Philippe Lioret est avant tout un cinéaste des drames intimes qu'il met en scène tout en délicatesse mais sans pathos excessif. Son cinéma fait donc la part belle aux acteurs et il n'est étonnant que les comédiens l'accompagnement sur plusieurs films (Sandrine Bonnaire, Vincent Lindon, Jacques Gamblin). "L'équipier" nous emmène au large des côtes bretonnes sur l'île d'Ouessant dans les années 60 quand la vie sur les îles maintenait encore ses habitants loin des mutations sociétales induites par le progrès. Lioret a sans doute pensé à Jean Grémillon cinéaste de sa famille artistique qui pour son dernier film "L'amour d'une femme" (1954) s'était penché lui aussi sur la spécificité du tempérament îlien et la difficulté de s'y intégrer. La communauté de l'île D'Ouessant ajoutée au particularisme breton s'avèrera un obstacle insurmontable pour Antoine jeune appelé raffiné, revenu estropié de la guerre d'Algérie qui a eu l'idée incongrue de choisir comme emploi réservé un poste de gardien de phare sur cette île du bout du monde. Le choc est frontal et le rejet immédiat par la confrérie des gardiens qui a l'habitude de choisir en son sein les remplaçants des postes vacants. Si progressivement la glace fond entre lui et Yvon Le Guen son équipier, une histoire d'amour va finir d'achever une mission dont la fin était déjà toute programmée. Sandrine Bonnaire et Philippe Torreton sont parfaits d'émotion contenue ou plutôt enfouie sous une pudeur paralysante. Philippe Torreton nommé aux Césars pour le rôle parvient à donner toute la subitilité à cet homme profondément humain enfermé dans les codes de son milieu. Grégori Dérangère apporte avec sobriété sa virilité débonnaire à cet appelé traumatisé par les horreurs de la guerre qui telle la chèvre de Monsieur Seguin luttera jusqu'à la dernière extrémité. S'il est parfait dans le rôle ce dernier après "La chambre des officiers" (François Dupeyron ,2000) et "Les fragments d'Antonin" (Gabriel Le Bomin, 2005), doit se demander s'il ne sera pas condamné à endosser à vie les frusques du traumatisé des combats. Lioret scrute au plus près des visages les émotions qui chavirent ces êtres à qui la parole fait souvent défaut nous plongeant directement au cœur de ce drame sentimental qui nous tire souvent les larmes.
j'ai adoré ce film, c'est un chef d'oeuvre, Torreton est criant de vérité, on dirait qu'il a été gardien de phare toute sa vie , l'autre acteur est très bien aussi, les paysages sont fabuleux, l'histoire prend aux tripes, je vais acheter le DVD pour le revoir !
Chronique d'une histoire d'amour impossible. Porté par trois comédiens excellents, un drame sentimental sensible et plein de délicatesse, où les silences et les regards sont aussi pesants que poignants.
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4,0
Publiée le 12 avril 2011
Juste avant le poignant "Je vais bien, ne t'en fais pas", Philippe Lioret avait signè un bien joli film sur le monde des gardiens de phare! C'est une oeuvre romanesque, ponctuèe d'impressionnantes sèquences maritimes, où la violence des èlèments reflète celle des hommes! Ici, les silences, les gestes et les regards sont aussi important que les dialogues d'une remarquable dèlicatesse d'ècriture! On arpente les chemins de Ouessant avec une Sandrine Bonnaire rayonnante, un Philippe Torreton à la grâce bourrue et un Gregori Derangère qui confirme son talent d'acteur depuis son Cèsar du meilleur espoir masculin pour "Bon voyage". Un magnifique triangle amoureux accompagnè par les sublimes paysages de Ouessant! Une île dont Margot et Gaspard n'iront finalement jamais visiter dans le "Conte d'ètè" de Rohmer...
Nostalgie, mélancolie, dialogue écrit parfaitement d'un réalisme sans superflu, casting idéal, beauté des paysages, reconstitution sublime... que dire d'autre ?! Un film français réussi, un drame sentimentale couplé avec une histoire d'amitié presque sans parole... Superbe !
Un joli film. Simple mais sensible. Classique mais touchant. On se laisse chavirer par cette histoire d'amitié, devenant ensuite une rivalité par rapport a une femme. On ne tombe jamais dans le pathos, et les personnages nous offrent de beaux moments. Une belle interprétation donne définitivement a ce film un sentiment de joli réussite.
Un très très beau film qui fait aussi la part belle aux paysages et intègre volontiers la rudesse du climat avec les tempéraments des personnages. L'histoire est prenante et très émouvante. Une grande réussite avec un Torreton toujours fabuleux
De la romance, mais pas seulement, L'Equipier est un drame bien mené, qui nous montre notamment la difficulté pour un étranger de s'intégrer à une communauté.
L'Equipier m'a tout de suite fait penser à Sur la route de Madison. Non pas que Philippe Lioret soit Clint Eastwood mais il y a la même délicatesse, la même pudeur, et en même temps la même profondeur des sentiments. Et puis le scénario est un peu le même avec l'arrivée sur l'île d'Ouessant d'un étranger au lourd passé (ancien de la guerre d'Algérie) qui va entretenir une passion amoureuse avec la femme d'un gardien de phare avec qui il va faire équipe. Un amour dévorant qui est mort avant d'avoir commencé. Lioret tisse également un portrait assez étrange des bretons. Bourru au premier abord, on pourrait penser qu'ils se dégèlent par la suite. Si c'est le cas pour Yvon, ce n'est pas le cas du reste de la population qui va le rejeter allant même jusqu'à devenir violente à son égard. Curieux. L'atmosphère des phares est toutefois bien retranscrite, les acteurs sont excellents, l'histoire est belle dans la lignée de Mademoiselle.
Et encore un très bon film signé Philippe Lioret. Une fois encore, le réalisateur se distingue par son humanité bienveillante (trop peut-être ?).Car à trop user de facilités scénaristiques, le film finit par défendre une cause entendue et dévoile toutes les ficelles de l'intrigue. Interprétation solide de Philippe Torreton et de Sandrine Bonnaire.
Une belle histoire magnifiquement interprétée par Philippe TORRETON qui sauve le film d'un académisme trop convenu. Beaucoup de sensibilité et de retenue dans ce film, au service d'une histoire attachante et vraie . Certes, la rudesse de la vie et le contexte de l'époque n'étaient pas propices à l'éxubérance des sentiments. On aimerait toutefois voir la passion se déchainer à l'écran, comme la mer qui elle ne s'en prive pas. Je n'ai pas boudé mon plaisir à voir ce film mais suis resté sur ma faim
Humaniste,social,romanesque,précis,le cinéma de Philippe Lioret a tout pour faire palpiter les coeurs et affuter les sens.Il est l'un de mes réalisateurs français favoris."l'Equipier"(2004)exalte la nostalgie de ses origines,de l'endroit où l'on a grandi,de la mémoire de ses parents.Situant son action dans la Bretagne insulaire de 1963,Lioret nous présente un peuple replié sur lui-même à l'époque où le régionalisme était exacerbé,et les plaies béantes avec le fiasco de la Guerre d'Algérie.Son film est une âre et poignante chronique mélodramatique.Dans ce coin reculé de l'île d'Ouessant,un étranger va bouleverser la vie des habitants,en particulier d'un gardien de phare bourru et de sa femme discrète.Une double relation d'amitié d'un côté,et d'amour de l'autre naît,sachant que le passage de cet étranger,ne peut être qu'éphémère.A l'élégance mystérieuse de Greogri Dérangère,s'oppose la sensibilité touchante de Sandrine Bonnaire et la générosité à peine voilée d'un immense Philippe Torreton.Lioret est trop fort dans les regards,les non-dits,les troubles se traduisant dans les gestes.Et,in fine,il nous offre une visite guidée d'un phare d'antan,et une tempête paroxystique.Magnifique de simplicité.