Les Mille et Une Nuits de Pier Paolo Pasolini est un mauvais film et une mauvaise adaptation.
Le jeu d'acteur amateur est rébarbatif, nul au possible, la direction d'acteur se limitant visiblement à dicter quelques poses et expressions du visage figées, dans une figuration indigente. Les personnages de conte, d'ingénus ou caricaturaux deviennent franchement débiles. La fable, elle, en devient ridicule.
Le montage sans transition, pas toujours compensé par la narration, perdra le spectateur moins familier de l’œuvre originale.
Certaines scènes longues sans raison particulière ; certains éléments importants qui apparaissent une demi-seconde à l'écran : un rythme mal maitrisé qui ennuiera très vite le spectateur.
Hors poésie récitée, et tirée des textes originaux, dialogues oubliables.
Quelques thèmes signés Ennio Morricone soutiennent à grand peine la bande son criarde.
Un point positif tout de même : l'enchaînement narratif imparfait mais plutôt réussi face au labyrinthe que représente l'adaptation d'un récit tel que les Mille et Une Nuits et ses histoires à tiroirs. Les contes choisis ont été coupés, moyens limités du cinéma oblige, tout en gardant le minimum nécessaire à la cohérence et à la succession des bouts d'histoires. A l'occasion, un joli plan ou une beau paysage réveille l'attention. Rien de mémorable cependant, car le cadrage tressaute souvent, les couleurs ont vieilli, et les images n'atteignent ni à l'absolu ou de l'intemporalité.
Avertissement pour les scènes de nu, souvent dénuée de l'érotisme ou de la suggestivité des Milles et Une Nuits original. A prendre avec du recul au vu de l’œuvre adaptée et du contexte particulier (EUuope occidentale du début des années 70).
A noter enfin l'absence de "réelle" VO. Je m'explique : Pasolini semble avoir recruté nombre d'acteurs sur les lieux de tournage en Éthiopie, au Yémen, au Népal, avant de revenir à la maison en Italie et de faire doubler les acteurs en Italien. Avec à la clé une mauvaise synchronisation entre le doublage et les lèvres des acteurs pour la moitié des dialogues. Autant regarder en VF. Bon, ça se faisait à l'époque, en particulier en Italie, de sortir un film original avec des acteurs étrangers doublés. Après tout Le Guépard de Visconti use du même procédé si mes souvenirs sont bons, sans empêcher le film d'être une référence.
Ayant lu les Milles et Une Nuits dans une traduction récente (celle de Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, que je conseille), connaissant l'aura de Pasolini, n'ayant vu que Salò ou les 120 Journées de Sodome il y a plus de 10 ans en recherche de sensations sulfureuses (film malgré tout intéressant), ma curiosité m'a naturellement guidé vers ce film. Énorme déception, il faudra que je poursuive à l'occasion mon voyage chez Pasolini par des œuvres plus reconnues.
Voulant chercher ce que j'aurais pu manquer dans ce film, j'ai consulté les critiques positives sur Allociné : elles émanent essentiellement de personnes précédemment séduites par le cinéma de Pasolini, qui se contredisent l'une avec l'autre sur ce que sont les points forts et les points faibles du film, et surtout qui attribuent au génie de Pasolini ce qui vient en fait du texte original des Mille et Une Nuits : l'érotisme, la poésie arabe, l’enchâssement inventif des contes les uns dans les autres, la diversité des paysages, la liberté de ton qui affleure, l'irrévérence face au pouvoir et à la société. Tout cela, ça ne vient pas de Pasolini. Mis à part quelques jolis plans, il n'ajoute rien qui ne se trouve déjà dans les contes originaux, et parvient souvent à rendre grotesque ce qui ne l'était pas, comme le conte d'Aziz et Aziza.