Avec "Kwaidan", Masaki Kobayashi se lance dans l'adaptation de quatre histoires de fantômes issues du folklore traditionnel japonais. Dans la première il nous conte l'histoire d'un samouraï qui abandonne sa femme par dégoût de la pauvreté pour aller se marier avec une riche, dans la seconde il nous fait suivre deux bûcherons qui se retrouvent coincés, dans la troisième l’histoire d'un jeune aveugle recueilli par des moines et enfin dans la dernière il nous fait suivre un écrivain qui commence à avoir des visions.
Ce qui frappe d’emblée, c'est la qualité esthétique, visuelle et de réalisation de Kwaidan. Tout le long des quatre histoires, il fait preuve d'une réelle maîtrise derrière la caméra, proposant régulièrement des plans recherchés et bien pensés avec des mouvements de caméras fluides. Les différentes reconstitutions sont superbes, sublimées par Kobayashi mais aussi par la magnifique photographie en couleur, nous transportant littéralement dans ces époques.
Kobayashi bénéficie d'histoires bien écrites et intéressantes qu'il rend captivantes, notamment grâce à l'atmosphère qu'il instaure, souvent troublante, parfois envoûtante et d'autres fois poétiques, avec un rythme lent qui, excepté peut être lors de quelques courts moments, ne fait qu'accentuer la fascination et la puissance. D'ailleurs, les dialogues sont minimaux, il fait totalement confiance à son atmosphère pour éviter toute lourdeur et il relève le défi avec brio. Les quatre histoires sont assez riches et abordent plusieurs thèmes, parfois se rejoignant entre elle, à l'image de l'amour perdu, les apparitions, le courage ou encore la lâcheté. L'apparition du fantastique est toujours mies en scène avec finesse et subtilité où Kobayashi n'en fait jamais trop mais est toujours juste. D'ailleurs il est bien plus dans les émotions et dans le sensorielle (aussi grâce à l'ambiance sonore qu'il instaure) que dans le démonstratif et il le maîtrise à merveille.
Il ouvre "Kwaidan" de la meilleure des façons avec "Les cheveux noirs", histoire d'une noirceur qui n'a d'égal que sa beauté visuelle où il met l'homme face à ses défauts et plus précisément son égoïsme et sa cupidité. Une histoire qu'il rend poétique avec une superbe scène finale. La seconde, "La Femme des neiges" est la moins convaincante à mes yeux, sans être désagréable c'est celle qui subit le plus le rythme lent du film malgré, ici aussi, une belle scène finale et une magnifique immersion dans la forêt japonaise. Le troisième, "Hoichi sans oreilles" est le plus long et le plus lent mais quelle beauté. Ici Kobayashi ne laisse rien au hasard, il laisse parler les images, fascinantes et envoûtante. Kobayashi clôt son film de belles manières avec les aventures d'un samouraï qui se voit menacé par un esprit donc l'image apparaît régulièrement face à lui.
Un film lent mais ô combien fascinant, magnifique et envoûtant. Une forme brillante qui sert un fond riche et passionnant pour un film à atmosphère où pendant trois heures, on est devant du grand cinéma.
Un monument du cinéma japonais qui est sans conteste un des meilleurs films nippons existants. On commence doucement avec une "Des Cheveux Noirs". Histoire assez macabre et poétique d'un homme ayant quitté sa femme pour une riche. Mais en revenant il aura le droit à une drôle de surprise. Certes c'est un peu lent mais la fin est juste extraordinaire: SPOIL/: quand on le voit vieillir et fuir la malédiction, c'est effrayant au possible: très bien fait \:SPOIL. De plus les acteurs sont excellents surtout le mari. Deuxième histoire, "La femme des neiges" est la plus effrayante des quatre contes proposés. Je ne raconterai pas l'histoire mais la sorcière est vraiment glacial (!), sans pitié et flippante. Et pendant les trois-quart d'heure que dure cette histoire, on entend une musique dérangeante, avec je ne sais quel instrument. J'ai eu la fameuse boule: vous savez celle qu'on a pendant tout un film, celle qui vous fais peur jusqu'au paroxysme, très bien fais ici. Et que dire des décors, tous superbes les uns que les autres. La troisième histoire est la plus longue mais aussi la plus lente. Bien que certaines scènes soient très bien faites, d'autres sont simplement inintéressante (nous faire repasser le même chant du début: l'intérêt?). Autrement, l'histoire ne fait pas peur, il fait donc partie de la partie purement fantastique. La dernière histoire est aussi la plus impressionnante: on y suit un samouraï qui devient fou et on découvre pourquoi certaines histoires n'étaient jamais terminées. La deuxième histoire si on regarde le trouilliomètre. La mise en scène et la tenue de la caméra du film entier est juste incroyablement originale et moderne. Très bien réalisé, flippant (pas tout le temps), poétique, beau et d'un certain côté épique, ce "Kwaïdan" ce doit d'être plus connu. Sublime chef-d'oeuvre.
En quatre histoires distinctes, Kobayashi a parfaitement retranscrit non seulement lesprit des légendes de fantomes japonaises, mais également lessence même de lart japonais. Les décors magnifiques de couleurs shabillent de sobriété et émerveillent les sens de leurs beautés multiples, notamment dans la deuxième et troisième histoire. Véritables peintures vivantes, les personnages y évoluent avec une grâce et une sensibilité rappelant parfois celles du théâtre Nho ou du Kabuki dont les décors sinspirent. Kobayashi nhésite dailleurs pas à narrer un long passage avec un unique change de Nho accompagné de koto, intercalant ci et là des images destampes japonaises. A cet incroyable étalage desthétisme autant visuel que sonore vient sajouter toute la poésie et le charme de ces vieux contes japonais, parfois terrifiant, emplis de fantômes et de démons où le surnaturel semble côtoyer intimement le quotidien. Pour cette uvre titanesque durant pas moins de 3h15, le film a nécessité un an de tournage et des années de préparation. Kwaidan semble être un grand cri de son auteur, comme pour intégrer au présent toute la richesse dune culture en passe de se diluer dans le mondialisme, et comme une récompense, ce film grâce à qui lauthenticité et la merveille de lart japonais nest plus à prouver, sinscrit au panthéon des uvres dart.(+de critiques sur http://www.guillaumetauveron.com/Textes/chroniques_films.htm)
C'est un excellent film, malgré quelques longueurs et l'inégalité (niveau qualitatif) des récits... Kobayashi ose se mesurer au maître (Mizoguchi) en décidant d'adapter lui aussi le conte du mari trompeur et de la maitresse spoiler: fantôme . Kobayashi est un styliste, il n'hésite donc pas à user des couleurs de manière outrancière, des travellings élégants, des acteurs expressifs, etc. Là où Mizoguchi jouait sur la retenu (plan statique, musique minimaliste, etc.), Kobayashi joue au baroque... Nous avons donc 2 interprétations opposées de ce conte japonais ancestral, je vous invite à voir les 2... Pour ma part, celui de Mizoguchi (puisqu'il joue sur la retenue), sera toujours mon préféré, mais ceci n'est que purement subjectif, la comparaison n'a pas lieu d'être
Un chef d'oeuvre , hélas oublié de nos jours. Les images sont superbes. La musique envoutante. Il est vrai que lors de sa sortie , ce film a décroché de nombreux prix
Magnifique ce film, à voir absolument. Il fait partit des films qui sont comme des "ovnis", qui se détachent des autres et qui réellement beau. Le tout repose beaucoup sur l'esthétique: visant le conte, le mythe, les décors font presque imaginaire (enfin parfois ils le sont), féérique et donc très beau. L'arrière plan étant souvent une peinture. Très heureux de voir Tatsuya Nakadai, héros de la trilogie "la condition humaine", un très bon acteur, charismatique. J'ai adoré les quatre histoires. La réalisation est assez original, la façon dont la caméra tourne en faisant des zooms. La bande son est très bien.
La mise en scène sublime donne parfois l'impression de regarder une peinture tant les images sont splendides. Kwaidan ne s'oublie pas de si tôt et fait parties des plus grands films du cinéma japonais. C'est peut être un peu long mais qu'est ce que c'est beau ! Kobayashi est un grand maître au même titre que Kurosawa.
Ressortie en salle de cet opus majeur de Kobayashi ( 1962 ) qui sous des allures de contes de fantômes pour adultes, propose quatre métaphores sur certains enjeux existentiels de la condition humaine.
Abandon, non respect de sa parole, importance de comprendre le passé pour le déconnecter du présent, culpabilité animée par un passé non résolu.
La production artistique est formidable. Voilà un film admirable et un classique inoubliable de l'âge d'or du cinéma japonais.
Assurément l'une des expériences esthétiques les plus fortes de l'histoire du cinéma. Et très bien servi par cette restauration 4K, à voir sur grand écran. Le film est composé de quatre histoires qui se juxtaposent sans lien. Les récits sont assez attendus, mais on est sans cesse frappé par la beauté plastique des plans. Le rythme est très lent, et le film très long. Cependant si vous êtes cinéphile, ne ratez pas ça. C'est à voir !
Film magnifique, vu il y a près de soixante ans, et rarement sinon pas reprogrammé depuis. Les quatre histoires restent intrigantes. Le cérémonial japonais et les costumes sont fascinants. Mais surtout, il y a cette lenteur très difficile à apprécier pour un occidental, que j'avais déjà trouvée lors de l'intronisation du nouvel empereur Mahurito retransmise à la télévision, et en septembre 2018 lors de la prestation du ballet impérial japonais à la Philharmonie de Paris (Gagaku impérial), prestation tellement lente et déroutante qu'elle a été à peine applaudie alors que les déplacements de ce ballet sont rarissimes. Aussi il faut excuser ceux qui trouvent le film trop lent. Mais cette lenteur fait de ce film, outre son esthétisme époustouflant, une très intéressante plongée dans la société et la culture japonaise.