Rusty Sabich, brillant procureur, se retrouve accusé de meurtre par les opposants au poste de procureur de district, récemment victorieux face à son ancien supérieur.
La victime est une collègue ambitieuse et séduisante avec laquelle Rusty a entretenu une liaison qui s’est mal terminée.
Le film dresse d’elle un portrait volontairement ambigu : femme brillante, stratège, elle semble parfaitement consciente du pouvoir qu’elle exerce. Sa sexualité n’est pas seulement un trait de caractère, mais un outil — une manière d’influencer, de séduire, voire de manipuler pour parvenir à ses fins professionnelles. Cette dimension renforce le trouble moral du récit : est-elle victime uniquement, ou également actrice d’un jeu de pouvoir dangereux ?
Dès le départ, la situation est explosive : le film installe un doute permanent sur la culpabilité de Rusty. Par chance, sa femme, malgré la trahison, choisit de le soutenir, et il peut compter sur un avocat talentueux — qui refuse délibérément de savoir si son client est coupable ou non.
Avant d’être accusé, Rusty avait découvert une affaire de corruption sur laquelle enquêtait la victime. Très vite, il comprend que certains noms mentionnés lui sont dangereusement familiers, notamment ceux des hommes qui ont remporté l’élection.
La forme du film est très classique : musique de John Williams, esthétique typique des années 90 avec ce grain élégant et presque brillant que j’apprécie particulièrement — je retrouve d’ailleurs cette même brillance dans Maman, j’ai raté l’avion, ce qui peut surprendre.
Malgré cette élégance formelle, l’atmosphère est poisseuse. On y décèle même des accents de giallo : la stylisation de la scène de crime, la sexualité latente, l’ambiguïté troublante de la victime, et jusqu’au tribunal dont les arches évoquent l’intérieur d’un palais italien.
Le film soulève de nombreuses interrogations : pourquoi la femme trompée réagit-elle si peu et soutient-elle son mari avec une telle constance ? Pourquoi les traces retrouvées sur le corps de la victime semblent-elles incohérentes ? Chaque détail nourrit le soupçon sans jamais le résoudre totalement.
Plus profondément, le film explore le mensonge, les identités dissimulées, les vies secrètes et honteuses. Il interroge aussi la culpabilité morale, indépendante de la culpabilité judiciaire, ainsi que les conséquences de nos fautes sur ceux qui nous entourent.
Ces zones d’ombre conduisent à l’acquittement de Rusty — mais pas nécessairement à son innocence aux yeux du spectateur.
La fin est particulièrement réussie :
jusqu’à la dernière scène, le doute subsiste. Lorsqu’on découvre le marteau ensanglanté dans ses mains, dans la cave, et que sa femme le surprend, il apparaît soudain terrifiant. La mise en scène nous fait croire qu’il va commettre l’irréparable. Lorsqu’il monte l’escalier alors qu’elle a fui, la tension est à son comble.
Puis tout bascule.
Le retournement final reconfigure entièrement notre lecture des événements et laisse une impression glaçante. Quel plaisir de voir un film à la forme si classique, presque rassurante, et au fond aussi sombre et dérangeant. Entre et ⅘