Il y a quelques mois, j’avais fait la découverte de David Lynch avec Mulholland Drive et immédiatement, j’ai su qu’il allait sans plus tarder entrer dans mon panthéon artistique et que j’avais encore beaucoup à découvrir de lui. Mon visionnage d’INLAND EMPIRE me le confirme : j’aime follement son univers. Comme d’habitude, il est impossible de résumer le film. C’est une œuvre complète extrêmement riche qui atteint le paroxysme du surréalisme lynchien. On suit le personnage de Nikki pendant trois heures, une actrice qui vient de décrocher un rôle dans un film au passé sombre. Dès le départ, tout est fait pour nous questionner. Derrière la caméra tremblotante, l’image est tournée avec le principe de la Digital Video sur des cassettes, apportant un rendu déformé, pixelisé et terriblement esthétique. Une fois encore, les scènes se succèdent sans véritable sens et le spectateur éprouve une véritable satisfaction à ne rien comprendre, on passe de la réalité au rêve, à la folie, à l’hallucination avec tellement de facilité qu’à la fin du visionnage, on a la sensation d’avoir assisté à trois heures éprouvantes d’une remarquable intimité. Chaque scène installe une atmosphère étouffante, je n’ai encore jamais vu un film qui m’a mis autant mal à l’aise. Tout est porté par une Laura Dern aussi effrayante que sensible qui tient bon en nous offrant une belle palette de jeu. Lynch filme les visages de très près, l’image passée à la cassette donne un rendu onirique, les décors lumineux et vides rappellent les backrooms et espaces liminaires physiques et psychologiques qui envahissent le net, la musique angoissante est omniprésente, les dialogues semblent cacher des indices quant-à l’histoire mais nous y enfoncent encore plus, les jump scare sont excellents, les séquences avec les Rabbits sont aussi étranges qu’obsédantes et tout est fait pour nous faire douter. On a la sensation d’assister à nos propres rêves, ceux qui nous font cauchemarder lors des nuits fiévreuses qui n’en finissent pas. C’est une sensation assez confondante que celle d’avoir l’impression de rêver en voyant un film. Surtout qu’en artiste complet, David Lynch écrit le scénario, réalise le film, compose une partie des musiques - dont la fabuleuse Ghost Of Love - réalise le montage, participe au mixage, à la prise de son, produit le tout, et filme lui même de nombreuses scènes. C’est son dernier long-métrage, un aveu d’amour foutraque à l’onirisme et à l’art. On en ressort bouleversé, captivé, oscillant entre l’adoration et le doute, et c’est une sensation étrange qui dure encore et encore sans jamais disparaître complètement. C’est un long lâcher-prise total qui se ressent plutôt qu’il ne se comprend. Magistral.