Ah… Le Château de ma mère.
Si La Gloire de mon père était un lever de soleil sur l’enfance, celui-ci en est le crépuscule tendre, doré, aux ombres qui s’allongent. Yves Robert poursuit la musique de Pagnol, mais cette fois le refrain a la saveur douce-amère des instants qui s’échappent.
Dès les premières images, on retrouve la Provence comme un royaume enchanté, mais déjà fragile, menacé par le temps. Les collines s’habillent d’une lumière plus mélancolique, les pas du petit Marcel semblent plus pressés, comme s’il savait qu’il courait vers la fin d’un âge d’or. Le rire d’hier se fait murmure, la fête de l’enfance s’orne d’un voile de nostalgie.
Philippe Caubère et Nathalie Roussel incarnent à merveille ce couple de parents, figures d’amour et de dignité. Et le petit Marcel, toujours émerveillé, devient peu à peu spectateur de sa propre vie, conscient que chaque promenade, chaque franchissement de porte ou de canal, est une victoire éphémère contre le temps qui s’enfuit. Les scènes des trajets, avec leurs raccourcis clandestins, deviennent une métaphore lumineuse : l’enfance est un passage secret que l’on voudrait garder à jamais.
Il y a dans ce film une poésie plus grave, comme si Yves Robert et Pagnol se tenaient par la main pour nous dire : “Regardez bien, retenez tout, car la vie, comme l’été en Provence, ne dure pas.” Et quand survient la fin, bouleversante, c’est toute une enfance qui se referme, comme une porte trop lourde qu’on aurait voulu laisser ouverte.
Le Château de ma mère, ce n’est pas seulement une suite. C’est une révérence. Un adieu vibrant à l’enfance, dit avec l’élégance d’un conteur qui sait que les plus belles histoires sont celles qui s’achèvent en nous laissant le cœur serré et les yeux brillants.