Un exercice de collage qui fit son effet à l'époque. Sous influence godardienne. Un peu n'importe quoi, mais pas n'importe comment. L'illustration de "J'sais pas quoi faire ! Qu'est-ce que j'peux faire ?" Expérimental et déstructuré. Pas d'intrigue, juste les 400 coups de deux soeurs, pas même jumelles. Passage du noir et blanc à la couleur, succession d'images en accéléré ... Pas de queue, pas de tête. Les limites du genre sont atteintes. Bof.
Une œuvre très représentative de la nouvelle vague tchèque, vraisemblablement très influencée par Godard. Beaucoup de liberté (trop ?) anime ces deux héroïnes anticonformistes mais il faut avouer que l'on se lasse rapidement de leurs extravagances. On admirera nonobstant un travail formel intéressant mais les répétitions du récit finissent par lasser.
Les petites marguerites peut sembler frivole tant par son titre que par son caractère extrêmement ludique mais c'est un film profond. En effet, si les facéties de Marie 1 et Marie 2 nous amusent, en filigrane, on a une réflexion sur la vanité de l’existence. En attestent les nombreux plans sur les végétaux et le rapport boulimique avec la nourriture qui mettent le film en perspective avec la nature morte en peinture ou avec le caractère intrinsèquement mortifère de la photographie. Visiblement inspirée par Godard, Chytilova se démarque en proposant un rapport à l'image et au son qui lui est propre. La réalisatrice se permet de faire voler en éclats les codes du "cinéma à Papa" (référence irrévérencieuse au muet et au burlesque américain) dans un torrent de trouvailles esthétiques et techniques dont la plus impressionnante est le découpage et recollage de la pellicule et la déstructuration de l'image qui rappelle aussi bien le rapport d' Otto Dix avec la mutilation et l'altération du corps que la géométrie cubiste (peut être la référence à l'architecture cubiste qui n'a été expérimentée qu'à Prague). La crise existentielle des deux jeunes filles illustre le malaise des marginaux et des anticonformiste dans une société à la fois violente (images de la guerre, déshumanisation des travailleurs à vélo) et paradoxalement passive et léthargique. Leur envie de vivre les conduit à l'autodestruction dans une société qui les nie ("est-ce qu'on existe ?" répètent-elles) autant pour ce qu'elles sont que pour ce qu'elles représentent. Enfin, les tic tac de la pendule qui reviennent par moments contribuent à annoncer la fin tragique. Il faut tout ranger, rentrer dans le rang, cesser d'exister indépendamment du tout, être à la fois productif et produit. Le film est réalisé en 1966 soit deux ans avant le printemps de Prague et le début de la "Normalisation", il illustre le malaise d'une génération désabusée qui sent que le pire est à venir. Néanmoins, cela reste un délice de le regarder aujourd'hui pour son caractère iconoclaste, surréaliste et jouissif. Un petit bijou.
Et si la curiosité de l’année était bel et bien ce film tchécoslovaque datant de 1966 ? Plus de 45 ans plus tard, le film de Vera Chytilova, s’il a perdu de sa force politique, est toujours aussi impertinent, poétique et expérimental.
Il convient d’abord de remettre les Petites Marguerites dans son contexte, celui de la Nouvelle Vague Tchécoslovaque, annonciatrice, par sa soif de liberté, du Printemps de Prague en 1968 . Si Milos Forman (Au feu, les Pompiers) et Jiri Menzel (Trains étroitement surveillés) sont les deux figures emblématiques du mouvement, Vera Chytilova n’est pas non plus à sous-estimer. Il faut dire que la cinéaste a choisi une voie moins évidente, celle tout d’abord du documentaire et du cinéma-vérité puis ensuite, celle d’un cinéma de fiction, certes, mais volontairement expérimental. Les Petites Marguerites, son premier long-métrage, s’inscrit totalement dans cette veine.
Marie la brune et Marie la blonde passent leur temps à s’ennuyer et à rêvasser. Dès lors leur occupation favorite va être de se faire inviter par des vieux messieurs respectables et ensuite de les éconduire sans ménagement, en les mettant de force dans un train : les jeunes demoiselles ont l’art et la manière de sauter en marche au départ du train (ce qui nous vaut quelques moments dignes de Mack Sennett). Les jeunes demoiselles vont pousser plus loin leur art de l’impertinence et leur amour du désordre, mettant le bordel lors d’un spectacle de cabaret ou détruisant, avec force et gourmandise, un énorme banquet (pour une soirée entre cadres du parti ?) soigneusement préparé jusqu’à la caricature. Cette impertinence – et c’est là un euphémisme – n’est pas gratuite. L’action des deux jeunes femmes est aussi poétique que politique. Les images de la Seconde Guerre Mondiale, archives d’explosion et de destruction, qui parsèment le film, ne sont pas mises là par hasard. Marie et Marie font le même constat que les Dadaïstes à leur époque (pour la « grande guerre »), les idéologies ont conduit l’Europe au désastre. Il convient dès lors de se moquer, de les tourner en ridicule dans un geste artistique et nihiliste. Les héroïnes le disent elles-mêmes en ouverture : le monde est corrompu, alors autant l’être nous aussi. La critique est moins radicale que pour l’Age d’or mais les deux jeunes femmes apparaissent d’autant plus jeunes et impertinentes que le monde, dans lequel elles évoluent, semble figé et vieillissant ; presque bourgeois pourrait-on dire. 47 ans plus tard, ce discours a un peu vieilli et le parallèle fait avec les images de destruction de la seconde guerre mondiale sera perçu aujourd’hui comme premier degré. Le perpétuel jeu de massacre, auquel se livrent avec délectation les demoiselles, peut aussi agacer à la longue.
Mais l’essentiel n’est pas vraiment là. Un film, c’est un fond mais aussi une forme et celle-ci prend une importance considérable. Vera Chytilova ose toutes les libertés. Ici, la logique qui sous-tend l’espace se fait par association d’idées : les Marie passent de leur chambre, en intérieur, à un véritable jardin d’Eden, en extérieur, parce qu’elles y pensent. Tout simplement. Dans son ensemble, le montage conduit à des trouvailles visuelles. Le défilement même de la pellicule n’est pas chose stable : les images du train ralentissent, s’étirent jusqu’à devenir de l’art visuel. La chromie des plans passent par toutes les couleurs, du noir et blanc à une explosion pop. Avec tout ça, l’idée classique de raccord devient dès lors superflue : Les Petites Marguerites se rapproche plus de la forme de la poésie que de celle du roman (ou de la nouvelle…le film est court), rappelant aussi le Godard des années 60. Les dialogues aussi ne suivent pas une logique classique et s’apparentent à un théâtre de l’absurde de Beckett. Tout comme les bruitages où un bras qui se lève émet le son d’un grincement de porte. Vera Chytilova expérimente à tout crin mais elle le fait toujours avec détachement, poésie et féminité. Pour la peine, tout cet aspect du film, peut-être le moins négligeable, mérite encore d’être vu. Et surtout ressenti.
Le film étant sorti à peine un an après Pierrot le fou , on peut se demander où & quand commence l'hommage/plagiat:deux personnages jeunes ,oisifs & plutôt désabusés dont on ne sait pas grand chose finalement...C'est frais , assez radical & pas trop déplaisant à suivre mais même si le film a le bon goût d'être court on s'ennuie aussi sévèrement devant tant de gesticulations & de vacuité.
Un vent de liberté, une folle contestation de l'ordre établi, de la société de consommation, des bonnes moeurs... Voici une oeuvre audacieuse qui reflète son époque (les années 1960) et annonce le Printemps de Prague. Déconcertant sur le fond et sur la forme, le film se limite cependant à une succession de scènes transgressives (sans vrai fil narratif) et finit malheureusement par lasser, malgré quelques moments amusants (la scène du banquet saccagé).
Il y a un petit fond pas inintéressant dans ce film tchècoslovaque d'avant le Printemps de Prague avec sa bonne dose de féminisme et surtout de subversivité contre la Société et ses convenances. Bref pas du tout dans le rang de l'idéologie communiste de l'époque et il n'est pas étonnant que la réalisatrice de ce film ait été interdite de travail pendant plusieurs années. Respectant autant la structure narrative que les convenances de la Société, donc c'est-à-dire pas du tout, "Les Petites Marguerites" est une suite de séquences qui n'ont aucun point commun si ce n'est un très fort goût de critique sociale ainsi que la présence de très nombreuses expérimentations techniques notamment par le biais de filtres de couleurs. Sur ce dernier point, le film vire parfois à l'exercice de style gratuit et se montre un peu trop répétitif mais son esthétisme, très influencé par le Pop-Art, rend l'ensemble assez agréable à regarder d'autant qu'avec une durée de 72 minutes le film sait ne pas être trop long. Un OFNI tchécoslovaque à voir pour son fond et pour sa forme.
Me taxerait-on d'anti-féminisme irrécupérable si j'avouais ne pas avoir ri de tout le film ? Car c'est malheureusement le cas. Les deux héroïnes ne révèlent aucune grâce dans leur jeu (ni dans leur figure ou leur allure) et ce ne sont pas les scènes d'excitation et d'hystérie qui relèvent le niveau du film. Certes, certaines allégories osées et des images psychédéliques intéressantes sauvent le film du désastre, et c'est dans la non-narration du film que l'on retrouve l'influence de Godard sur Vera Chytilova dans ce film trompeusement mythique de la Nouvelle vague tchécoslovaque. Une volonté de détruire les valeurs de la société la veille du Printemps de Prague, mais qui ne rend pas bien le concept du nouveau type de narration par un abus de confusion et une incompréhension du trip : il est véritablement difficile d'entrer dans le jeu de Vera Chytilova, et si l'on n'y arrive pas dès le début du film, ce dernier nous paraîtra un montage d'incongruités gratuites et d'une stupidité étonnante, ce qui n'était bien évidemment pas l'objectif de l'auteur.
film pamphletaire anar et insurrectionnel aux trouvailles techniques audacieuses, avec deux comédiennes espiégles au charme toujours frais!!! A voir pour se rappeler qu'à une époque le cinéma pouvait être ludique, politique et joyeux...
Ce film très daté vaut surtout pour son aspect historique. Nous sommes 3 ans avant le printemps de Prague. Vera Chytilova dénonce une société dépravée en multipliant les expériences formelles tant au niveau de l'image que de la bande-son. On pense parfois à Godard ou à Ferreri.
Film très fort dans la conception artistque technique, sans cesse en mouvement mettant en scènes nos deux personnages, face au désillusion de la vie sans être trop profond et sur les questions fondamentales au quel nous n'auront probablement jamais réponse, quelque chose laisse songer à un ailleur autre que toute religion et toute réalitée existencielle , mais avec une certaine légertée et une sensibilitée féminine, film assez marquant et déroutant à voir absolument .
Sympathique comédie dans laquelle on assiste à toutes les audaces de deux jeunes amies. On dénote une véritable recherche artistique, essentiellement visible pendant de nombreux sketches. Pour le reste, ce film "très second-degré" nous semble bien divertissant mais également très voire trop futile...