Cela commence comme une énième affaire de sérial killer mais le traitement va être tout autre, quelque chose de naturel, de spontané, ou les évènements arrivent sans s'annoncer donnant au film un sentiment de fatalité, propre à la culture asiatique, et de frustations. Le film commence de manière simple mais l'opacité va devenir de plus en plus prégnant, le mal prend un visage de plus en plus mystérieux. Bong Joon Ho a pris un script assez classique, à l'image du cliché du duo de flics mal assortis, pour offrir un film déroutant, qui refuse la simplicité et dresse en creux un portrait de la société Coréenne engluée dans ses méthodes archaïques, la nécessité de faire appel aux USA pour analyser des traces d'ADN en est l'exemple le plus frappant. Coté technique, c'est très réussi avec notamment quelques poursuites de nuits impeccablements conduites
Pour sa deuxième réalisation, Bong Joon Ho nous montrait déjà toute l'étendue de son talent, avec ce Memories of murder il signe là une des premières oeuvre sud-coréenne à être internationalement reconnue.
Basé sur une histoire vrai se déroulent entre 1986 et 1991 en Corée du Sud, ce film nous fait vivre le contexte dans lequel s'est déroulé cette enquête et le calvaire des policiers de l'époque qui étaient totalement désorienté par quelque chose de cette envergure.
On est immédiatement frappé par le style Bong Joon Ho, il y a une véritable cohérence dans la réalisation qu'il nous propose et nous sommes littéralement arrosé de plans séquences, de champs-contrechamps plus beaux les uns que les autres, il n'y a jamais de plan superflus, tout ce que le réalisateur nous montre a son importance. Les aspects clichés du polar sont désamorcés rapidement, le côté dramatique se fait ressentir doucement au fur et à mesure que le film avance, on jongle sur les tons, c'est souvent très drôle sans jamais passer la barre du ridicule et l'atmosphère retombe à chaque fois pour nous rappeler que tout ça est bien sérieux.
Ce qui est le plus marquant dans cette oeuvre est la dégradation des personnages, on ressent toute l'impuissance et la perte de contrôle de nos protagonistes qui même si ce n'est pas dit, resteront marqué à vie par cette affaire. J'ai parfois pensé à Seven pendant cette projection, cependant ça se rapproche probablement plus d'un Zodiac, je trouve qu'il manque juste cette petite étincelle en plus comme dans Seven justement pour que ça puisse me bouleverser comme je l'espérais, tout ça est évidemment subjectif et l'ensemble du film reste de très haut vol, une des pépites de Bong Joon Ho.
Ce film serait donc un thriller ? C’est plutôt Benny Hill en Corée du Sud. Si vous voulez voir (sans risquer de mourir d’ennui) comment une enquête peut ronger la conscience des enquêteurs, évitez ces deux heures burlesques et dispensables et (re)plongez-vous plutôt dans le chef-d’œuvre fincherien qu’est « Zodiac ».
Un bon polar coréen qui est signé de la patte (excellente) de Bong Joon-Ho, avant les francs succès Okja et Parasite. L'ambiance est le réel atout du film, qui nous tient devant notre poste de télévision comme devant le meilleur feuilleton à suspens, on attend vraiment de voir l'avancée de cette enquête qui patauge (dans l'eau de pluie). Les dialogues ironiques de l'inspecteur sont drôles, l'incompétence de certains collègues nous fait sourire et sent le vécu, et l'on se révolte de voir les méthodes "pas très morales" que ces flics utilisent pour obtenir plus vite la clôture du dossier : malade mental battu et forcé à avouer des crimes qu'il n'a pas fait... On a mal au cœur, et on espère que cela ne reflète pas trop la réalité ! Seul point (que certains trouveront brillant, pourquoi pas) qui m'a laissé sur ma faim : spoiler: on ne connaît pas le coupable . Quand on passe plus de deux heures à suivre l'enquête avec l'intention de deviner qui a fait le coup, spoiler: ne pas nous dire qui c'était , franchement, c'est très frustrant. Le film est innovant pour cela, c'est certain, mais cela ne l'empêche pas de m'avoir déçue par ce final. On aurait aussi pu ramener la durée du film à un bon quart d'heure de moins, que l'on n'aurait pas été mécontents (c'est un peu long, par moments). L'un des premiers films d'un réalisateur aujourd'hui établi, qui n'a pas à rougir et nous offre une équipe de flics ripoux avec lesquels on suit l'enquête les yeux grands ouverts.
Une démonstration de mise en scène, pour un film coréen qui relance le genre souvent tombé dans les bassesses des clichés très récurent dans le thriller. Le film pose des questions et une vision particulière de la justice, avec une scène finale à couper le souffle, mais surtout remet en cause notre éligibilité à juger, à chercher le tueur en même temps que les inspecteurs chargés de l'affaire. Ce rapport du spectateur, persuadé de savoir, persuadé de croire au jugement des enquêteurs, est remit en cause, dans le dernier plan du film,17 ans passé les événements, dans le regard caméra du personnage principal, et cette dernière ligne de dialogue:"ordinaire". Et si le meurtrier était ordinaire, caché dans la foule, masqué par ce qui a de plus normal. Alors que l'enquêteur suit son instinct, dans le regard, en sachant par un regard reconnaître la culpabilité ou non d'un suspect, ici le regard caméra vers nous remet tout en cause. Le meurtrier aurait pu être n'importe qui, et même un spectateur lambda, ce que nous sommes. Tout ceci est amené par le choix du cinéaste, qui réfléchit sur le mouvement de sa caméra, par exemple lors des interrogatoires, la caméra se situe centré entre l'interrogé et l'interrogateur, pour accentuer l'immersion. Rien ne va trop vite, rien n'est forcé. Un film dur, filmé dans la délicatesse. Un must du genre.
Un film qui au final ne nous dévoile rien, et c’est cette traque sans repos et surtout sans aboutissement qui nous plonge dans un très bon film. SPOILER : la dernière scène démontre la triste réalité finale...
Grand film. Un tueur en série rode dans la campagne sud-coréenne. Une petite équipe de policiers est chargée de trouver le criminel. Mais la différence d'approche et de sensibilité de ses membres ne facilite pas l'avancée de l'enquête. Si le début du film laisse entrevoir un banal conflit entre un flic brutal et borné et un collègue plus raffiné et plus professionnel, on gagne peu à peu en profondeur à mesure que le criminel parait toujours plus insaisissable. S'il est aisé de donner des leçons d'éthique et de simple bon sens quand on est confortablement installé et loin de tout danger, tout change lorsqu'on met les mains dans le cambouis et qu'un doute permanent brouille tous les repères habituels. La mise en scène est excellente et les interprétations vraiment bonnes. La fin est également très réussie et laisse un goût amer.
un policier surprenant car dès le début l'enquête semble par deux fois bouclée et être pris à la rigolade puis les meurtres s'intensifiant l'enquête avec l'arrivée d'un troisième policier devient plus scientifique et nous fait froid dans le dos, avec un final grandiose.
Encensé à Cannes en 2004 par Quentin Tarantino alors président de l'édition, il est vrai que Memories of Murder avait frappé très fort. Je ne me souviens plus de ce que j'en avais pensé à l'époque. J'ai dû me rafraîchir la mémoire en le revisionnant. Ce qui m'a frappé, c'est malgré l'histoire très dure (plusieurs femmes retrouvées dans des champs violées et assassinées), c'est l'humour absurde de ces flics à la ramasse complet. Le chef ne s'intéresse qu'aux journalistes. Ses hommes. L'un ne jure que par la violence. L'autre se vante de pouvoir reconnaître un meurtrier uniquement en regardant son visage. Balèze. Le troisième venu de la ville pour leur prêter main-forte paraît être le plus sérieux du groupe. Mais à cause du piétinement de l'enquête, de la violence des meurtres, il y a un climat de désespoir qui va s’abattre sur eux en même temps que la pluie abondante. Le mystère fait penser à Zodiac. Et le risque pour eux, c'est de définitivement basculer. Parce qu'il faut un coupable à tout prix et que tout ça s'arrête. Et tant pis si les preuves sont maigres et que les indices laissent à désirer. Par contre, pour ceux qui s'attendent à des fusillades chorégraphiées comme dans un polar de John Woo et à obtenir toutes les réponses aux questions que les policiers se posent, Memories of Murder est une mauvaise adresse.
Comment parler de ce film sans le spoiler ... Tout simplement une nouvelle (encore) lecon de cinéma venue de Corée du Sud. Tout est parfaitement bien fait : deux flics de campagne, incompétent, qui doivent faire équipe avec un policier de Seoul pour résoudre une affaire de meurtre, quoi de plus banal ...Et pourtant, cette enquête est tout simplement passionnante, on se prend au jeu, on se pose des questions, on se perd avec eux, un mélange d'espoir et de désespoir et un final grandiose, qui se résume en deux scènes... A la fin du film, on ne sait pas trop quoi penser, on réfléchit vraiment.
Probablement le plus grand film des ces 20 dernières années. L'histoire sublimement filmée d'un duo de policiers qui échouent. Un buddy movie prenant place dans la campagne coréenne, mettant en scène deux flics que tout opposent, sur fond de coréen nouvellement indépendante, avec tension et un coup de pied sauté. Sublime.
Cela faisait longtemps que je voulais voir Memories of Murder mais le film m'avait toujours glissé entre les doigts. Aujourd'hui, j'ai pu enfin rattraper mon retard et je ne fus absolument pas déçu. Memories of Murder est un polar vraiment excellent doublé d'un super film à suspense. C'est superbement écrit, mis en scène et interprété. Les critiques élogieuses que j'avais pu lire ne se sont absolument pas trompées. Ce film est une réussite totale à tous les plans. Le fan de films coréens que je suis fut absolument comblé. Je ne vais pas en dire plus sur ce film que ce qui a déjà été dit par le passé. Vous aimez les polars ? Vous aimé le cinéma coréen ? Alors regardez absolument Memories of Murder, vous ne serez pas déçus.
Un film dont la fin ne laisse pas indifférente et qui demande du temps avant d'en apprécier la force. Ce film nous plonge dans le doute et le désespoir de 2 policiers traquant un tueur en série. La tension est palpable à tout moment du film et nous ne pouvons pas deviner à l'avance quelle sera la suite. Le début est tout de même un peu lent à se mettre en place, tout en nous permettant de cerner les protagonistes.
Un film bouleversant qui met en avant le désarroi des enquêteurs face à l'impossibilité d'arrêter le meurtrier à travers leur parcours personnel et policier qui les mène des scènes de crime à un chaman jusqu'à la violence. Un polar à l'atmosphère ciselée qui mêle au ton sombre attendu des moments plus légers et quotidiens afin de manifester l'étendue des répercussions d'un homicide sur ceux qui y sont confrontés chaque jour. Une pépite cinématographique.
Si Memories of Murder est de l’ordre de la prouesse, c’est parce qu’il parvient non sans génie à réécrire les codes du polar par un jeu de décalage autant tonal que dramatique donnant naissance au plus complexe des labyrinthes, le labyrinthe de la banalité, d’un quotidien à visage normal qui n’éveille guère de suspicion. C’est un vaste concert discordant où plusieurs voix s’emmêlent sans jamais trouver une harmonie, comme une multitude de tuyaux qu’un même coude ne saurait joindre : le temps file à la manière de l’eau, la pluie efface les traces et inscrit le meurtre dans la nature. On entend gronder l’orage politique que le village, microcosme porteur du système sud-coréen, cristallise via ses cadavres et à travers les journaux. Memories of Murder opère donc un déplacement, se définit comme le hors-champ d’un temps de rupture avec la raison et de l’apparente mainmise de l’homme sur son environnement. Flamboyant.