James Wan, pour son premier long-métrage, propose avec Saw un thriller horrifique qui a redéfini les attentes envers les films à petit budget. Ce mélange de mystère, de tension et d'horreur marque le début d'une franchise prolifique, mais il révèle aussi les limites d’une œuvre qui, bien qu’audacieuse, n’atteint pas toujours son plein potentiel.
Avec un budget modeste et un calendrier de tournage limité, James Wan livre une mise en scène habile qui maximise l’impact visuel. Le choix d’un décor unique, une salle de bain délabrée, sert parfaitement la tension claustrophobique du récit. Les plans tremblants et les zooms rapides amplifient le sentiment de panique, mais ces choix stylistiques finissent par devenir répétitifs, affaiblissant l’impact global. Si l’on admire la créativité derrière certaines séquences, d’autres semblent visuellement brouillonnes, ce qui atténue l’immersion dans le cauchemar qu’est Saw.
L’histoire centrale, où deux hommes enchaînés doivent percer le mystère de leur captivité, est indéniablement fascinante. Les jeux mortels conçus par le tueur Jigsaw intriguent autant qu’ils horrifient, et l’idée d’un antagoniste qui ne tue pas directement mais force ses victimes à faire des choix impossibles est une innovation mémorable. Pourtant, le scénario s’embrouille dans sa structure. Les flashbacks, bien qu’essentiels pour contextualiser l’histoire, alourdissent le rythme, et certaines sous-intrigues, comme l’obsession du détective Tapp, manquent de profondeur et d’impact narratif.
Le casting de Saw apporte des résultats variés. Leigh Whannell, également scénariste du film, incarne Adam avec une nervosité crédible, mais ses limites en tant qu’acteur deviennent évidentes dans les moments de forte intensité émotionnelle. Cary Elwes, dans le rôle du Dr Gordon, offre une performance oscillant entre moments d’authenticité et excès dramatique, notamment dans ses scènes de panique. À l’opposé, Tobin Bell, bien qu’à peine visible dans ce premier volet, s’impose immédiatement comme une présence inquiétante et mémorable, posant les bases de ce qui deviendra une figure emblématique de la franchise.
Saw se distingue par sa capacité à maintenir une tension constante, surtout dans ses moments les plus intenses, comme les découvertes progressives des indices ou les confrontations psychologiques entre les protagonistes. Cependant, cette tension est parfois gâchée par des dialogues maladroits et des séquences qui s’éternisent sans véritable progression narrative. Les pièges eux-mêmes, bien que créatifs et glaçants, n’atteignent pas toujours leur plein potentiel, car ils manquent d’un véritable poids émotionnel ou symbolique.
Si Saw est parfois bancal, sa conclusion rattrape beaucoup de ses défauts. Le twist final, dévoilant que le supposé cadavre était en fait Jigsaw lui-même, est un coup de maître narratif. Cette révélation redéfinit tout ce qui précède et laisse une impression durable. Malheureusement, cette fin brillante arrive après une accumulation de petites maladresses qui en diminuent légèrement l’impact. Néanmoins, elle demeure l’un des éléments les plus marquants du film.
Saw est un mélange fascinant d’innovation et d’imperfections. Le film réussit à poser les bases d’un univers intrigant et à captiver par son concept audacieux, mais il est freiné par une exécution inégale et des performances parfois maladroites. Malgré cela, il reste une œuvre significative qui mérite d’être vue, ne serait-ce que pour son approche originale et son final mémorable. Une expérience mitigée, mais qui marque indéniablement l’esprit.