Lenny Bruce (1925-1966) est un humoriste américain, new-yorkais et juif, pionnier du stand-up. Ses performances firent scandale dans les années cinquante alors qu’elles nous semblent aujourd’hui bien inoffensives. Constamment poursuivi par la Justice pour obscénités, épuisé par ses procès et ses emprisonnements, il mourut d’une overdose ou peut-être se suicida.
Bob Fosse lui a consacré quelques années après sa mort un film en forme d’hommage. C’aurait pu être un documentaire. C’est une fiction où le personnage de Lenny est interprété par Dustin Hoffman. Les témoignages de ses proches (son ex-femme, sa mère, son manager) sont joués par des acteurs.
Quand Dustin Hoffman interprète ce rôle, il est au sommet de sa carrière. Il a trente-six ans environ et n’a jamais été aussi beau, aussi séduisant. L’année suivante, il tournera "Les Hommes du président" et "Marathon Man".
"Lenny" est un hommage à un homme injustement persécuté pour des propos qui, quelques années plus tard, sont désormais tolérés sans faire le moindre scandale. C’est aussi un hommage à une cause : la liberté d’expression de l’artiste. La meilleure scène du film est le stand-up qu’il effectue juste après avoir été condamné pour avoir prononcé sur scène les mots « sucer des b**** » avec l’injonction de ne plus les prononcer à nouveau. Avec un malin plaisir, Lenny tourne en dérision l’hypocrisie du juge et de la société, qui censure le mot mais pratique la chose, mettant dans sa poche des spectateurs vite hilares.
Même si Dustin Hoffman est toujours aussi séduisant, toujours aussi incandescent, "Lenny" a vieilli. Son noir et blanc semble aujourd’hui bien terne. L’histoire qu’il raconte, la cause qu’il défend semblent aujourd’hui bien banales.
Un biopic stylé et intéressant sur le destin tragique d’un célèbre comique anticonformiste et son combat pour le liberté d’expression dans l’Amérique puritaine des années 50, filmé dans un sublime N&B, et incarné par un Dustin Hoffman magistral.
La vie et l'oeuvre de Lenny Bruce, humoriste américain et controversé des années 60. Qui finira cloué au piloris par la bien-pensance et l'hypocrisie de la société de son époque. Elle ne sera pas seule responsable de sa mort, mais elle y a joué un rôle majeur. A vrai dire, ce "Lenny", bien que très réputé, ne m'a jamais réellement séduit. Sa première très bonne partie oui, sa deuxième non. Parce que si les démêlés judiciaires de Bruce sont autant d'éléments de sa vie, dans le film on y passe beaucoup trop de temps et l'on finit par regarder la montre. Surtout que le message qu'on veut nous faire passer est quand même amené avec une lourdeur qui finit par peser. Bob Fosse était capable de bien plus de finesse que ça. Par moments, même le jeu de Dustin Hoffman paraît forcé. Mention honorable, ni plus, ni moins.
Très intelligemment monté, ce biopic confronte différents points de vue sur Lenny afin de montrer la difficulté pour quiconque dont le spectateur de connaitre une star ou un proche avec perspicacité; en outre ces interviews alternent avec le déroulé de la vie du trublion, interrompu par différents sketchs qui enrichissent notre compréhension des événements tout en nuançant la focalisation originelle. Par ailleurs, les spectacles du comique permettent de nous confronter avec grande pertinence à des questions tant intimes (les rapports hommes/femmes, les illusions littéraires et médiatiques) que socio-politiques (racisme, homosexualité, censure, salaires) au travers d'un humour acéré, cynique, sarcastique - laissant même parfois surgir l'émotion (sur la réaction de Jackie Kennedy). Or, le noir et blanc couplé à une réalisation aux airs de documentaire renforce l'intensité de l'interprétation de Dustin Hoffman qui offre une intéressante complexité à un homme avide d'amour et de réussite, quitte à renoncer paradoxalement à lui-même ou à son intégrité (physique) pour conserver succès et fascination. Face à lui, Valerie Perrine campe une fragile épouse, versant sombre du monde des paillettes. Récit d'un rêve américain démonté autant par le système lui-même que par les blessures personnelles, ce drame de l'hypocrite puritanisme utilise cette figure incontournable du stand-up américain avec une modernité (de propos) remarquable. Ce que peut la narration d'un réel destin individuel...
Quand on s'attaque à un biopic, il faut choisir. Ouvrage de taxidermiste, pour refiler du lustre à son icône disparue, déchue ou méconnue ? Ou proposition de mise en scène (et de réflexion) autour d'un personnage replacé au centre d'un microcosme qu'il a bouleversé ? Bob Fosse est notoirement célébré pour ses comédies musicales (Cabaret, Que le spectacle commence). Il change peut-être de registre avec Lenny, mais son expérience sur un cinéma de l'image en mouvement ne sera pas en veilleuse. Le film ne dépareillera pas aux côtés de monstres comme Citizen Kane ou The Social Network. À l'inverse d'une convention qui induirait une structure hagiographique et à une certaine lenteur, la vie du comique Lenny Bruce se fractionne en entretiens, flash-backs, points de vue qui se succèdent ou s'alternent, se répondent ou se contredisent. Un exercice de montage brillant puisqu'il condense sans éluder, en plus d'embarquer son spectateur pour un amusant puzzle qui s'assemble à vitesse grand V. Devant la caméra, Dustin Hoffman livre une de ses compositions les plus endiablées. La belle galerie de seconds-rôles (Valerie Perrine, Jan Miner) offrent de jolis rebonds à ces morceaux choisis. Impossible de ne pas parler de ce noir et blanc expressionniste, qui joue à merveille des dualités claires-obscures du personnage, de ses proches ou de l'Amérique. À l'instar des travers que Lenny s'employait de railler, le film de Bob Fosse passe le pays de la liberté aux détecteurs de mensonges. Notamment dans son rapport hypocrite à ces tabous qu'il taxe d'obscènes ou d'antipatriotisme en public alors qu'en privé...Lenny Bruce fut autant un résistant à la censure bienpensante qu'une victime tragique des rafles anti-subversives. Son destin et le film qui lui est consacré rappellent que même les plus petits combats ont eu besoin des plus grand esprits. Si la victoire à le goût d'un triomphe à la Pyrrhus, Lenny est le plus beau mausolée qu'on pouvait accorder à celui qui y a consacré l'essentiel de sa vie.
Il s'agit de la vie de Lenny Bruce, tout au moins une partie, mise en scène sous la forme de témoignages posthumes, d'extraits de spectacle, de scènes de la vie privée. Cette alternance donne un aspect documentaire et donc réaliste à cette évocation de celui qui fut, à la façon d'un Coluche, un amuseur scandaleux puis, sur sa fin, un véritable prédicateur. Car sous ses plaisanteries grossières, Lenny Bruce dessine un portrait satirique de la société américaine, raciste et puritaine. Il dénonce dans ses spectacles de cabaret aussi bien que face à la justice devant laquelle il est régulièrement convoqué, l'hypocrisie sociale et la liberté d'expression menacée. Le film de Bob Fosse montre bien, quoique de façon académique, un homme trop sensible qui progressivement se détruit et dont le destin se rattache au thème classique de l'artiste torturé. Les problèmes de couple et la drogue entretiennent une atmosphère dramatique convenue. En vérité, c'est la sincérité de Dustin Hoffman qui fait l'intérêt du personnage -parfaitement inconnu chez nous. D'autant que ce Lenny ne m'est apparu ni exceptionnel ni drôle, à travers ses sketches qui ne le sont pas -c'est l'écueil principal de cette chronique- dans leur expression typiquement américaine.
Bob Fosse (Que le spectacle commence ! - 1980) réalise ici un documenteur (un faux documentaire) sur le plus célèbre (et le plus controversé) comique américain des années 60, à savoir Leonard Alfred Schneider (plus connu sous le nom de Lenny Bruce). Précurseur du stand-up, il se donne dans des petits cabarets, peine à rencontrer la consécration mais son public lui est fidèle et se rend de plus en plus à ses représentations. Mais il choque avec son langage politiquement incorrect, avec ses textes trop crus pour l'époque, levant le voile sur des tabous, le comique se met à dos la censure américaine car à cette époque, le puritanisme est roi, si quiconque entretient un langage ordurier il risque la prison, c'est d'ailleurs ce à quoi Lenny Bruce dut faire face, sans compter ses nombreux procès pour avoir osé dire quelques obscénités lors de ses shows ! Hypocrisie, contestation, liberté d'expression, Lenny (1975) lève le voile sur le passé sombre d'une star qui connut la déchéance au moment même où elle venait de connaître la consécration (à force de faire la une des journaux !). Filmé en noir & blanc, Bob Fosse nous livre une oeuvre mémorable, grâce à Dustin Hoffman & Valerie Perrine (lauréate du Prix d'Interprétation lors du 27ème Festival de Cannes).
Biopic au montage renversant et au contenu politique très riche,"Lenny"retrace la vie de celui que l'on peut estimer comme l'inventeur du stand-up aux Etats-Unis dans les années 50:Lenny Bruce.Artiste très controversé qui osait aborder les sujets les plus tabous de l'époque avec une sincérité frontale dérangeante pour les conservateurs.Dustin Hoffman,avec son agitation perpétuelle et son débit de mitraillette lui donne un caractère versatile.Il est phénoménal.Bruce dénonçait l'hypocrisie,le racisme,la politique de son pays et les faux-semblants.Son génie se perdit à force de condamnations pour obscénités et de plongée dans la drogue.Sa mort par overdose finit d'en faire une légende.Bob Fosse n'a pas son pareil pour filmer les salles enfumées des cabarets de seconde zone.Il a le sens du spectacle,et de sa mise en abîme avec la vie réelle,et ce personnage lui donne d'exorciser ses démons d'auto-destruction.Il choisit de filmer dans un superbe noir et blanc,contribuant à figer ce destin fulgurant dans le temps.Enfin,la narration est particulièrement bien charpentée,entre numéros scéniques,vie privée de Bruce et entretiens post-mortem d'un entourage peu scrupuleux.C'est du vrai cinéma d'auteur,et un exemple de biopic artistique.
Lenny Bruce a été un comique américain irrévérencieux qui scandalisa la société puritaine américaine des années 60. Voir ce film, c'est découvrir une facette de la société américaine des années 60. Celle qui, en réaction au mouvement hippie et beatnik, élira les Républicains les plus conservateurs au début des années 70 avec Nixon. Cette majorité silencieuse donc, qui pense que Lenny Bruce est vulgaire et odieux, et fait tout pour le faire taire. Bob Fosse a un sens de la mise en scène incroyable. Ses plans sont d'une précision à couper le souffle, qui ont plus d'ampleur encore avec le Noir et Blanc idéal pour éclairer l'ambiance tamisée et enfumée des cabarets. Surtout, Dustin Hoffman interprète l'exaltation, le sens comique, puis la douleur avec brio. Un très grand biopic.
Une très grande performance de Dustin Hoffman et un biopic qui se révèle très intéressant au fur et à mesure que l'on découvre le personnage (aussi bien privé que public). Tout cela fait de ce film un très bon film très agréable à suivre.
Dustin Hoffman brille dans la peau de Lenny Bruce, artiste méconnu dans lequel on reconnaîtra sans trop de mal les origines controversées du stand-up. Et, outre la performance de son acteur principal, il est important de souligner que le film de Bob Fosse présente une maturité de corps et d'esprit saisissante, à l'image de Lenny, cet amoureux de l'ironie qui, comme un Socrate en son propre lieu de vie et en son propre temps, fut mené malgré lui à la mort par les tenants d'une société irréfléchie refusant d'entendre à travers son discours la véritable valeur des mots et des choses auxquelles ils renvoient.
Lenny constitue certainement l’un des meilleurs biopics réalisés, tant il parvient à convertir l’approche documentaire exigée par son postulat en une démarche esthétique virevoltante qui procède par échos, sauts dans les âges et les lieux, ellipses nombreuses afin d’incarner par le mouvement à la fois le rythme effréné du show et la vitesse incontrôlable d’une vie menée dans l’outrance. Bob Fosse signe une œuvre dont la vélocité et la confusion apparente miment à merveille les prestations de Lenny Bruce sur scène : son film épouse l’improvisation de l’artiste – en réalité savamment construite par l’écriture du scénario et le montage – et évite ainsi les écueils d’un parcours biographique linéaire. Ici, la trajectoire suivie n’est pas celle d’un individu depuis sa naissance jusqu’à son décès mais bien celle d’un génie à l’œuvre, en représentation devant un public et lancé en privé dans une (re)construction permanente de son personnage. Le long métrage montre très bien comment l’intimité nourrit l’extimité, soit le désir de révéler à autrui des aspects de sa personne jusqu’alors gardés cachés, le désir de s’exhiber, de nourrir le spectacle de sa propre histoire. Là réside le scandale véritable : non pas tant transgresser des tabous en recourant à des mots, à des expressions ou à des thématiques jugés vulgaires, mais se saisir de l’actualité comme d’une matière à explorer par le prisme du burlesque et du trivial. Les tabous sont brisés pour construire du sens et donner le réel à penser au spectateur ; il ne s’agit pas de choquer pour choquer. Lenny Bruce apparaît aussitôt tel un prophète accusé de corrompre les autres alors qu’il démasque l’hypocrisie environnante. Le film brosse en creux le portrait bouleversant d’un amour fou qui ne semble pouvoir s’épanouir que dans la redécouverte perpétuelle de l’autre ; son ennemi juré est la routine qui détruit tout et conduit aux paradis artificiels. Par le biais d’un destin singulier, Bob Fosse représente une époque de l’histoire de l’Amérique et une génération marquée par la libération des mœurs. Une œuvre immense au noir et blanc sublime et magistralement interprété par Dustin Hoffmann et Valerie Perrine.
Pour nous autres Européens, Lenny BRUCE aura pour toujours le visage de Dustin HOFFMAN, et Honey BRUCE, celui de Valerie PERRINE "S'il vous plait, ne m'enlevez pas mes mots !!" http://www.youtube.com/watch?v=Jo-wu2okc2M
De la mise en scène à l'interprétation ce film n'a pas vieilli et la liberté d'expression demeure bien évidemment toujours en alerte. Avis bonus Le point de vue d'un grand directeur de la photo Darius Khondi , plus qu'intéressant Pour en savoir plus
Très bon biopic qui à surement inspiré toute une vague de film biographique actuel (ascension et chute d'un artiste, sexe, drogues, ...). J'ai adoré la réalisation ainsi que la qualité du noir et blanc, très beau visuellement. Dustin Hoffman est comme toujours excellent mais aussi Valerie Perrine qui est rayonnante, oeuvre un peu oublié je trouve.