J'avais peur d'un Lynch arrivé au bout de son art. Je suis une fois de plus bouleversé par son talent. Trois heures en compagnie d'une femme perdue. Trois heures d'un voyage hypnotique où l'on se promène entre Los Angeles et la Pologne, à la rencontre de lapins acteurs de sitcom, de prostituées dansant sur The Locomotion, d'une équipe de tournage dépassée par une vieille légende qui refait surface durant le tournage. Durant ces trois heures, incroyablement rythmées, on s'amuse à construire une histoire avec toutes les bribes que nous jette Lynch au passage. Puis vient un moment où notre esprit se perd, où l'histoire n'importe plus, cet instant où INLAND EMPIRE, déjà formidable dans sa première partie, nous offre un spectacle incroyable, une plongée sans fin dans un monde irrationnel, magnifique, envoutant, terrifiant, où nos sens s'affolent. INLAND EMPIRE c'est ça. Une histoire pas claire, mais qui nous captive on ne sait comment, des images magnifiques, une ambiance sonore remarquable, une actrice tout simplement fabuleuse. Un spectacle du ressenti, une oeuvre hors-normes, à la frontière de la raison, aux extrèmes limites du cinéma. Un réalisateur libre, dégagé de toutes contraintes techniques, qui nous à donné là une expérience inclassable. On ne sait si on a aimé ou non, on ne sait si on a compris ou non. Reste des images, des sons et nos sentiments perdus dans tout cela ...