On pouvait craindre le pire de cet "Indigènes" : critique facile des Français, démagogie, partialité partisane... Même si le prix d'interprétation collective à Cannes était plutôt rassurant (encore que...), une petite appréhension subsistait surtout au vu des interviews données par le réalisateur Rachid Bouchareb et ses acteurs, plaidant surtout pour la revalorisation des pensions de ces anciens combattants venus des colonies au dépend des qualités intrinsèques du film. Mais rapidement, le spectateur septique se voit rassuré par l'angle adopté par le réalisateur qui, tout en dénonçant le racisme latent et l’attitude méprisante de l’armée française face à ses Indigènes, ne sombre pas dans le manichéisme auquel le film semblait pourtant promis. Les Français ne sont pas tous des gros cons racistes, certains allant même jusqu’à réserver un accueil triomphal aux soldats (voir l’arrivée en Provence ou dans le village alsacien). Les Indigènes ne sont pas de pauvres victimes innocentes du racisme de la métropole mais des hommes imparfaits aux horizons et aux motivations différentes (Saïd est un faux gentil prêt à exploser, Yassir est là pour l’argent, Messaoud joue les gros bras, Abdelkader a la revendication dans la peau...). Question mise en scène, il faut reconnaître que le spectacle est bluffant, le cinéma français ne nous ayant pas habitué à des séquences guerrières aussi réussies (remarque également valable pour "L’ennemi intime"). Les scènes explosives sont d’ailleurs tempérées par des moments plus intimes permettant aux personnages de s’exprimer. A ce titre, le casting est très intéressant et offre aux acteurs des rôles sur mesure, loin des clichés qu’on leur propose habituellement. On retrouve ainsi un Jamel Debbouze étonnement sobre (son personnage étant sans doute le mieux écrit du film), un Roshdy Zem charismatique, un Sami Bouajila velléitaire, la découverte tardive du sévère Bernard Blancan, la jeune Mélanie Laurent, l'espoir Mathieu Simonet, le caméo du producteur Thomas Langman... Seul Samy Nacéri est clairement en-dessous, avec un jeu toujours aussi approximatif et braillard, mais est-ce vraiment une surprise ? On regrettera néanmoins les baisses de rythme de la mise en scène (notamment lors de l’arrivée en Alsace) mais, au final, Indigènes restera comme une bonne surprise qui, en plus s’est avérée utile, les anciens combattants des colonies ayant vu leur pension revalorisée.