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Daniel Schettino
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2,0
Publiée le 15 décembre 2017
Ce qui est frappant dans La Dame de Shanghai, malgré les nombreuses critiques dithyrambiques sur le film, est l'enlaidissement de Rita Hayworth. Par jalousie envers les autres hommes, rivaux éventuels, Orson Welles coupa la belle chevelure rousse de Rita Hayworth est la transforma en... Anne Baxter. Comme modèle de féminité il y a mieux. D'ailleurs Joseph L Mankiewicz ne se trompa pas dans son superbe film All about Eve sorti 3 ans après, puisque Bette Davis à l'étincelante et longue chevelure rousse, se fait "détrôner" par l'insignifiante Anne Baxter. Joseph L Mankiewicz cinéaste visionnaire, voit que malgré tout que cela ne servira à rien de brimer le sex-appeal des actrices hollywoodiennes, puisque Marilyn Monroe, fait partie de la distribution de Eve dans un second rôle. Elle attend son heure, et fera vite oublier Anne Baxter. Mais avant que Marilyn Monroe ne prenne le pouvoir, il fallait dire adieu aux femmes fatales du cinéma des années 40, adieu Gilda ! Adieu Gene Tierney, Ava Gardner, Veronica Lake et Lauren Bacall. Les réactionnaires de l'époque gagnent la partie et semblent dire: "Coupez moi donc cette chevelure trop érotique de femmes un peu trop libres, et restez dans vos maisons à faire le ménage, et à vous occupez des enfants." La coupe de cheveux "casque" sera la norme dans toutes les années 50, de Joan Crawford à Jane Wyman, mais Marylyn Monroe viendra mettre à mal ces codes rigides de la bien-pensance des années 50, et cela malgré ses cheveux courts. Orson Welles en tyran domestique ne voulait pas que sa femme, Rita Hayworth, puisse séduire les autres hommes. La dame de Shanghai est du fait dans les normes de l'époque. Chaque plan du film se veut novateur, mais le personnage féminin du film, qui correspond aux archétypes de l'époque, ne l'est pas. Il y a dichotomie entre le personnage de Rita Hayworth qui joue encore sur les codes de la femme fatale des années 40 (donc rien de bien nouveau) mais qui est emprisonnée dans un corps engoncé qui représente déjà la vision de la femme des années 50. C'est une vison misogyne. D'ailleurs Orson Welles fait mourir son personnage féminin, alors que la défunte Laura (Gene Tierney, dans le sublime film d'Otto Preminger de 1944) ressuscite. La dame de Shanghai est une critique d'Hollywood d'Orson Welles, certes, mais en partie seulement car le cinéaste n'a pas vu venir le genre de personnage féminin empesé que le cinéma américain allait produire dans les années 50. Ce n'est guère anticipateur. Orson Welles enlève donc la belle et désirable apparence de Rita Hayworth, pour se complaire dans ce qui sera l'image de la femme avec les codifications rigides des années 50. C'est le comble du cynisme et c'est plutôt creux. Le film veut dynamiter les codes du film classique, mais il enferme justement la femme dans les carcans esthétiques austères et puritains qui allaient triompher dans la société américaine des années 50.
La Dame de Shanghai est une forme de conclusion en apothéose d'un genre typiquement américain le film noir avec une héroïne ( Rita Hayworth ) mortellement vénéneuse dont l'esthétique envoutante et fébrile bouscule toutes les conventions. L'une des intrigues les plus torturés du film Noir où même les bons sont plus noirs que les méchants! Orson Welles était vraiment un grand réalisateur..
Le scénario est très bon, c'est un classique du thriller, mais le film vaut surtout pour sa mise en scène, toujours aussi géniale aujourd'hui, avec des travelling et des plans d'une esthétique toujours aussi contemporaine, et surtout une mise en scène intéressante comme miroir des personnalités. Car, dans le film, ce qui compte n'est pas l'histoire. D'ailleurs, elle est contée par le personnage principal, d'une manière assez monotone. Ce qui intéresse, c'est le parcours du personnage principal, ses pensées, son vécu, comment il vit cette situation de danger, ses ressentis et tout cela se ressent dans la mise en scène. Welles, comme Hitchcock, a compris et adopté une notion, le thriller n'est pas totalement fondé sur son scénario, mais sur les personnages et leurs émotions. Bref un film dont on aura toujours à parler. Un chef-d'oeuvre.
Les défauts du film noir s'amoncellent ici: scénario alambiqué truffé d'incohérences, survol superficiel de la psychologie des personnages et rythme peu dynamique, auxquels s'ajoute la grandiloquence de la mise en scène. Demeurent toutefois le plaisir du duo composé par le charismatique Orson Welles et la saisissante Rita Hayworth ainsi que quelques scènes emblématiques telle que l'affrontement dans le labyrinthe de miroirs. Bien insuffisant pour un classique!
Comme souvent avec Welles les choses ne sont ni blanches ni noires, pas plus grisâtres d’ailleurs mais plutôt bariolées malgré une œuvre presque exclusivement filmée en noir et blanc. "La dame de Shanghaï" est un de ses nombreux films maudits qui aura subi les coupes assassines des producteurs pressés d'en finir avec les sautes d'humeur et d'inspiration du réalisateur incontrôlable qu'était rapidement devenu le prodige créateur de "Citizen Kane". Les avanies subies par la plupart des travaux cinématographiques de Welles que ce soit "Le dossier Arkadin", "Don Quichotte", "La splendeur des Amberson" et bien sûr "La dame de Shanghai" leur donnent une tonalité très particulière, mélange de baroque poétique et d'inachevé qui en font aujourd'hui tout le prix. Comme si Welles n'ayant pas en lui la capacité de dompter sa force créatrice, provoquait par ses rebuffades un étiolement de ses folles entreprises pour échapper à leur conclusion et inconsciemment éviter d'avoir à en définir le contour exact, laissant ainsi au spectateur le soin de plaquer ses propres obsessions sur une page encore à noircir. «La dame de Shanghai » s’inscrit sans conteste dans la veine du genre noir mais de manière atypique sans en reprendre toutes les conventions. spoiler: La femme fatale jouée par Rita Hayworth teintée en blonde peroxydée passe très longtemps pour la victime d’un mari aigri faisant payer son infirmité à son entourage qu’il domine grâce au pouvoir que lui confère son statut d’avocat réputé invincible . La toile d’araignée qui se tisse patiemment sous les yeux du spectateur dans des classiques comme « Assurance sur la mort » (Billy Wilder, 1944) basés eux aussi sur le thème de la femme fatale manipulatrice, se dévoile ici dans une fin un peu précipitée et frustrante. De la même manière, Welles abandonne l’espace clos étouffant typique du genre pour un périple au parfum onirique conduisant cet équipage insensé, des Antilles à San Francisco en passant par Acapulco. Welles déploie confusément son histoire du point de vue unique de Michael O’Hara (Orson Welles), marin romantique dont l’attitude souvent naïve peut tout à fait se résumer par la phrase introductive lancée en voix off qui nous rappelle que l’homme se laisse facilement guider par ses sens quand il a la chance ou le malheur de croiser une créature comme Elsa Bannister (Rita Hayworth) : "Quand je commence à faire l'idiot presque rien ne peut m'arrêter . Si j'avais su comment ça se terminerait, jamais je n'aurais commencé. Si j'avais eu tous mes esprits. Mais après l'avoir vue. Mais après l'avoir vue. J'ai perdu la tête pendant un bon moment". C’est clair, O’Hara comme anesthésié par la beauté de celle qui le supplie de prendre les commandes du yacht de son riche époux ne verra rien pendant tout le film de tout ce qui se trame sous ses yeux et ne se réveillera que dans la dernière scène où toujours en voix off il nous confiera : « On est toujours l’idiot de quelqu’un. Le seul moyen d’éviter les ennuis c’est de vieillir. Alors je vais me concentrer là-dessus. Je vivrais peut-être assez vieux pour l’oublier. Je mourrai peut-être en essayant ». Constat amer d’un homme conduit au bord du trépas par l’envoûtement d’une mante religieuse et qui se demande s’il arrivera à se guérir un jour de l’enivrant poison injecté lors de la rencontre dans un parc de San Francisco (scène un peu décalée visiblement inspirée de « La splendeur des Amberson »). Welles qui avait préalablement songé à une actrice française peu connue (Barbara Laage) doit beaucoup à Rita Hayworth dont la fulgurante beauté donne tout son crédit à l’aveuglement qui foudroie violemment O’Hara. Parsemé de scènes baroques et insolites « La dame de Shanghai » permet à Welles de s’inscrire au panthéon d’un genre typiquement hollywoodien tout en y imprimant sa touche de folie. A l’époque en froid avec la RKO, Welles ne manque pas l’occasion d’égratigner au passage le système des studios qu’il juge responsable de brider sa créativité. La courte diatribe sur la plage où O’Hara assimile le monde juridique à une mer de requins assoiffés de sang se dévorant entre eux, reprise en métaphore visuelle dans la fameuse scène d’amour du musée océanographique est une attaque à peine voilée contre les moguls qui ne pensent qu’à l’argent au détriment de l’art. Après ce nouvel échec commercial Welles continuera sa route chaotique dans une industrie du cinéma qui l’aura alternativement adulé puis détesté. On manque c’est sûr de nos jours de génies de la sorte.
On notera dans ce film la présence de la femme fatale incarnée par Rita Hayworth. Ce film complexe offre aussi une bonne illustration de l'expressionnisme au cinéma dans sa scène finale. Malgré quelques longueurs et le fait qu'il soit tourné dans différents lieux, ce film reste un chef d'oeuvre du genre.
L'une des intrigues les plus torturés du film Noir où même les bons sont plus noirs que les méchants! Orson Welles donne une fois de plus une lecon de mise en scène par sa brillante mise en scène et notamment dans les dernières séquences! Une voix off qui ajoute un pince sans rire et voila un très très grand film!!
Génial film noir baroque où Orson Welles, ici acteur attachant, exorcise sa fascination pour son ex-femme Rita Hayworth. A ne pas manquer et pas seulement pour la célèbre scène finale des miroirs. Voir ma critique complète sur mon blog :
Le marin irlandais Michael (Orson Welles), rencontre par hasard Elsa (Rita Hayworth) la tire d’un mauvais pas, et en tombe amoureux. Son mari l’embauche pour une croisière sur un yacht ; l’associé de ce mari propose à Michael de le tuer pour 5000 dollars. Virtuosité et atmosphère sont les deux qualités essentielles de ce film. Virtuosité dans les séquences, les enchaînements, la prise de vue (scène de l’aquarium, de la fête foraine, etc.) et la photo elle-même, souvent splendide : un régal. L’atmosphère est sous-tendue par la voix off d’Orson Welles, amplifiée par une musique souvent dramatique, et soutenue par d’intéressants dialogues. Les personnages sortent tous de l’ordinaire, sont tous attachants, et très bien interprétés. Elsa, en femme fatale, apparaît plus complexe qu’elle n’en a l’air, son cynisme s’émoussant au contact du marin. Welles joue une partition de looser, rôle qu’il affectionne particulièrement et dans lequel il excelle. S’ajoute à ce quasi huis-clos entre quatre personnages quelques coups de pattes au mode de vie américain, bien senties (séquence du procès par exemple). On peut regretter une relative confusion de l’intrigue, façon « le grand sommeil » (plus on y réfléchit, moins cela paraît cohérent), être agacé par l’emphase de la musique, en fait quasi générale pour les productions de cette époque, mais reste l’impression d’avoir regardé un film majeur, presque mythique, du grand cinéma.
Troisième film que je vois de Welles, et encore un putain de grand film. Ce mec est Dieu, c’est pas possible autrement. Dès que tu vois Welles, charismatique, offrir une cigarette à Rita Hayworth (qui est absolument sublime au passage), le couple fonctionne à l’écran aussi bien qu’en réalité. On a un film somptueux, parfaitement réalisé, très bien écrit, et si le film commence doucement, on s’enfonce peu à peu dans une intrigue franchement intéressante, presque paranoïaque et prenante de bout en bout. C’est vraiment le genre de films courts, complètement virtuoses et enivrants (Hayworth n’y est pas pour rien) qui te donnent une sérieuse claque dans la tronche et dont tu mets quelques minutes à te remettre. On retrouve la voix off, peu présente finalement mais bien là, qui là aussi permet de s’identifier à O’Hara, ce personnage de marin fauché qui se fait prendre dans un jeu dangereux mêlant meurtre et amour passionnel (mais interdit, forcément). Les « méchants » (si on peut appeler ça comme ça, j’essaye de spoiler le moins possible) sont géniaux, l’acteur qui joue George est excellent, il faut voir son regard et son rire maléfique, à en faire pâlir de honte le joker de TDK. Il ferait presque pitié à côté. Et bien évidemment le final est grandiose, tout ce qui advient à partir du moment où on rentre dans la maison des fous jusqu’à la dernière réplique de Welles est sublime. Une des plus belles fins que j’ai vu (et j’ ai conscience de ne pas connaître beaucoup de choses). Moi qui commence à m’intéresser au film noir, je suis plus que comblé. Non mais Welles, quel cinéaste quand même. Quel acteur ! C’est bien évidemment à voir et à revoir à l’envi !
La dame de Shanghaï est, avec Barry Lyndon et Le Parrain, un film vu à l'adolescence qui m'a transmis une passion inaltérable pour le cinéma. Tout est sublime et magique dans cette oeuvre marquée au fer noir. La relation à l'écran entre Orson Welles et la diva Rita Hayworth relève de la légende et insuffle ici une atmosphère délicieusement trouble quand on sait également que les deux étaient en plein divorce à la ville. La réalisation épurée, onirique, axée sur des jeux d'ombres et de lumières imprime un cachet unique. Ce film est également, à mes yeux, celui qui représente le mieux l'ambiguité et les tourments de l'âme humaine au cinéma. Pourtant, je me souviens n'avoir pas tout compris à l'histoire quelque peu surréaliste. Mais, bizarrement et c'est bien la marque d'un génie comme pouvait l'être Orson Welles, certains films vous marquent à tout jamais et vous transportent au nirvana. Cette dame de Shanghaï fait définitivement partie du panthéon des meilleurs films de tous les temps. C'est dit!
Une fois de plus, un chez d'oeuvre du grand Orson Welles, simple, sombre, intelligent et esthétique, du cinéma comme on l'aime. Un policier typique de la fin des années 40 avec même quelques références sur le début de la guerre froide mais sans plus. Une mise en scène étonnante, des images et des jeux de lumière très chic et une scène final culte avec des jeux de mirroirs fascinants. Orson Welles, charismatique, séduisant, et excellent que se soit comme réalisateur ou comme acteur et une Rita Hayworth mystérieuse et éblouissante. Un excellent film à voir et à revoir sans modération