Pour son retour derrière la caméra, 12 ans après l’excellent "Il était une fois Le Bronx", Robert De Niro s’éloigne de son sujet de prédilection (les mafieux italo-américain) et s’attaque à un gros morceau : la création de la CIA. Projet particulièrement alléchant sur le papier, "Raisons d’Etat" s’avère malheureusement boursouflé et inutilement complexe. Visiblement désireux de trancher avec le glamour des James Bond, De Niro s’applique à conférer à son film une austérité certes en phase avec la réalité du métier d’espion mais qui, à l’écran, s’avère assez vite éprouvante… d’autant plus que le film dure 2h40 ! On a donc droit à un rythme particulièrement lent, à une photo terne (et surtout non accompagnée d’un vrai travail sur l’image pour différencier les époques) et à une pléiade de personnages sans réelle originalité. Une vision réaliste de l’univers des espions donc mais surtout un parti-pris formel assez ennuyeux. Certes, ce travail sur l’ambiance permet au spectateur de ressortir du film avec un sentiment de paranoïa aigue, persuadé qu’il est impossible de faire confiance à qui que ce soit. Mais il s’agit sans doute du seul réel intérêt de "Raisons d’Etat", avec sa description glaçante des liens entre la CIA et le bloc soviétique (le travail incessant de contre-espionnage, les taupes, les pressions…). Pour le reste, on assiste à une intrigue alambiquée qui multiplie les intervenants sans leur laisser suffisamment de place pour exister (on peine à se souvenir des noms des personnages et de leur rôles) et qui ne s’ancre pas suffisamment dans l’Histoire, préférant s’éparpiller dans les sous-intrigues personnelles du héros. Là encore, le parti-pris est louable et permet une certaine mise en abyme du spectateur (la relation entre Wilson et son fils soulève certaines questions intéressante sur la raison d’Etat) mais il se fait au détriment de l’ambition du film. Idem pour l’interprétation des acteurs, pas forcément indigne mais beaucoup trop retenue pour espérer emporter l’adhésion, que ce soit Matt Damon en espion mutique bénéficiant d’un prestige jamais vraiment justifié à l’écran, Angelina Jolie en épouse mal-aimée, John Turturro qui laisse espérer un personnage atypique avant de retomber comme un soufflet, Robert de Niro lui-même en grand ponte ou encore Michael Gambon, Billy Crudup, Alec Baldwin, John Hurt en 2nds rôles sans consistance (sans oublier la cameo tant espérer et au final inutile de Joe Pesci). Trop sérieux, trop long et trop complexe, "Raisons d’Etat" est donc un film en demi-teinte qui aurait gagné à clarifier son propos. Dommage…