Film assez particulier, déroutant dans son approche, l'exemple le plus frappant selon moi est l'utilisation à son paroxysme du contraste qui à au final pour but de crée un malaise certains, un partit pris quelques peu radical à mon gout ... Bien sur l'ensemble est éblouissant, une mise en scène léché et des visages à coupés le souffle pour " accommoder " à sa froideur la sensation d’oppression qui plane sur le déroulement de cette intrigue. Je suis un peu déçu, le qualificatif de chef d'oeuvre a quelque peu obscurcis mon jugement concernant ce long métrage, qui plus est, mon premier Luis Bunuel.
Premier film de Bunuel que je vois et plutôt satisfait. Déjà la réalisation est fluide, transformant l'image en une espèce de rêve continu et parsemé de scènes suggérées, où le spectateur est dans son rôle d'imaginateur (on fait référence plusieurs fois à des lâchés de chats qu'on ne voit pas). Aussi les dialogues sont très bien écrits et l'esthétisme donnée au film est particulière, intimiste. Le realisateur fétichiste a parfaitement su utiliser la beauté glaciale de Catherine Deneuve (excellente au passage) pour son histoire de bourgeoise frustrée par un mari trop parfait pour éprouver un vrai désir et laisser cours à ses fantasmes. Tout à tour inquiétant, érotique et drôle (les fantasmes des clients du bordel), Belle de jour est un très bon film français qu'il faut voir, parce qu'il aborde le thème de l'amour et du désir de façon intelligente.
Avec Belle de Jour, Luis Buñuel s’offre l’apothéose de la frustration sexuelle. Séverine (Catherine Deneuve) devient le symbole de la filmographie du tendancieux cinéaste espagnol : alliant beauté, faille, bourgeoisie et perversion. Obnubilé par la question du désir – d’autant plus celui inavouable –, Buñuel réduirait-il son personnage à ses fantasmes en l’asservissant à ses troubles ?
L’insatisfaction sexuelle de Séverine, résultant d’un attouchement durant son enfance que Buñuel évoque succinctement au détour d’un songe, est paradoxale. S’oppose ainsi une vie réelle dans laquelle elle repousse les avances d’un mari qui par un comportement de gentleman bourgeois tend vers la niaiserie, et les désirs enfouies à la limite du masochisme dans laquelle son corps en malmené. Cependant au-delà de la perversion, Séverine apparaît comme la « dernière des Romantiques ». Peuplant ses fantasmes de landau et de châteaux, elle se place au sein même des codes de l’amour courtois des récits chevaleresques. N’est-ce pas pour son honneur et son désir que se batte Pierre (Jean Sorel) – le prince (trop) charmant – et Henri (Michel Piccoli) – l’envoûtant cavalier noir – pendant qu’elle est attachée à un arbre comme l’objet de convoitise qu’il faut sauver ? Elle endosse même au détour d’un de ses délires de plus en plus ancré dans la réalité le costume mortuaire d’un Comtesse. A la manière d’une Bovary ne pouvant plus distinguer réel/fantasme, elle se refuse le rôle de Marquise auprès d’un des clients de chez Madame Anaïs ne pouvant jouer un rôle d’elle-même.
Séverine se retrouve également dans le romantisme allemand dont elle partage les sentiments à vifs et la place du « moi ». C’est seule qu’elle semble toujours avancer, se souciant peu des gens qui l’entoure et finalement se servant des autres pour répondre à ses fantasmes intérieurs. Chez Madame Anaïs, elle choisit en quelque sorte les clients et inverse alors la logique de la prostituée. Pour ça, elle se montre soit frigide et farouche, soit câline et avenante. Séverine cherche finalement à travers ses fantasmes à vivre une passion issue d’un imaginaire enfantin de l’amour fusionnel. Ainsi, si son corps est malmené dans ses fantasmes, c’est pour répondre à cette quête de fougue et de désir brutal. Elle tente de percer la façade de l’aristocratie, ce qu’elle entrevoit chez Henri et ce qu’elle trouve dans la rudesse de Marcel (Pierre Clémenti), son amant.
Belle de Jour, pseudonyme aux airs de conte de capes et d’épées, est donc comme la bête des passions qui sommeille dans le ventre de Séverine pour rependre l’image platonicienne du désir. S’oppose ainsi clairement ce qu’elle vit (Séverine) et ce qu’elle voudrait vivre (Belle de Jour). Belle de Jour devient alors une œuvre initiatique, celle du corps. Si Buñuel trouve un écho plus favorable à ses perversions chez la Bourgeoisie, c’est parce que il y trouve l’hypocrisie des conventions qui se délie au sein de la chambre et dont les domestiques sont alors les témoins muets. Belle de Jour dévoile ainsi les limites des conventions puisque l’individu ne s’explique non pas par un ensemble de règle de savoir-vivre mais par ses désirs et ses pulsions. Si Séverine semble plus « vraie » et même plus heureuse lorsqu’elle prend part au bordel de Madame Anaïs, c’est parce qu’elle met en adéquation ce qu’elle est profondément et ce qu’elle doit être. La prostitution est dont l’éducation du corps, et donc du l’homme véritable. En schématisant, elle s’ouvre au monde de la manière qu’elle ouvre ses cuisses.
Sulfureux, Belle de Jour tient sa réussite du regard que porte Luis Buñuel sur ses personnages. Ne les jugeant pas et n’usant d’aucune morale, le cinéaste dévoile progressivement ses personnages en ne privilégiant aucun manichéisme. Pas de mauvais, pas de bons. Chaque personnage dispose, comme finalement dans la réalité, d’une part d’ombre souvent caché. Le jugement ne vient donc pas des spectateurs conquis à la beauté de Catherine Deneuve, mais des personnages qui jugent avec le poids de leur propre défaut perdant ainsi une légitimité.
Est-ce que Madame la Marquise est satisfaite de mon travail ? - "Non vous avez oubliez ceci cela ..." Oh toutes mes excuses mais madame la Marquise est tellement bonne et tellement belle ! - " ça suffit vous êtes d'une insolence !" - Oh madame la marquise vous êtes tellement belle je vous aimes" - "a genoux, allongez vous par terre" - "Oh oui piétinez moi madame la marquise allez-y". Rien que pour cette scène il faut avoir vu ce film mdr ! Non ce serait dur de le résumer à ça, tous les acteurs tiennent la route, le scénario aussi et on passe un bon moment. Catherine Deneuve fringué par Yves saint Laurent illumine le film de sa seule présence
septiemeartetdemi.com - Cette fois-ci, Buñuel ne se trahit pas trop dans l'audace qu'il a de faire non seulement l'adaptation d'un livre mais avec en plus un traitement littéraire original insufflé par l'auteur. Et sans avoir lu le livre pour autant, il me semble que cette injection livresque est couronnée de succès pour autant que le réalisateur est concerné.
Il y a des liens rappelant une lecture, par exemple les flous dans les détails d'une histoire pourtant claire globalement, ou la fin qui reboucle avec différents autres moments de la narration tout en rappelant que les liens entretenus par le personnage de Catherine Deneuve entre les vices et la vertu transfigurent la séparation qu'elle fait de l'amour charnel et spirituel.
Si vous doutez de pouvoir ressentir tout ce que je viens de dire sans que l'interprétation entre en jeu, vous n'avez pas tort, puisque Buñuel lui-même ne comprend pas la fin du film... Mais c'est justement ce qui l'ouvre à l'interprétation.
De manière générale, voici une création sans fausse note là où il en faisait facilement, explorant la mode tenace de la prostitution parisienne au siècle dernier avec un casting épatant (Geneviève Page au sommet). Les reproches qu'on peut lui faire sont d'utiliser les protagonistes de manière intense et trop fugace avec du favoritisme envers les rôles principaux, tout comme certains objets psychologiques avec lesquels le scénario joue de manière partiale.
Un film incroyablement déroutant et provocateur (surtout pour l'époque où il a dû choquer la bourgoise), véritable regard sur le désir traversé par la grâce troublante de Catherine Deneuve.
BELLE DE JOUR nous offre une Catherine Deneuve, au début de sa carrière, qui interprète le personnage d’une femme perdue dans sa vie et ses désirs avec élégance et raffinement sans jamais sombrer dans la perversité dérangeante et excessive. Une vision plutôt « poétique » sur le(s) vice(s) d’une bourgeoise(rie) qui souffre d’un manque à combler et de frustrations malgré le confort amoureux (rendu monotone) et financier (préjudiciable) dont ils bénéficient.
Un tel sujet ne pouvait qu’intéresser Buñuel : il permet d’opposer la liberté de mœurs aux conventions bourgeoises et à la tyrannie morale de l’église catholique. Dans cette dimension le film est très intéressant, comme dans les questions qu’il pose et le regard sans jugement qu’il porte sur les fantasmes érotiques qui peuvent habiter les esprits humains, sur la place des sens et du désir face au sentiment amoureux ou au respect de l’autre. Un autre aspect intéressant est dans la limite entre fantasmes et réalité, entre rêve et réalité, qui est parfois trouble, et avec laquelle le réalisateur s’amuse à promener le spectateur. Ceci étant, les dialogues de roman photo (et la façon dont ils sont déclamés) qui accompagnent les moments fantasmés débordent sur les moments « réels » et nuisent ainsi au film. Les différentes scènes avec les clients de la maison close, s’ils déçoivent les voyeurs, virent au catalogue d’obsessions sans intérêt. Le seul personnage qui occasionne des moments scénaristiques et dramatiques de qualité est monsieur Husson, auquel Michel Piccoli donne froideur et cynisme. A mon sens un « petit Buñuel ».
Elle rêve un peu trop notre Severine. Rêve quelle sémancipe, quelle se libère. Elle rêve tellement quon se demande si son existence est une réalité ou autre. Elle est mariée à un certain Pierre . Cest le mariage imparfait : lui travaille sans relâche, elle est une coincée et ne fait rien de ses journées mais rêve dexploser la morale, de détruire les conventions pour enfin se libéré de la banalité de sa vie. Jusqu au jour où elle passe au-delà de la limite, et se rend dans une maison close afin de faire la prostituée. Tout au long du film, on croit être tranquille puis lon est médusé par la dimension terrifiante qui se cache derrière, représentatif de létat du personnage de lenvoûtante Catherine Deneuve, qui prend possession puis rejette immédiatement tout le poids de cette ambiance malsaine. Les dialogues, des récitations poétiques transcrivent également bien létat général du film, au premier plan au repos mais qui sassombris pour laisser place à des sensations incroyables. Une percée superbe dans lunivers du sado-masochisme et de la prostitution qui nous laisse béa dadmiration devant les multitudes de questions qui nous envahissent après avoir vu le film. Du grand cinéma.
Un film très provocant pour l'époque et une Catherine Deneuve plus belle que jamais habillée par Yves Saint Laurent! En revisionnant ce film il y a peu de temps, je pense que François Ozon s'est inspiré de ce film pour Jeune et Jolie. On réalise que Bunuel a vraiment un univers propre à lui et qu'il est sacrément tordu!
Incontestablement l'un des meilleurs de Catherine Deneuve, Belle de jour est une plongée fantastique dans les méandres de l'interdit social, entre fantasmes et réalités. Luis Buñuel réalise un film en sorte de balance fragile, penchant d'un côté, partant de l'autre. L'ambivalence s'attache à une personne qui n'est autre que le personnage captivant de belle de jour, nom de prostitué incarnée par la magnifique Deneuve. Et pour parler de cette femme coupée en deux, on ne peut s'empêcher de pensée à une certaine résonance baudelairienne. En effet, une opposition se trace. Celle du corps et de l'esprit. D'un côté, belle de jour est la femme pervertie par ses fantasmes qu'elle ne se contente plus d'explorer de son esprit, mais souhaite avec difficulté l'exercer physiquement pour lui donner réalité. C'est une image fataliste, une autre image de l'amour. L'aspect du désir physique. De l'autre, Catherine Deneuve est la bonne bourgeoise coincée et froide, ne trouvant plus en son mari l'amour physique qu'elle se procure avec ses clients. Elle y trouve avec ce qu'elle considère de le plus beau au monde, son époux, le sommet même de ce qu'elle trouve être de l'amour sincère, pur, idéalisé: l'harmonisation de l'âme entre deux personnes. Dès lors et sans prendre partie, le réalisateur déssine l'impossible. Entre fantasmes sadomasochismes et l'envie de garder l'amour de sa vie avec une grande pudeur, l'héroïne s'enfonce dans une position délicate, se prostitue, regrette, mais continue. Et au delà l'image de cette femme incontrôlable de ses pulsions, se cache l'idée même d'un symbole universel : l'ambïguité de l'être humain. Tout ne s'explique pas, mais il peut se comprendre. Ou du moins l'entendre. stylistiquement, le film est très soigné, la photographie est remarquable. Mais les prestations sont avant toute chose le grand atout du film. Tout est équivoque, soit suggéré avec grande finesse, soit explicité esthétiquement sur l'écran de plein fouet. Pour un grand moment de cinéma.
Belle de Jour est un film assez décevant sur la forme. On en attend beaucoup d'un gars comme Luis Bunuel, et devant si peu d'ambition sur la mise en scène, on ne peut qu'être déçu évidemment. Belle de Jour n'apporte rien de neuf, sur le traitement, sur l'image ou le montage en général. Sauf peut-être les fantasme de Belle de Jour (Catherine Deneuve) sont intéressant, mais quoi que sans mise en place particulière, fait de façon sobre et sans artifices.
Non probablement plus que Belle de Jour est un film marquant pour son sujet, replacé dans le contexte. Comme l'ont remarqués d'autres, ce film est un prolongement plus poussé du Mépris, et peut-être un prologue soft et gentil de Salo ou les journées de Sodome. Prolongé du Mépris, car ce film est résolument féministe, avec l'idée qu'une femme peut ne pas être satisfaite de son mari et qu'elle décide de voir ailleurs pour s'épanouïr ; qu'elle ne doit rien attendre de son mariage, et qu'elle doit vivre ses désirs librement. Prémices de Salo, avec l'acceptation des instincts sado masochistes, sans jugement moral de la part du réalisateur, mais du SM assez soft (premièrement, ce n'est pas montré à l'écran ; deuxièmement, la demoiselle est consentante, ce qui est la différence fondamentale), qui n'a tout de même rien a voir avec la facette "fasciste" traité par Musolini. C'est surtout le double visage de Belle de Jour, un côté elle est émancipatrice, souhaite être libre et assouvir ses fantasmes; de l'autre, ses fantasmes sont précisément des fantasmes où elle se voit dominée, contrainte, humiliée. Un jeu très intéressant entre deux extrêmes.
Mais a mon sens, la mise en scène ne pousse pas assez loin les choses; le Mépris de Godard, en dépit de son caractère pédant, soulignait mieux le désir pour une femme de s'émanciper; quant à l'aspect soumission, il n'est finalement que très peu montré, les scènes fantasmés sont très soft (je ne demande pas du porno bien évidemment), mais leur application réels notamment avec l'arrivée de Marcel n'est qu'a peine suggéré. Catherine Deneuve elle, reste docile, et finalement ne pêche jamais vers un extrême dans son jeu (seuls ses fantasmes parlent pour elle),ce qui laisse place au doute.
Ce n'est évidement pas Catherine Deneuve que je critique ici, ce sont les ordres de Bunuel. Mais pourquoi pas, c'est un choix. Catherine Deneuve s'en sort très bien, elle est très désirable et assez naturelle dans son jeu au contraire de beaucoup de films français de cette époque, mais aussi de son style de jeu habituel, souvent trop détaché. Les filles qui l'entourent jouent également très bien. Les autres acteurs, comme Clémenti ou Piccoli, sont moyen.
Un film intéressant, qui se regarde bien, libéré et assez érotique. Peut etre un film marquant pour l'histoire du cinéma, mais pour ma part pas exceptionnel.
Un grand Bunuel que l'on peut revoir et revoir tant il est riche et tant on ne sait jamais trop quand nous sommes dans le réel ou dans le fantasme. Adaptation d'un roman mais film très bunuelien où l'on retrouve les thèmes chers du cinéaste, de la décadence bourgeoise à la perversion pernicieuse. Deneuve y est superbe, incarnant à la fois la froideur et le désir, oscillant entre peur et attirance. Le rôle emblématique de sa carrière, à double tranchant car il lui colla une image qu'elle cherchera longtemps à casser. Elle devra attendre plus de 10 ans et sa rencontre avec Téchiné pour y parvenir vraiment. Bunuel et Deneuve se retrouveront 2 ans après "Belle de jour' pour un autre chef d'oeuvre "Tristana". Les 2 films ressortent en salles cet été 2017, ne les manquez pas si vous ne les avez jamais vu.
Séverine, jeune et belle bourgeoise, interprétée par une Catherine Deneuve dans lun de ses plus beaux rôles, ne parvient pas à refouler ses fantasmes sexuels, sado-masochisme et prostitution. Après une hésitation légitime, elle se rend dans une maison close et comble ses après-midi en se prostituant, devenant une « belle de jour ». Situé dans ce quon appelle communément la période française de Bunuel, « Belle de Jour » est lun de ses chefs-duvre, dans une carrière qui en compte beaucoup. Mettant à jour une nouvelle fois toutes les obsessions de son auteur, sexuelles comme surréalistes, Bunuel réalise un film dune profonde noirceur en parvenant néanmoins à rester accessible. Adapté de Joseph Kessel, « Belle de Jour » obtient à juste titre le lion dor à Venise en 1967.