Le long film de Robert de Niro, étiré par sa lenteur plutôt que par l'envergure du sujet ou du contenu, évoque la carrière d'un cadre de la CIA, Edward Wilson, depuis sa sortie de l'université et ses premiers postes, dans l'Angleterre en guerre, jusqu'à la crise de Cuba dans les années 60.
Le récit alangui et grave, sa sombre apparence, confinent à la tragédie. C'est précisément l'impression et le sens que le cinéaste de Niro veut donner à son film : dessiner la tragédie ordinaire de l'espion à travers le secret et la solitude, la duplicité et la trahison, des thèmes emblématiques.
La mise en scène, elliptique et désordonnée, ne produit pas une intrigue policière classique et aboutie. De Niro ne poursuit pas, d'ailleurs, le dessein de raconter une histoire de la CIA mais plutôt d'en évoquer les contours, les principes de fonctionnement à travers les comportements et les méthodes. Le cœur et l'énigme du sujet, c'est Edward Wilson (Matt Damon), docile et impassible fonctionnaire qui sacrifie sa vie personnelle à sa fonction, à la "cause".
Son histoire est celle d'une totale aliénation à une organisation trouble, sinon occulte, et éventuellement criminelle. Le point de vue est ambitieux mais rendu moins efficace par trop de maniérisme et de noirceur affectée, desquels n'émane guère d'intensité. A l'exception du dénouement, une des rares séquences qui dévoilent une vraie force dramatique.