Les décors victoriens londoniens, le noir et blanc m'ont fait pensé à Répulsion, film de Polanski de la même époque, plus tourné vers la folie individuelle que la manipulation mentale. Dirk Bogarde domine parfaitement son rôle de maitre-d'hotel faussement dévoué. le reste de la distribution reste un ton en -dessous, en particulier son "maitre" james Fox. Rien ne nous sera dit des intentions finales du couple de domestiques. Seul ont traversé l'écran, et c'est déjà pas mal, des sentiments de malaise croissant, d'attirance sexuelle malsaine- et un peu naïve (légèreté du scénario?), de vengeance contre l'oisiveté. On reste dans les années soixante, pas de sexe à l'écran, tout en suggestion. Une belle mise en scène. TV1 - octobre 2018
Mon premier Losey m’aura déjà bien tapé dans l’œil. Cette histoire de faux-semblants est juste captivante de bout en bout et The Servant est vraiment hallucinant de maîtrise sur bien des niveaux. A commencer par cette mise en scène aussi belle qu’habile, créant justement une tension parfois digne d’un (bon) film d’horreur. Ces travellings lancinants magnifiés par une photographie très léchée sont vraiment sublimes. Nous sommes plongés dans l’intimité de cette maison bourgeoise que l’on quittera très peu et qui sera perturbée par l’arrivée de ce domestique aux multiples facettes. C’est d’ailleurs un peu dommage que l’on quitte parfois le cadre du domicile, j’aurais signé des deux mains pour un huis-clos intégral qui aurait sûrement accentué davantage l’ambiance oppressante du film. Après ce n’est qu’un petit détail qui n’engage que moi bien entendu.
Car ce sentiment d’oppression fonctionne très bien grâce la réalisation ingénieuse de Losey qui a la manière de resserrer efficacement son cadre sur l’action et les personnages. A partir du moment où tu cernes les enjeux de la scène en un plan, c’est que tu as juste tout compris au cinéma. Et c’est un film oppressant aussi dans la mesure où l’on assiste à un jeu de pouvoir, mené par le propriétaire et le serviteur, dont l’intensité grimpe crescendo. Plus l’intrigue avance et plus les caractères s’affirment et les masques tombent. Et The Servant n’est pas avare en séquences marquantes. Le passage de la rencontre entre le propriétaire de la demeure et la sœur est notamment incroyablement érotisant, avec une tension sexuelle folle.
C’est aussi un film sans concessions, qui représente une véritable descente aux enfers qui prend aux tripes et qui ne va jamais arborer un ton moralisateur. Nous sommes notamment jamais très loin des problématiques de lutte des classes mais sans manichéisme aucun ni prise de position simpliste. C’est plutôt un film sur l’homme, sa médiocrité, ses peurs et sa volonté incessante de manipuler l’autre, de le dominer. Et c’est traité brillamment, un grand film.
Le film de Joseph Losey est la description de l'étrange relation qui se noue entre Tony et son nouveau domestique Barrett. Au début de leur histoire, rien ne semble devoir altérer le rapport convenu, so british, et distingué entre le jeune bourgeois un peu fat et son docile serviteur. Jusqu'au moment où l'attitude du second découvre quelques imperceptibles signes d'impertinence. Longtemps, au regard de la mise en scène feutrée et sibylline de Losey, on est incertain quant à l'idée dramatique que poursuit le cinéaste. S'agit-il d'une réflexion générale ou d'une étude de caractères démontrant comment un valet prend insensiblement l'ascendant? Ou bien cette flegmatique première partie du film ne vise-t-elle qu'à donner un autre relief à un dénouement qu'on peut éventuellement imaginer spectaculaire et brutal? C'est tout l'intérêt du film, tout son suspense, que de nous tenir dans l'incertitude de ses mobiles et, surtout, de ne pas nous éclairer sur la personnalité de Barrett, car c'est de son comportement que provient le trouble et dont on ne sait pas si l'attitude est calculée ou pas. Joseph Losey maitrise parfaitement l'unité de lieu -l'appartement de Tony est, pour l'essentiel, le décor du film. Accompagnant la modification ou la transformation des deux personnages, le réalisateur parvient, par un usage expressionniste de jeux d'ombres et de miroirs, à faire de l'intérieur bourgeois de Tony un lieu inquiétant, maléfique. Les comédiens, Dick Bogarde en particulier, dans le rôle de Barrett, s'y montrent brillants et subtils. Enfin, sans rien révéler des incidents nombreux qui tendent à destabiliser Tony, on est tenté, parfois, de voir dans son domestique son double, un double révélateur d'une bourgeoisie dont la distinction et la bonne éducation ne sont qu'un vernis superficiel.
Si 'The Servant' est certainement surestimé en tant qu'étude des rapports de domination, il vaut certainement le détour pour sa mise en scène étourdissante, largement empruntée au cinéma fantastique et au film d'horreur. Dirk Bogarde est quant à lui un serviteur ambigu très convaincant.
Je découvre plus ou moins Joseph Losey avec ce film, scénarisé par le dramaturge anglais Harold Pinter. Je ne regrette pas le déplacement. Noir et blanc sublime dans cette nouvelle version numérisé (l'appartement a été complètement refait en studio), mise en scène au poil, avec effets de miroir, d'ombres (celle sur le rideau est fantastique), un escalier formidablement bien utilisé avec champ plongeant et contre-champ, et qui symbolise aussi la différence de classe. Quant au scenario, c'est ébouriffant de masochisme, attraction/répulsion (sexuelle ou pas, le champ est ouvert), choix et renoncements. C'est rondement orchestré, sans jamais faiblir. On peut interpréter le film de multiples façons. L'expression des sentiments est assez réduite dans ce film, mais le casting est parfait. Je n'est pas aimé cependant les partitions de jazz, quelquefois dissonantes, en fond sonore, bien qu'elles participent à l'ambiance fantastique du film.
Un chef d'œuvre un cadrage exceptionnel un scénario fantastique sur la dialectique maître esclave entre un aristocrate fin de race et un valet génial tout est fin élégant mais cruel et realiste
The Servant fait partie des rares films de l’histoire du cinéma à faire preuve d’une exemplarité esthétique si irréprochable. Joseph Losey a su mettre en scène un maître déchu et son valet aux moeurs décadentes, en faisant des décors une métaphore grandiose du théâtre élisabéthain de William Shakespeare. Les plans sont soignés, Dirk Bogarde est impressionnant. Du grand art, le 7e art porté à son paroxysme. Il n’y a qu’un pas entre le théâtre et le cinéma. Ce tableau d’une bourgeoisie conservatrice déchue est complexe, pointilliste, novateur.
Œuvre culte du début des années 60, The servant est un incroyable film sur le pouvoir, la domination et la servilité. La mise en scène signée Joseph Losey est impressionnante de maîtrise et son utilisation de la lumière et de l'espace remarquable : la demeure victorienne dans laquelle se déroule l'intrigue, aux nombreux miroirs déformants et aux multiples entrées et sorties, devient quasiment un personnage à part entière. Le scénario du prix Nobel Harold Pinter nous embarque dans des directions complètement inattendues et très surprenantes, abordant de manière implicite des thématiques particulièrement osées pour l'époque. Enfin, les acteurs sont géniaux, Dirk Bogarde, James Fox et Sarah Miles en tête. Fascinant.
Joseph Losey collabore avec le dramaturge Harold Pinter pour réaliser un film classieux à l'extérieur mais hautement malsain à l'intérieur. Nous prenons tout d'abord pitié pour Dirk Bogarde du fait de son poste assez dévalué par son maître et sa fiancée, mais dès l'instant où l'on se rend compte que le serviteur se révèle être un cerveau manipulateur, les sentiments se révèlent retournés avec lenteur et sadisme jusqu'à un final incroyablement pervers sans le moindre repère. Le concept de maître et serviteur est complètement floué une fois qu'une dépendance naît entre les deux hommes, l'un croyant être intrinsèquement supérieur à son employé et l'autre sachant pertinemment que l'un n'est rien sans lui et en profite de toute les manières jusqu'à totalement retourner l'ordre de pouvoir. Losey ne fait pas une critique unilatérale, il en fait par sa mise-en-scène virtuose une horreur générale où les plus vertueux eux-même sont des propriétaires se servant sans vergognes des prolétaires.
Joseph Losey est connu comme le cinéaste de la domination psychologique et morale, des atmosphères malsaines et ambiguës, des jeux de pouvoir sexuel. The Servant est sans doute son chef d'oeuvre le plus célèbre qui présente la relation d'un jeune aristocrate londonien avec son valet qui finira par conduire son maître dans la déchéance. De ce film même s'il traite aussi de la dépravation et des pulsions sexuelles, j'ai retenu surtout la réflexion sur le pouvoir dans les rapports humains puisqu'il y est question d'inversion des rapports de force à travers les thèmes de l'aliénation et du pouvoir dans toute ces facettes : argent, politique, manipulation, amour, sexe ... The Servant est aussi un film sur les effets possibles du temps, les sous – entendus et les sentiments ambigus et offre à Dick Bogarde encore un rôle mémorable dans l'histoire du cinéma. A noter aussi que la mise en scène de ce classique est assez maîtrisée dans l'utilisation du noir et blanc et des jeux de miroir.
Ce film est une petite perle. Dirk Bogarde est parfait dans ce rôle. Il sait très bien joué le valet servile ou le maître intraitable. Car oui il est le personnage central de ce film. Engagé comme domestique il sait être au petit soin avec son maître mais les rôles vont s'inverser. Après la complicité c'est la domination totale qui va s'instaurer entre les 2 protagonistes et c'est leplus fort qui gagne. Ce film se regarde facilement, et le fait que l'action se passe princiaplement dans une maison, un lieu clos, n'est pas un problème. J'aurais aimé une fin un peu plus tranchée, nette.
Une oeuvre terrible, sur la relation entre un aristocrate et ses valets, une oeuvre sombre et ambivalente qui voit s'opérer une inversion des rôles. Le noir et blanc est spectaculaire, les acteurs troublants, tout dans ce chef d'oeuvre est fascinant.
The Servant est la plus belle réussite du cinéaste Joseph Losey. Dirk Bogarde est le valet de Tony. Mais ce dernier est si faible et velléitaire que la situation ne tardera pas à s'inverser. Le serviteur, plus fort que son maître, finira par prendre sa place. Dirk Bogarde commence à s'habituer aux rôles de damnés, mais son jeu triomphe ici de cruauté subtile et violente à la fois. Un film éprouvant, un thriller à glacer le sang par le machiavélisme de ses personnages.
Magnifiquement servi par Dirk Bogarde dans le rôle principal, Joseph Losey a réalisé avec « The servant » un petit diamant noir du cinéma. Au-delà d’une lecture effectuée par le prisme de la lutte des classes, notion éminemment présente dans les années soixante, son film parle du pouvoir des individus sur leurs semblables, sur le plan individuel et psychologique. Des excès de ce pouvoir, symbolisés par l’assurance de l’aristocrate et ses humiliations envers son domestique, et de la lutte pour ce pouvoir, dans laquelle tous les coups sont permis, et utilisés par le domestique en question. La première heure est exemplaire : le lent et subtil glissement vers la manipulation perverse est magistralement mis en scène par Losey ; les angles de prises de vue, le montage, l’utilisation des miroirs (mémorable plan des deux miroirs symbolisant les deux facettes du personnages) distillent un trouble progressif dans l’esprit du spectateur, créant une atmosphère suffocante, jouant sur la relativité et la finesse des rapports de force comme sur les ambiguïtés sexuelles. Après une ellipse excessive suite aux retrouvailles dans le bar, les protagonistes ont bien (trop ?) changé, le spectateur ayant manqué une étape de leur process d’évolution, et la finesse jusqu’alors exemplaire du film laisse place à des scènes tout aussi esthétiques mais un peu outrancières, qui empêchent l’œuvre d’atteindre la perfection.