Un film somptueux, où Stanley Kubrick réalise une synthèse remarquable entre le grand cinéma Hollywoodien et le « savoir faire » européen, plus intellectuel. Il est vraiment le « chainon manquant », le pont entre les deux branches de l’histoire du cinéma.
Ici on est tout à la fois dans un grand peplum, au budget colossal, avec milliers figurants et reconstitution luxueuse et soignée, mais il rajoute une dimension tragique existentielle au scénario. Chaque personnage vit son drame, au-delà du contexte historique : cet esclavage tellement bien décortiqué et analysé, cette jeune esclave qui s’affranchit et revendique son autonomie d’une manière très féministe, très actuelle.
Le rapport dans le couple Kirk Douglas et Jean Simmons est lui aussi très moderne, profond, complexe, au-delà des amourettes habituelles à l’eau de roses des films d’Hollywood. Il y a une réelle profondeur et parfois des moments tragiques complètements Shakespearien, dans l’affrontement pour la conquête du pouvoir, des différents personnages.
Le film est éminemment politique à sa manière et assez violent dans sa description du concept de l’esclavage. Kubrick endorse cette révolte, cette révolution, et les 15 dernières minutes sont un plaidoyer très dur, très « militant », très adaptable à toute époque, sur le bienfait du « non » , sur la notion de résistance, sur la capacité à refuser puis à combattre. Des messages intemporels et qui se calquent bien sur l’actualité contemporaine.
La réalisation est lente, posée, prend son temps de replacer l’individu au centre.
Et puis il y cette mise en scène tellement Kubrickienne, des plans somptueux, de vrais tableaux, ce long travelling avant sur la crête de la falaise où se sont réfugiés les exclaves libérés est prodigieux, une prouesse, découvrant au ralenti, la vie des petites gens, enfin libres, dans ce village reconstitué, que l’on veut revoir et revoir encore. Un coucher de soleil filmé en panoramique, qui annonce déjà « 2001 ». La séance du combat final entre les deux armées est superbe, majestueuse, l’une de plus belles du cinéma.
Et bien sûr cette formidable brochette d’acteurs, dirigé de main de maître : Laurence Oliver, Charles Laughton, Peter Ustinov et Tony Curtis.