Une œuvre grandiose sous une apparente simplicité !
Le film commence par un plan superbe d’une porte qui s’ouvre sur le désert et l’arrivée d’Ethan ; il se termine par un plan semblable sur une porte qui cette fois se ferme sur son départ. Une seconde correspondance encadre ce film, c’est celle entre le moment ou Ethan prend Debbie enfant dans ses bras pour la soulever et celui où il répète ce geste plusieurs années plus tard. Entre ces deux plans et ces deux moments se sera déroulée une épopée de plusieurs années.
Dans un premier quart d’heure de haute volée, Ford met à mal l’esprit guerrier (Ethan donne son sabre au gamin), l’importance des décorations (Ethan donne sa médaille à la petite Debbie), les discours officiels (la même Debbie doit rappeler au capitaine ce qu’il doit dire), les serments règlementaires (dont Ethan dit qu’ils ne vaudraient rien) et les cérémonies religieuses (Ethan les interrompant disant que dans la réalité, le temps presse). Loin de l’image de conservateur et de représentant de « l’establishment » qui lui est parfois attribuée, le cinéaste montre ici son indépendance de pensée. Et fait comme s’il voulait relativiser les évènements qu’il va raconter, en disant au spectateur que c’est avec un peu de recul qu’il faut regarder son film, en particulier par rapport à la notion d’héroïsme.
Ce premier quart d’heure, décidément magistral, fait émerger le mystère (que Ford n’éclaircira jamais) qui pèse sur le passé de Ethan, et une ambiguïté sur les sentiments qu’éprouvent Ethan et Martha l’un pour l’autre. Les deux choses étant assez probablement liées.
Le film est l’histoire d’une recherche, celle de la petite fille enlevée par les indiens. Cette recherche prend la dimension d’une quête, de nature différente pour les personnages, celle d’une raison de vivre ou celle d’un accomplissement ; le titre original « The Searchers » est d’ailleurs sur ce point autrement pertinent que le titre Français.
Cette quête prend la forme d’une errance, sur laquelle plane l’idée de sacrifice. Les dimensions individuelles, en particulier les attitudes de Ethan, ses contradictions, son cheminement et son constat d’erreur, croisent les dimensions historiques et sociales : le regard porté sur les indiens, toujours respectueux, ou l’extinction d’une conception du monde, celle de Ethan et ses valeurs, face à un avenir finalement représenté par un couple dont l’homme est de sang mêlé et la femme de culture hybride.
La quête atteint au mythe, c’est la richesse et la grandeur de ce chef-d’œuvre où la notion de foyer chère à Ford tient encore une place fondamentale, entre une première scène où Ethan arrive dans une famille qu’il n’a jamais eue et une dernière où il quitte une famille qu’il n’aura jamais.