"Constantine" est un film vraiment compliqué à juger. D'un côté, je trouve que son contenu est extrêmement généreux, débordant d'idées et particulièrement intéressant à découvrir. Mais de l'autre, je trouve que l'ensemble flirte trop souvent avec un côté trop kitsch pour être vraiment appréciable. Sur le papier, encore une fois, je trouve qu'il y avait les bases pour proposer quelque chose de très bon. Porté par un Keanu Reeves qui était plutôt une bonne idée pour incarner le personnage, le long-métrage est une plongée dans ce monde à mi-chemin entre les enfers et le paradis. On entre véritablement dans l'univers du comics, et on comprend rapidement que tout est fait pour retranscrire au maximum cette atmosphère. Via des thèmes musicaux très sombres, une photographie qui l'est également, et peu d'humour, le tout s'inscrit vraiment dans la vague très sombre des films de comics du milieu des années 2000. Et honnêtement, je trouve que c'est l'un des rares projets de cette époque à vraiment essayer d'utiliser cette ambiance pour raconter quelque chose. Ici, l'ambiance a beau être sombre, elle permet surtout de développer énormément de sous-textes en ce qui concerne la religion et la croyance. On y installe des bases pour traiter de l'au-delà, parfois de manière assez frontale, et j'avoue donc avoir été surpris par l'audace d'un petit film de comics de vouloir entrer dans ce débat-là. Mais globalement, surtout lors de la première heure, on prend du plaisir lors de la découverte de cet univers. Et c'est donc là qu'arrive la contradiction du film, car s'il propose effectivement énormément de choses, tout n'est clairement pas de bon goût. Par exemple, comme pour signaler dans quel genre d'univers nous sommes, le film s'ouvre sur un exorcisme. Celui-ci, déjà qu'il est l'une des idées les plus clichées du scénario, est particulièrement forcé et est presque tourné en ridicule. Mais à côté de ça, j'avoue avoir été pris par la découverte du personnage de Constantine, qui porte un fardeau assez important. Francis Lawrence réussit d'ailleurs brillamment à nous illustrer ces pouvoirs par la mise en scène, comme dans ces quelques séquences du passage vers l'enfer. Mais par la suite et malgré cette bonne volonté, on retombe systématiquement sur quelque chose de très cliché et de très kitsch. Pour moi, le final en est l'exemple typique,
avec l'apparition vraiment poussive d'un Lucifer peu impressionnant et avec cette trahison complètement illogique du personnage de Gabriel.
Par conséquent, ce long-métrage est une anomalie vraiment particulière. D'un côté, j'ai envie de l'aimer, à cause de quelques scènes vraiment bonnes et par l'esthétique globale qu'il se donne qui est vraiment maîtrisée. Mais de l'autre, j'ai le sentiment que les scénaristes ont voulu mettre trop de choses dans leur histoire, quitte à faire déborder le scénario d'idées vraiment mal gérées par instants. Pour moi, ce projet est donc un véritable plaisir coupable, qui, s'il ne brille pas par sa qualité, réussit à marquer par sa générosité. Pour conclure, un long-métrage assez intéressant.