Le début des années 2000 a été marqué par l'émergence du poker en ligne, et surtout du Texas Hold'em no limit. Ainsi "Rounders", sorti trop tôt (1998), devenait culte dans la communauté de joueurs. James Bond délaissait le baccara pour le poker dans le reboot "Casino Royale" (2006). Et même Marc Dorcel s'y est plus ou moins mis tardivement, produisant "Casino No-Limit" (2008), le film X français le plus cher de l'époque.
Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que Dario Argento ait voulu expérimenter en surfant sur cette tendance. Dans "Il cartoio", un assassin enlève des jeunes femmes, et propose à la police... une partie de poker en ligne ! La future victime constitue l'enjeu, si la police perd elle est exécutée, si la police gagne elle est libérée. Du poker en ligne façon giallo ? L'idée était amusante.
Sauf que c'est complètement raté. Le problème numéro un : Dario Argento n'a visiblement aucune idée de ce qu'est le poker en ligne, ou même le poker tout court. Les "parties" en question sont risibles, puisqu'elles consistent simplement à distribuer 5 cartes ouvertes et à changer un certain nombre de cartes, puis celui qui a la meilleure main gagne. Pas de mise, zéro psychologie, aucun bluff. Autant jouer à pile ou face, ça n'a rien à voir avec du poker ! Le pire c'est que la police faire appel à un "expert" pour les aider dans le jeu !
Donc déjà, le rouage principal de l'intrigue est défectueux et n'amène quasiment aucun suspense. En prime, les personnages sont inintéressants, et l'on se moque de cette histoire policière. On suivra mollement une inspectrice vaguement troublée, et un policier irlandais (Liam Cunningham) laborieusement greffé à l'intrigue. Avec des clichés qui étaient déjà périmés à l'époque (mais bien sûr, j'ai compris un éléments capital de l'intrigue, je vais donc aller enquêter seul sans en informer personne !).
Mollement est d'ailleurs le mot, la mise en scène se veut sans grand relief, ça fleure bon le téléfilm de l'époque. S'il on excepte une ou deux morts visuelles (et encore, c'est expédié), les tueries se font hors champs, on a peine à croire que c'est Dario Argento à la manoeuvre. Les moments les plus marquants seront en fait quelques situations assez grotesques, dont un duel final au poker pour le moins incongru.
A l'arrivée, c'est une belle pantalonnade, pas loin du pire que j'ai vu d'Argento ("Dracula" est plus mauvais, rassurez-vous). Il se murmure que même sa fille Asia n'a pas voulu y participer, ça en dit long (le scénario avait été initialement pensé comme une suite de "La sindrome di Stendhal").
Anecdote amusante : parmi les seconds rôles, on repère Claudio Santamaria, qui se fera repérer l'année suivante dans "Romanzo Criminale", prestation qui lui permettra d'obtenir un rôle muet dans... "Casino Royale" ! La boucle du poker est bouclée.