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GéDéon
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2,5
Publiée le 24 novembre 2023
Avec comme sujet de prédilection la famille, Yasujirô Ozu propose ici une variation sur le thème de l’amour au sein du couple. Dans ce film sorti en 1952, le réalisateur s’attaque à la question du mariage arrangé, pratique très utilisée au Japon après la Seconde Guerre mondiale. Deux époux, aux origines sociales différentes et sans atome crochu, vont progressivement se rapprocher au gré d’infimes efforts basés sur le simple dialogue. En raison d’une intrigue minimaliste et d’une faible densité de personnages, le récit se complet dans la contemplation passive assortie de quelques longueurs. Le portrait de la société nippone de l’époque, alors en pleine transformation, reste tout de même intéressant. Bref, une œuvre tendre mais peu incisive.
Si la réalisation est caractéristique du formalisme d'Ozu, avec ses plans fixes et ses cadrages géométriques, le film propose plus de scènes en extérieurs et même de mouvement: une balade en voiture dans les rues de Tokyo en ouverture (où l'on découvre que les femmes japonaises ne sont pas insensibles à la beauté de Jean Marais!), un voyage en train, un avion qui décolle ou une course cycliste dans un vélodrome. De fait, la comédie sociale d'Ozu apparait plus dynamique qu'à l'habitude, du moins concernant ses films d'après-guerre, les seuls que je connaisse. Dans ce film qui a longtemps le ton de la comédie de moeurs, en dépit des thèmes sérieux qu'il aborde, le cinéaste place au coeur du sujet le couple bourgeois des Sakate, couple dans l'ennui et sans amour -résultat probable d'un mariage arrangé dans la tradition japonaise. Monsieur s'est fait une raison, pas madame qui méprise la rusticité de son mari et revendique sa liberté. Ce sont deux personnages simples, comme souvent dans le cinéma d'Ozu, qui sont d'autant plus attachants qu'une certaine mélancolie gagne le récit. Y affleurent les sujets récurrents du cinéaste: un rappel pudique de la guerre encore présente dans les esprits, le refus -voire la rebellion- des jeunes filles, incarnations d'un mode toujours plus occidentalisé, du mariage forcé, la solitude qui est une obsession chez Ozu, cette solitude qui pourrait être celle du couple Satake s'il venait à se séparer. Le charme du cinéma d'ozu opére plus que jamais, celui attaché à la culture japonaise...et celui de ses actrices séduisantes.
C’est la question du mariage arrangé et surtout les relations de couple que Ozu aborde avec ce film inégal. Inégal car la première partie donne une impression de frivolité, de superficialité et de redites, alors que la seconde atteint une puissance tranquille inattendue. L’évolution de la relation entre la tante et l’oncle donne alors lieu à plusieurs scènes de grande profondeur, le cinéaste montrant ses personnages sur la voie de la raison avec empathie et tolérance (en particulier dans la scène qui explique le titre du film). La singulière scène symbolique finale faisant preuve d’humilité et de lucidité.
« Le Goût du Riz au Thé Vert » d'Ozu est l'une de ses œuvres les plus réussies. Surprenant par son influence des comédies de mœurs hollywoodiennes, ce film se distingue par l'utilisation dynamique du travelling, une mise en scène vivante et aérée, avec des personnages souvent dans des lieux publics animés. Le film aborde les thèmes familiers d'Ozu, comme le mariage arrangé et les conflits intergénérationnels, tout en injectant un brin de cynisme. Le final, présentant un jeune couple en devenir, est particulièrement saisissant, suggérant que l'homme aura la vie dure. Ce film offre un mélange d'émotions, de fraîcheur et d'humour, typique du maître Ozu. Les acteurs, notamment Shin Saburi, un mari tendrement résigné, offrent des performances puissantes, rendant le portrait du couple japonais captivant et authentique. Malgré quelques longueurs, la simplicité et la tendresse de l'histoire sont séduisantes. Le film illustre brillamment les complexités de la vie conjugale et les espoirs et défis de la société japonaise de l'époque, faisant d'Ozu un observateur perspicace de la condition humaine. WHITE FINGERS : LA PISTE SYSKIYOU (TOME 1) et LE CIMETIERE DES SQUAWS (TOME 2) (Amazon Kindle).
Grâce à Arte, j'ai pu enfin découvrir cet immense chef-d'œuvre. D'une maîtrise impeccable, du jeu des acteurs à la mise en scène, Le goût du riz au thé vert célèbre la vie humaine dans ses moindres détails, avec humour et compassion. Ozu est vraiment l'un des plus grands cinéastes de tous les temps. C'est un film aussi léger que profond, qui permet après son visionnage de méditer sur le sens de notre vie et de notre rapport aux autres. C'est également un récit très touchant sur l'amour encastré dans une société vieillissante qui doit se repenser pour accéder au véritable bonheur. Un formidable message d'espoir !
Ozu traite ici plus en profondeur du sujet des mariages arrangés, qui semblaient alors très répandus dans le Japon de la première moitié du vingtième siècle. Un couple d'âge mûr, ayant subi ce genre d'union, est en train de se fissurer, victime de ses différences désormais trop apparentes. Pourtant, ils désirent que leur nièce se marie de la même façon. Mais la demoiselle, issue d'une génération plus rebelle, tient tête à son entourage, fermement résolue à accomplir un mariage librement consenti. Un peu plus de plans en extérieur dans ce film d'Ozu, plus de géométrie aussi, en lignes verticales, horizontales ou rectangulaires dans les décors, faisant penser à du Mondrian en noir et blanc. Des alignements en mouvement (les travées d'un pont filmées de l'arrière d'un train), ou statiques (des seaux disposés dans un couloir). On retrouve, en outre le décorum habituel du cinéaste. Les trains, les jeux, le saké, et surtout les repas. Les repas, véritables ferments relationnels, réunissant les êtres, apaisant les discordes, prennent ici une importance philosophique et métaphorique, que ce soit dans un bol de nouilles au bouillon, ou, bien entendu, dans un bol de riz au thé vert. Encore une fois, merci Monsieur Ozu.