Ce film est avant tout une immense performance dacteur. Philip Seymour Hoffman a ici bien mérité son Oscar. Un point seulement. À voir le film, comme à la lecture du livre, on se pose toujours les mêmes questions : pourquoi Capote a-t-il choisi de sintéresser à ce sujet, pourquoi cette très longue enquête, pourquoi ce bouleversement final dans sa vie ? Le film suggère une réponse très fine. Cet homme de salon, brillant, excessif dans sa vie, provocateur dans ses choix dexistence, part et simmerge dans un Kansas profond, aux antipodes de son monde, parce quun crime exceptionnel sy est produit. Cet homme de lettres, cet homme de verbe, décriture est confronté, là, à une transgression qui se situe au-delà de tout ce quil a pu connaître. Il va chercher à sapprocher du déclic qui se passe dans la tête de Perry lorsque celui-ci passe à lacte Il est fasciné par ce moment. Lidentification suggérée avec le tueur (« cest comme si nous étions dans une même maison, il est sorti par la porte de derrière, je suis sorti par la porte de devant
», les éléments biographiques) nous indique la voie. Il comprend, ou espère que, dune certaine façon, il va trouver, là, la réponse à une question fondamentale, ontologique qui a peut-être occupé toute sa vie. De tels déclics, il les cherche depuis toujours, à travers ses actes, ses choix. Mais il na jamais réussi à les mettre en uvre dans sa vie. Perry, lui, a réussi ce quil a cherché à faire toute sa vie : une traversée des miroirs qui lamène en un ailleurs où plus rien nest vain
Mais à trop se rapprocher de la vérité des comportements, on se brûle les ailes, et cette prise de conscience le détruit, comme la fin du film le montre admirablement.