Je ne suis pas branchée péplum, d'habitude, mais là... je tire mon chapeau à M. Kubrick. Je suis juste impressionnée par la mise en scène, les décors, les personnages... C'est avant tout une ode à la liberté, transportée au temps des Romains, à une époque où l'esclave Spartacus se révolta contre l'ordre établi et se souleva à la tête d'une horde d'esclaves. Kirk Douglas est superbe dans son rôle de héros loyal, intègre mais quelque peu froid. Jean Simmons est juste magnifique en jeune esclave courageuse, dévouée et passionnée. On peut aussi noter l'excellente prestation de Laurence Olivier, très impressionnant Crassus, ce Romain puissant et cruel au point qu'il pousse Spartacus et son ancien esclave à se battre l'un contre l'autre, de Peter Ustinov en Batiatus possessif avec Varinia, et d'un jeune Tony Curtis sublime en Antoninus, poète idéaliste et dévoué à Spartacus. J'ai trouvé qu'il donnait à son personnage quelque chose d"un peu candide, ingénu...
Alors certes : le film est long. Mais je n'ai pas eu de mal à le faire passer. Il y a quelques anachronismes, nous sommes d'accord, mais on les pardonne car le film est de fort belle facture.
Au début, j'ai été quelque peu intriguée par la scène à tendance homosexuelle entre Crassus et Antoninus (censurée à l'époque), mais j'ai peut-être une explication : dans l'Antiquité, il n'était pas rare que les maîtres un peu frustrés se "consolent" avec leurs esclaves, hommes ou femmes, qu'ils le veuillent ou non. Si, parmi les esclaves mâles, l'un d'eux était plutôt joli garçon, il était pratiquement sûr de gagner les faveurs de son maître (en admettant que celui-ci soit bisexuel, comme c'est apparemment le cas ici). De toute évidence, Antoninus n'a pas cédé aux avances de Crassus (au contraire, même, puisqu'il l'a quitté pour s'allier à Spartacus)...
Les scènes de bataille étaient filmées avec virtuosité, car on voit assez peu de sang à l'écran et c'est tant mieux (Stanley Kubrick ayant certainement compris que ce n'était de toute façon pas nécessaire...). J'ai été très impressionnée par la scène, après la bataille décisive, où tous les esclaves, Antoninus le premier, se lèvent et clament "I'm Spartacus !", montrant qu'ils lui sont toujours fidèles même dans la défaite, si humiliante soit-elle. Loyauté, amitié et détermination... le tout sans tomber non plus dans la grandiloquence. Cela vaut mieux, les personnages paraissent de fait plus naturels.
J'avoue que les deux scènes de fin m'ont arraché quelques larmes : d'abord, celle où Spartacus est contraint de tuer Antoninus (lequel refusait obstinément qu'il soit crucifié), qu'il considérait un peu comme son fils, lui épargnant de finir sur la croix. Le plus déchirant, c'étaient les quelques paroles qu'ils ont échangées avant qu'Antoninus ne rende l'âme, et le fait que Spartacus le serre dans ses bras ensuite. Après cela, il y a Varinia qui présente son fils à Spartacus, agonisant sur la croix, lui montrant ainsi que son combat pour la liberté n'était pas vain, et que le meneur de la révolte aura un descendant... et qui supplie pour que celui qu'elle aime meure plus rapidement afin de ne pas trop souffrir.
Bref, si vous n'avez pas encore vu ce monument du cinéma, foncez !