par Julia Roberts bien plus tard. Ce sont des visages jeunes de profil, mais blessés de face, & le souvenir d’un père employé chez Coca Cola dont le souvenir remonte à chaque bouteille bue dans le désert californien, & des attachements qui sont aussi douloureux que libérateurs à sectionner.
Si c’est un film ? J’ai tellement aimé que je n’en sais plus rien, tiens.
On peut se dire que le début de carrière de Scorsese fait part belle aux femmes : le point commun entre Who's that knocking...; Bertha Boxcar et Alice n'est plus ici - est que la femme fait rébellion. En errance; en road-movie aussi; elles ont ce caractère qui dit oui à la vie et non à l'hégémonie masculine. Leur désir de liberté assumé en fond des personnages attachants. Tout comme Barbara Hershey - alias Bertha - Ellen Burstyn cherche l'aventure. Libéré d'un mari dont elle restait fidèle, son émancipation commence alors. Mais le grand amour qui chérira son coeur doit avoir le coeur bien accroché. A la fois forte et trop naïve face aux hommes, elle est beaucoup moins devant son garçon. Celui pour qui elle donnera tout doit comprendre que maman est une battante.
Je me suis dit Oh ! un Scorcese méconnu ! faut le voir..... Et après j'ai bien compris pourquoi il est resté méconnu....... un demi road movie, un gamin à qui je foutrais bien un paquet de baffes et une Alice qui est à moitié folle..... rien de drôle mais un zeste d'émotion, çà reste très léger. Et puis mettre Harvey Keitel sur l'affiche alors qu'il a un rôle de 10 minutes faut pas charrier.......
Un portrait de femme, de l'Amérique des années 70, une mise en scène impeccable et parfois même virtuose, des personnages plus vrais que nature et attachants, des acteurs qui leur collent à la peau, un BO Rock and Roll. Du pur Scorsese. On s'éloigne certes de la tradition du héros masculin violent et tourmenté pour se concentrer sur un personnage de femme, une femme forte, presque autant voire plus que les hommes au centre des précédents films du cinéaste. Seulement, celle ci est entourée par ces hommes tourmentés, elle ne peut pas leur échapper, et son combat sera celui de la conciliation entre une acceptation de soi et l'acceptation de l'autre. En bref, j'ai beaucoup aimé ce Alice n'est plus ici que je pensais voir comme un film mineur scorsesien mais qui se révèle au final une oeuvre clef dans la filmographie du cinéaste italien. Je le conseille !
Le seul moyen de savoir s’il y a un monde au delà de sa médiocrité est de claquer la porte en se lançant après un drame familial sur la route de l’inconnu.
Un inconnu bien souvent à l’image de ce qu’on vient de quitter remplis de lieux graisseux et de dragueurs débiles avec comme pierre angulaire à toutes ces continuités un gamin insupportable en pleine crise d’adolescence.
« Alice n’est plus ici » est le récit d’une dualité soudée par l’insolence et la tolérance lancée sur les routes de l’incertitude. Au fil de quelques premières rencontres ne menant nulle part une mère est son fils se provoquant en permanence avancent sans briser un cordon ombilical essentiel à la conquête d’un destin.
« Ose devenir ce que tu es » devient un leitmotiv désirant atteindre sa plénitude en conquérant amour et respect dans des environnements balourds et roteux.
«Alice n’est plus ici » déclenche la rébellion d’une femme domestiquée, sans flamme, privée d’expériences, livrée aux fourneaux, à la lessive et à l’exigence d’un mari primaire en lui permettant tout en étant fragile et sentimentalement dépendante de se construire dans des lieux nouveaux par le doute et la maladresse.
S’améliorant par d’incessantes peaux de bananes une femme en galère attenue la récurrence de ses jours en se posant amoureusement sans pour cela éviter les limites d’un monde dominé par le hot dog et la bière.
Sans être un chef d’œuvre « Alice n’est plus ici » montre parfaitement les pièces maitresses d’un site rural structuré par l’usine et le Mac do ou le meilleur prétendant possible reste imprégné de ces ingrédients. Il faut faire avec.
Un des premiers Scorsese, un peu éloigné de son inspiration urbaine de l'époque (Means Streets, Taxi Driver). Ce film mineur reste un témoignage intéressant sur l'Amérique profonde du milieu des années 70, où ses laissés-pour-compte, héritiers des "hobos" de la grande dépression, triment afin de se constituer un avenir. Dans un rôle secondaire, Harvey Keitel impose sa présence inquiétante.
Sans être une œuvre majeure de Scorsese, Alice N'Est Plus Ici n'en reste pas moins un émouvant portrait de femme moderne oscillant constamment entre mère courage, fille amoureuse et femme enfant. Ce personnage complexe est porté par Ellen Burstyn, une actrice de talent dont l'immense palette d'émotion donne au film tout son cachet. Elle recevra d'ailleurs un oscar bien mérité pour sa brillante interprétation. En revanche, au niveau de la réalisation, c'est encore un poil hésitant et académique. En résumé, un film profond mais manquant de folie.
"Alice n'est plus ici" est une oeuvre de Martin Scorcese qui sort un peu de sa filmographie habituelle. Le parcours chaotique d'une veuve chanteuse, accompagné de son fils, tantôt insupportable, tantôt touchant, à la recherche d'une meilleure vie pour elle et ce dernier, mais qui va sans cesse se confronter à des difficultés (logement, travail, amour...). C'est surtout le joli portrait d'une femme sensible mais forte, qui tombe puis se relève. Un film, et c'est assez rare pour le signaler, qui rend justement hommage à la femme en général. Un coup de chapeau au réalisateur italo-américain rien que pour ça.
Ellen Burstyn , qui a livré une prestation excellente dans l'ovni "Requiem for a Dream", campe ici avec brio Alice Hyatt : Femme d'une quarantaine d'années parcourant le pays avec son fils insupportable afin de réaliser son rêve d'enfant : devenir chanteuse. Au fil de son périple, elle fera de bonnes et de mauvaises rencontres qui changeront sa vie à tout jamais. A priori, une histoire alléchante mais malheureusement, on ne peut pas rester captivé face à des scènes d'un mélodramatique classique et répétitifs. "Alice n'est plus ici" a déjà 35 ans, et cela se ressent. Dommage aussi que le doublage français soit bâclé de la sorte.
Bof ! Pas mal dans le sens où ce film porte vers l'espoir d'une vie meilleure mais on voit que le film date car aujourd'hui je ne pense pas que Martin Scorsese le referait de la même façon, les mentalités évoluant.
C'est avec Alice n'est plus ici que j'ai compris que Scorsese est mon cinéaste préféré. En effet tout dans ce film est du pur Scorsese et je ne m'en lasse pas car le cinéaste à cet capacité à toujours se renouvelé malgré le fait qu'il fait toujours un peu la même chose. Nous accrochons à cet histoire, les acteurs jouent bien surtout l'actrice principale dont c'est l'habitude chez le réalisateur italo-américain de fournir des prestations de femmes fouillées et puissantes. Il sait vraiment dirigé les femmes et c'est un talent que je lui prête. De façon générale de toute façon il dirige à merveille ses acteurs, ils trouvent toujours une symbiose entre eux qui est superbe, tu as l'impression qu'ils n'ont pas perdue leurs temps sur le plateau. A propos de vitesse, ce film en est sa meilleur qualités, le rythme est bon et pour cette histoire je crois que c'est meilleurs point de vue que l'on est pu choisir et je trouve cela très originale. Car originale, le film l'est absolument bien qu'il ressemble à ces films sociaux peu passionnants, ce film l'est complètement. Je le conseil vivement !
L'un des films les moins connus de Martin Scorsese, servi par des acteurs excellents. La grande Ellen Burstyn n'a pas volé son Oscar de la meilleure actrice en 1975. On a droit à l'apparition de Harvey Keitel et à celle de Jodie Foster ( dans l'un de ses tous premiers rôles ). La réalisation reste assez traditionnelle, moins ambitieuse que dans les films suivants de Marty. Pourtant, la séquence d'ouverture est somptueuse, sorte d'hommage aux vieux films américains en Technicolor. La bande-son est exquise et l'on sent déjà la qualité des choix musicaux de Martin Scorsese ( comme dans Mean Streets, deux ans auparavant ). Sans être un chef d'oeuvre, Alice n'est plus ici est très marqué par la densité psychologique et cinéphilique de ses personnages : ce portrait d'une paumée et de son insolent gamin n'est pas sans rappeler le Wanda de Barbara Loden ( un même genre : le road movie ). Un très bon film mêlé d'humour et de tendresse, essentiel si l'on veut découvrir la première grande période de Scorsese ( Boxcar Bertha, Mean Streets, etc...). Une rareté à découvrir sur grand écran.