Alors que l’épidémie zombie déferle sur les Etats-Unis, un groupe hétéroclite de survivants se réfugie dans un vaste centre commercial, encerclé par des hordes de morts vivants. Zack Snyder porte à l’écran le mythe du zombie, dans une nouvelle version du légendaire Zombie de George Romero.
Un petit retour en arrière s’impose…
Le long métrage original se positionne surtout comme une critique acerbe de la société de consommation des années 70, avec ces vivants et ces morts qui reproduisent leurs réflexes consuméristes, en faisant un long métrage éminemment politique. Le zombie est une figure lente, oppressante, une masse déshumanisée, miroir de l’Amérique.
Entre temps, les zombies de Danny Boyle sont passés par là, le mort vivant court partout, infecte sa proie en quelques secondes et représente désormais par sa force une menace individuelle. Une nouvelle forme d’horreur est créée, qui ne joue plus sur la tension psychologique, mais sur la rapidité, le montage saccadé, mixant sans vergogne ralentis et accélérés.
Le choix de Zack Snyder pour revisiter à l’aube des années 2000, alors que le zombie revient à la mode, le film de 78, semble étrange. Pour succéder à ce gauchiste de George Romero, Zack Snyder, réalisateur fasciné par l’Übermensch, via la figure du super héros, et empreint d’idées néo libérales, change du tout au tout. Le long métrage est donc immanquablement dénué de la force politique du film original.
Snyder prétend se concentrer sur l’action, dans une sorte de somme des effets usuels du début du millénaire : esthétique numérique, montage épileptique, zombies surpuissants qui courent dans tous les sens. Un film marqué par son époque aussi bien dans sa forme que son fond, pusique l'Armée des morts s'inscrit pleinement dans la vague de films post-11 septembre. La critique anticapitaliste laisse la place aux relans réactionnaires, d’un metteur en scène qui érotise les douilles de balles tombant au sol, et fait un rapprochement entre les zombies et les populations musulmanes. Le mort vivant est désormais assimilé au combattant ennemi illégal, du philosophe Günther Jakobs puis de l'administration Bush. La guerre contre le terrorisme devient ici la guerre contre les zombies, chez lequels aucune individualité n'est permise, une masse menaçante qui ferait frémir les néo-conservateurs américains.
L’écueil dans lequel le film va immanquablement tomber est celui d’introduire beaucoup trop de personnage sans jamais pouvoir les développer. Chacun est défini par une fonction ou caractéristique principale, dans cette logique réactionnaire aucun ne peut moralement évoluer, si bien qu’on comprend à peine qui a survécu ou non, pendant les scènes de tuerie généralisées, là où l’original explorait ses quatre héros pendant près de 2 heures. On peut reconnaître au film quelques morceaux de bravoure, ses scènes introductive et conclusive assez folles et particulièrement rythmées.
Un film efficace donc mais impersonnel, symbole d’une époque où l’horreur se dépolitise en apparence.
« Quand il n'y aura plus de place en enfer, les morts marcheront sur Terre. » prophétisait George Romero.