Orson Welles était un génie absolu capable de révolutionner la grammaire du cinéma comme nul autre. La Dame de Shanghai est l'un des nombreux exemples de sa maîtrise technique, véritable chef d'oeuvre du film noir. Malgré son scénario parfois confus - une sombre affaire de meurtre mêlée de chantage et de trahison - la mise en scène virtuose parvient presque totalement à nous faire oublier cette légère lacune. Rita Hayworth, d'une ravissante beauté, trouve là un rôle emblématique de femme fatale, donnant la réplique à l'acteur-réalisateur s'improvisant meurtrier débonnaire. On pourrait facilement reprocher à Orson Welles le manque de limpidité de sa matière première, ce qui reviendrait pourtant à lui retirer sa qualité de narrateur ( l'important n'est pas l'histoire mais la manière dont on la raconte, comme en témoigne le célèbre adage...). Les dix dernières minutes de La Dame de Shanghai sont une véritable splendeur artistique que beaucoup de films actuels aux budgets confortables auraient à envier... Un film d'une incroyable modernité, baroque et spectaculaire.
Juste après l'excellent Le Criminel (1946), Orson Welles adaptait sur grand écran le roman "If I should die before I wake" de Sherwood King et en restituait un sombre polar basé sur une rencontre amoureuse et d'arnaque à l'assurance. Tout commence par la rencontre entre un marin irlandais et l'épouse d'un célèbre avocat (tout deux interprétés par Orson Welles & Rita Hayworth, qui étaient encore en couple à l'époque du tournage). Cette dernière venant de se faire agresser dans un parc, après l'avoir sauver, il se fait embaucher sur le yacht de son mari pour une longue croisière. Mais cette liaison adultère ne va pas passer inaperçue et l'associé de l'époux va alors lui faire du chantage. Le marin, trop naïf au départ (en succombant aux charmes d'Elsa), continu de s'enfoncer de plus en plus, notamment en acceptant le marché proposé par Grisby. C'est alors que le drame prend une toute autre tournure et se transforme en un sombre polar. Orson Welles égale à lui-même, nous offre comme lui seul sait les faire, de magnifiques plans, avec des scènes d'anthologies, comme celles du théâtre ou du palais des glaces dans la fête foraine. La Dame de Shanghai (1947) se basait sur une trame relativement simpliste mais en réalité c'est tout autre, le tout étant amplifié par l'excellente prestations des acteurs.
Le problème avec Welles, comme avec Tarantino par exemple, c'est qu'on a toujours l'impression que la seule chose qui l'intéresse vraiment, c'est de montrer à quel point il est un grand réalisateur. L'histoire, la construction d'un récit et de personnages convaincants ne viennent qu'après. Pas un plan qui ne soit soigneusement pensé pour mettre en évidence le "génie" du maître. Rien de naturel, rien de spontané, rien de simple - tout dans l'effet, et fortement appuyé. Bien sûr, Orson a beaucoup d'idées, souvent intéressantes, parfois brillantes, qui à l'époque étaient certainement novatrices. La scène dans l'aquarium, le final dans le labyrinthe de miroirs, entre autres, sont des moments marquants. Mais une telle ostentation devient vite lassante, et surtout, aucun fil conducteur solide ne vient donner cohérence et puissance dramatique au film qui, du coup, fait très "fabriqué". Rita Hayworth est correcte, sans plus; Orson est un comédien moyen (beaucoup de présence, aucune subtilité) et une voix off envahissante. Très bon tandem, en revanche, formé par Everett Sloane et Glenn Anders. Cela ne suffit pas: "La Dame de Shanghai" reste essentiellement un patchwork de numéros de haute voltige, réalisé par un virtuose de la caméra à l'ego généreusement dimensionné.
Orson Welles réussit, en partant du thème classique de la femme fatale (incarnée ici par la ravissante Rita Hayworth blonde), à créer une intrigue complexe, un suspense haletant et une romance poignante, jusqu'à sa fin qui, sur le fond, est conclus trop simplement mais dans un cadre visuel extrêmement bien travaillé. La subtile mise en scène et la photographie obscure créant une atmosphère sombre très intense en fait une référence du film noir.
Une croisière sans égale. Rita Haysworth est splendide, Orson Welles est bon. L'intrigue reste jusqu'à la fin, à ce parc d'attraction et à ces miroirs. Des scènes et des phrases cultes (les requins s'entretuent).. Excellent.
Je trouve que ce film ne montre pas tout le génie que peut avoir Orson Welles. La première scène est super et tout se déroule "bien" jusqu'à la fin de la croisière. Mais après, l'intrigue devient compliquée et je trouve qu'il y a trop de confusion dans les lieux. J'aurais aimé une unité de de lieu, je pense que l'intrigue aurait gagné en intensité. Elle se disperse trop selon moi. J'ai été un peu déçue.
La dame de Shanghaï est encore un trés bon film du grand Orson Welles, certe ce n'est pas son meilleur film mais il est trés bon. La mise en scéne de Welles est comme toujours quasi parfaite, on voit qu'il prend soin de chaque plan, et la scéne des miroirs à la fin est pour moi culte dans sa construction. Rita Hayworth est sublime dans ce film comme souvent d'ailleurs. Un film à voir car il est super et en plus c'est un Orson Welles donc à la réalisation parfaite.
Le marin irlandais Michael (Orson Welles), rencontre par hasard Elsa (Rita Hayworth) la tire d’un mauvais pas, et en tombe amoureux. Son mari l’embauche pour une croisière sur un yacht ; l’associé de ce mari propose à Michael de le tuer pour 5000 dollars. Virtuosité et atmosphère sont les deux qualités essentielles de ce film. Virtuosité dans les séquences, les enchaînements, la prise de vue (scène de l’aquarium, de la fête foraine, etc.) et la photo elle-même, souvent splendide : un régal. L’atmosphère est sous-tendue par la voix off d’Orson Welles, amplifiée par une musique souvent dramatique, et soutenue par d’intéressants dialogues. Les personnages sortent tous de l’ordinaire, sont tous attachants, et très bien interprétés. Elsa, en femme fatale, apparaît plus complexe qu’elle n’en a l’air, son cynisme s’émoussant au contact du marin. Welles joue une partition de looser, rôle qu’il affectionne particulièrement et dans lequel il excelle. S’ajoute à ce quasi huis-clos entre quatre personnages quelques coups de pattes au mode de vie américain, bien senties (séquence du procès par exemple). On peut regretter une relative confusion de l’intrigue, façon « le grand sommeil » (plus on y réfléchit, moins cela paraît cohérent), être agacé par l’emphase de la musique, en fait quasi générale pour les productions de cette époque, mais reste l’impression d’avoir regardé un film majeur, presque mythique, du grand cinéma.
Deux étoiles pour un tel chef d'œuvre visuel cela peut paraitre peu.Mais pour moi le cinéma;c'est de l'art certes, mais associé en permanence à la vie,aux sentiments et à la conscience.Ce film est complètement déshumanisé ,tout juste assimilable à un rêve sorti de notre inconscient et que personne ne maitrise.Alors les magnifiques éclairages,les mouvements de camera inédits,les gros plans signifiant de l'instant,tout cela ne m'intéresse pas puisque je ne retrouve aucune humanité fut elle abjecte dans les personnages qui gesticulent comme ceux du théâtre chinois. Welles est un immense artiste mais ses cotés paranoïaques qui ressortent constamment de son cinéma me gênent énormément.C'est quand même un peu trop facile pour un visionnaire de filmer ce qu'il a dans la tête sans jamais s'occuper de l'histoire...Welles est sincère,c'est un auteur mais il ne nous aime guère.Il y a lui et les autres.Tant mieux pour ceux qui aiment,tant pis pour ceux qui n'accrochent pas.En cela, il est amèricain jusqu'au bout des ongles et il n'a pas subi les deux guerres mondiales européennes qui ont marqué à jamais les autres grands auteurs qui se sont réfugiés aux USA.Coté acteurs,Rita hayworth qui n'est pas une bonne comédienne peine a tenir son rôle de femme fatale et Welles lui même semble un peu perdu.Seul Everett Sloane est remarquable.Ce film considéré comme film noir n'en est pas un,ce n'est qu'un film d'auteur mais comme cet auteur à des cotés géniaux,on peut regretter ses insuffisances...Il admirait John Ford parait-il ...Je ne connais pas un cinéaste de sa qualité qui, en vérité ,lui soit plus éloigné.Personnellement,je donnerais ses 15 films (achevés)contre le simple court métrage "the Rising of the Moon".
Grand chef d'oeuvre d'orson welles, ce film n'a pas un aussi bon scénario que le procès, n'est pas aussi innovant que Citizen Kane, n'a pas une aussi bonne mise en scène que touch of evil et j'ai juste envie de dire : et alors ? Orson Welles montre encore une fois qu'il est le meilleur, qu'il est une espèce de Dieu, un grand acteur, un grand réalisateur. La dame de shangai est un film qui touche à la romance, au polar et qui n'est pas dénué d'humour, on a droit à un magnifique monologue de Welles, on a droit à un final éblouissant, un très grand film.
Un momnument du cinéma ,pour ma part le meilleur O.WELLES ,des scènes hallucinantes et cultissimes etsublime Rita Hayworth au summun de sa beauté ,la classe .
Comme elle semble loin, l’inspiration de Citizen Kane, qui soutenait encore la maître dans La Splendeur des Amberson ! Ici, tout est éculé, déjà dit, faussement génial, prétentieux et plat... incroyablement plat. En fait, en dehors des deux films déjà cités, Welles ne se reprendra que pour faire passer Shakespeare dans l’œil de sa caméra. Tout le reste est alimentaire et sans intérêt !
magique et envoutant,la plupart des films de et ,ou avec le grand orson,ont quelque chose,un je ne sais quoi,surement du cinema,en tout c'est du regal pour les yeux,et que dire de la plantureuse rita!
Orson Welles est un génie du cinéma, non pas selon le sens laudatif mais dans l’idée qu’il aspire, à travers son Œuvre cinématographique, à réinitialiser les codes du genre. «The Lady from Shanghai» (USA, 1947), comme le présage l’exotisme du titre, s’apparente à un film d’aventure. Un quidam, Michael (interprété avec prestance par Welles), sauve Eva, une femme somptueuse (Rita Hayworth), d’une bande de malfrats. De ce geste hardi s’ensuit une vertigineuse aventure. Invité par le mari de cette femme, Michael ne sait s’il peut, en toute impunité, la désirer. Le double régime des images, qui confond sfumato classique (les gros-plans du visage d’Hayworth) et art baroque (les scènes hallucinantes dans la salle aux miroirs), du à un conflit d’intérêts entre Harry Cohn, producteur et protecteur de l’actrice qui voulait un film plus consensuel, et Welles, qui aspirait au bouleversement des coutumes cinématographiques, permet à l’œuvre d’être hybride et d’exalter une force étrange. De la carnation de l’actrice à la monstruosité de certains personnages, le film balance entre deux esthétiques, deux cultures du Beau. En cela, Welles est un génie, exauçant l’union de deux corps étrangers, de deux visions distinctes du monde. Le pouvoir que Cohn a exercé sur le film, et que regrette amèrement Welles, est en cause dans ce génie. Il faut croire que sans l’intervention des corps nimbés, le film ne serait pas si trouble, ne vacillerait pas avec un tel vertige entre le pompier et l’étrange. La force de Welles est de réussir à élever cette hybridité au rang du spirituel, en rendant absurde la quête de Vérité. Car les effets de perdition, figurés par les miroirs et les complots, relativisent la Vérité et la dispersent pour mieux en évincer la conviction. Chacun des personnages a sa propre version de la Vérité, de même que chacune des forces en fonction dans la conception du film (Welles, Hayworth, Cohn) porte une vision partiale sur l’œuvre.