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Mjoly
3 abonnés
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3,5
Publiée le 26 août 2026
Un an après “La femme au portrait”, Fritz Lang reprend le même trio d'acteurs (Edward G. Robinson, Joan Bennett, Dan Duryea) dans des rôles très proches. C'est d'abord un peu perturbant, avec une vague sensation de redite, mais on oublie très vite cette gêne pour s'attacher à l'histoire, assez déchirante, d'un homme mûr se laissant littéralement plumer par une “garce” et un petit escroc comme le cinéma américain aimait alors à en montrer. On a envie de se précipiter à son secours, de lui dire d'arrêter d'être aussi naïf, mais la fatalité est en marche. Un bon Fritz Lang.
« Par inspiration, il me transporta dans un désert où je vis une femme assise sur une bête écarlate, chargée de noms de blasphème, et qui avait sept têtes et dix cornes. La femme était revêtue de pourpre et d'écarlate, parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d'or remplie d'abominations et des impuretés de sa prostitution. » (Apocalypse de Jean, 17, 4). Remake de « La Chienne » de Jean Renoir, le film aurait dû s’intituler « The Bitch », mais un tel titre était impossible aux États-Unis sous le code Hays. Lang proposa donc « Scarlet Street », sans doute en référence à la Grande Prostituée de Babylone dans « L’Apocalypse de Jean ». Et il est d’ailleurs fort probable que Kitty fasse aussi le trottoir, comme le suggèrent plusieurs indices, à commencer par le fait que Johnny, son amant, possède toutes les caractéristiques du maquereau. « La Rue rouge » est le premier film véritablement indépendant de la période américaine de Fritz Lang, qui venait alors de fonder sa propre société de production avec son actrice fétiche Joan Bennett et le mari de celle-ci, le producteur Walter Wanger. Le film est très loin d’être une simple copie de celui de Renoir, dont il se distingue aussi bien sur le fond que sur la forme. Là où Renoir restait proche d’un certain naturalisme teinté d’ironie sociale, Lang transforme l’histoire en véritable tragédie métaphysique dominée par le destin, la culpabilité et l’illusion. Le film tout entier est traversé par cette idée d’un homme marchant inconsciemment vers sa perte. Dès la première scène, la montre offerte à Chris par son patron apparaît comme un symbole du temps et des rouages du destin qui se mettent inexorablement en marche. Avant même sa rencontre avec Kitty, Chris semble déjà aspirer, consciemment ou non, à fuir l’existence médiocre et humiliante que lui impose son épouse. Kitty n’est finalement qu’une occasion de basculer, occasion qu’il saisit avec un aveuglement presque suicidaire. Lors de leur première rencontre, Chris se cache d’ailleurs brièvement le visage avec la main, geste étrange puisque le danger est déjà écarté. Ce mouvement semble symboliser un refus de voir la réalité telle qu’elle est. De même, le film insiste à plusieurs reprises sur l’absence de perspective dans sa peinture : métaphore évidente d’un personnage incapable d’avoir une vision lucide du monde et des êtres qui l’entourent. Chris est continuellement dépossédé : de son mariage par l’ancien mari de sa femme, de sa maîtresse par le souteneur qui l’exploite, de ses tableaux et même de son succès artistique par Kitty, puis enfin de son propre crime par Johnny, qui en subit paradoxalement les conséquences judiciaires. Cette dépossession progressive conduit à l’une des conclusions les plus cruelles du cinéma de Lang. spoiler: Contrairement au film de Renoir, qui conservait encore une forme de dérision populaire et de vitalité, « La Rue rouge » s’achève dans une solitude absolue. Le dernier plan, magnifique, montre Chris littéralement abandonné des hommes : tandis qu’il marche dans la rue, la foule disparaît peu à peu autour de lui, comme s’il était déjà retranché du monde des vivants.
Le film fourmille d’ailleurs d’idées de mise en scène géniales. Le procès est ainsi filmé de manière à faire du spectateur lui-même un juré, procédé extrêmement moderne pour l’époque. Quant à la scène où Kitty tend son pied nu à Chris, qui insiste pour faire son portrait, en lui lançant « Peins-moi ! » tout en lui demandant de lui mettre du vernis à ongles avant d’ajouter ironiquement « Ce sera ton chef-d’œuvre ! », elle résume admirablement toute la logique du film : humiliation, désir, aveuglement amoureux et déchéance de l’artiste réduit à l’état de serviteur. Un des sommets du film noir américain, mais aussi l’un des films les plus désespérés de Fritz Lang, où la fatalité semble moins relever du hasard que d’une mécanique sociale et psychologique implacable.
Fritz Lang impose son style dans ce très bon film noir dans lequel Edward G Robinson brille dans un rôle à contre emploi, bien secondé par Dan Duryea en dandy machiavélique.
Un film magnifique, à la fois subtil, profond, émouvant et très moderne ! Le thème éternel de l'amour trompé, des ambitions déçues, sans être manichéen... Avec Fritz Lang, ce film apporte une profondeur philosophique, on échappe à la légèreté habituelle des comédies américaines de cette époque...
Seconde apparition du trio Edward G. Robinson, Joan Bennett et Fritz Lang voire du quatuor si on ajoute Dan Duryea également présent dans "La femme au portrait". "La rue rouge", réalisé par Fritz Lang en 1945, est un bon film noir, un classique du genre, mais avec un scénario bien en deçà de celui de "La femme au portrait". Seul le dénouement est captivant, et ambiance noire garantie pendant tout le film grâce à la caméra de Fritz Lang. Enfin, Edward G. Robinson est excellent dans son rôle de caissier de banque, de mari soumis et de peintre raté, avec néanmoins un certain talent, qui va tomber peu à peu dans la déchéance.
Remake de « La chienne » de Renoir, un film noir cruel et tragique sur la déchéance d’un homme brave et naïf (impeccable E.G Robinson) exploité par la vénale et perfide Joan Bennett. 3,25
Un film noir qui a pour thème la manipulation qui profite de l aveuglement. Fritz Lang nous montre une victime qui s enferme presque elle même dans un piège, qui va finir par le faire basculer du mauvais côté. Un polar qui peine un peu à décoller, qui fait parfois un peu vieillot mais où l on trouve de bonnes choses et évidemment le savoir faire de son réalisateur.
Un grand classique du film noir réalisé par l'immense Fritz Lang. L'histoire est brillamment construite, les interprétations de Joan Bennett et de Edward G. Robinson sont exemplaires et la photographie en noir et blanc est remarquable.
Cette nouvelle adaptation du roman de La Fouchardiere est presque du niveau du chef-d'œuvre de Renoir. Située à New-York, elle regarde davantage vers le film noir que vers le drame et l'étude sociale. Si le contraste entre le caissier et l'aguicheuse est ici moins prononcé, E.G. Robinson n'en campe pas moins un magnifique looser, dont la bonhommie n'a d'égale que l'incrédulité. Joan Bennett est pour sa part magnifique dans le rôle de la garce sans cœur.
J'ai bien aimé ce film de F. Lang. Malgré son grand âge, ce film n'a pas presque pas pris une ride. Bien sur, il est en noir et blanc et le cinemascope n'avait pas encore été inventé, mais le scénario est tellement bon, la qualité du son et de l'image aussi qu'on se plonge rapidement et facilement dans cette histoire. Celle d'un homme, naïf, qui se fait piéger par une femme et son amant. Ca rappelle bien d'autres histoire et films semblables, mais ça fonctionne très bien ici. A voir.
Film caractéristique de Lang, trop réussi, mais significatif des tilms de ce réalisateur et de ses thèmes. Tout est parfaitemen maîtrisé, une réussite sans la moindre fausse note. Y inclut quelques références à la peinture assez pertinentes. Le personnage de EG Robinson peintre génial mais personnage naïf et victime de ce monde et de son complexe de culpabilité ..
Un film qui n'apparait pas majeur , dans l'œuvre de Fritz Lang. Et pourtant au niveau formel on est face à une très belle réalisation, un éclairage exceptionnel, très crépusculaire, des plans travaillés impeccables, cadrages au cordeau. Mais le scénario est trop mal fagoté , on ne croit pas vraiment à ces personnages, un looser trop looser , tellement naïf , une femme délurée, cruelle mais aveuglément amoureuse d'un petit malfrat ( admirablement jouée par Joan Bennett, quelle grande actrice, un peu oubliée aujourd'hui). Ce looser qui devient une star de la peinture , tout cela est trop tiré par les cheveux et joué avec excès , presque caricaturalement . De fait on a du mal a vraiment rentrer dans le film.
Fritz Lang est un maître incontestable. Scarlett street est dans la veine de L’ange bleu de Sternberg. Un homme à l’épouse acariâtre, victime de ses sentiments pour une femme fatale jusqu’à la tragédie. L’homme manipulé par une femme manipulée par un homme, une petite crapule. Un film impeccable. Revu à la télévision.