La lenteur poétique et la mécanique subtile de la mise en scène, la beauté du flou à l'arrière des plans-séquences suivant nonchalament les différents adolescents dans leur moindre déplacements pour mieux percevoir leur silhouette, les longs couloirs qu'ils parcourent par habitude, mais dans lesquels ils semblent finalement se perdre font que ce film est sans doute le meilleur film de Gus Van Sant après "Paranoid Park." À chaque seconde parcourue par les différents personnages, tous différents dans leurs caractéristiques physiques, leurs comportements - y sont d'ailleurs cernés la majorité des archétypes juvéniles qui existent de nos jours, comme dans un documentaire de type animalier tourné dans un lycée -, mais néanmoins si proches dans leur perte de repère sous-jacente, l'intrigue se déroule ainsi à plusieurs reprises, d'un point de vue toujours renouvelé, qui à chaque fois porte son lot d'émotions, plus ou moins fortes, et semble stagner dans l'esthétisme comme aérien, atmosphérique, mais si intrinsèque à la teen culture que ce film révolutionne littéralement. Une fois, une seule et unique fois, on croit voir le nom de l'établissement scolaire dans lequel ces monologues muets sont déclamés tour à tour, et si l'ont veut connaître les noms des élèves que la caméra suit, il faut prêter attention aux quleques séparations par un écran noir où est écrit ce nom; mais rien ne prouve que c'est le bon, que l'on ne s'est pas trompé. C'est finalement dans cette ambiance de flottement maîtrisée merveilleusement qu'explosent la violence, la douleur, les larmes, se révélant seuls moyens d'expression enviasgeables pour les jeunes de leur mal-être existentiel. Comment en venir à bout ? Quel en est la cause ? "Elephant" n'est pas destiné à répondre à ces questions - d'ailleurs, y a-t'il de réelle réponse ? -, il est juste le constat cinglant, l'exposition, le manifeste détaillé et minutieuse de cette souffrance silencieuse et douce-amère par laquelle nous sommes tous passé.