Un canal, un hôtel, des gueules, des voix : Hôtel du Nord, c'est d'abord ça. On a vraiment l’impression d’entrer dans ce petit monde populaire, avec son hôtel modeste, ses chambres, son canal, ses repas collectifs, ses amants perdus. Marcel Carné fait du décor un personnage à part entière : le canal Saint-Martin semble ouvrir vers un départ possible, mais tout le monde reste coincé là, dans l’attente de jours meilleurs. C’est triste, mais jamais plombant, parce que la gouaille, les engueulades et les répliques donnent au film une vie incroyable. Les dialogues sont évidemment cultes (pas seulement 'Athmosphère') et fabriquent les personnages. Arletty et Louis Jouvet dominent le film, elle mordante et plus parisienne que nature, lui élégant, cynique et déjà mélancolique. Autour d’eux, Bernard Blier, Annabella, Paulette Dubost, et tous les seconds rôles donnent l’impression d’une vraie communauté. Derrière l’atmosphère bon enfant, on sent pourtant une cruauté douce, un bonheur toujours empêché, comme si ce monde populaire était déjà condamné avant même de disparaître. Un grand film de réalisme poétique, vivant et fragile, qu’on quitte avec le sentiment d’avoir connu ses gens.