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Nico2
98 abonnés
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4,0
Publiée le 9 novembre 2006
Un film qui s'inspire très clairement des westerns de Sergio Leone, que ce soit par son personnage principal qui n'est pas sans rappeler Clint Eastwood ou par la réalisation de Sergio Corbucci. Si ce dernier n'est pas Leone, son film a le mérite d'avoir tout de même une certaine classe mais ce sont surtout la musique d'Ennio Morricone et l'excellente interprétation de Jean-Louis Trintignant et Klaus Kinski qui font énormément dans la qualité de ce western doté d'une fin très réussie. Un très bon film qui montre que le western italien a autant de mérite que le western américain.
Jean-Louis Trintignant en héros muet face à Klaus Kinski en chasseur de primes sans scrupules. Le face-à-face fait vraiment envie et donne au final un des meilleurs western spaghettis, et le meilleur non-Leone avec le dernier face-à-face de Sergio Sollima. L'histoire est assez archétypale des westerns transalpins de l'époque : un héros, muet cette fois, est payé pour tuer le chasseur de primes Tigrero, lui-même travaillant pour Pollicut, l'homme qui a rendu Silence muet. De plus, le nouveau shérif de la ville tient à régler les choses à l'amiable face aux hors-la-loi pourchassés, ce qui n'est pas du gout de Tigrero et de Pollicut. Dans l'ensemble, les cadrages de Corbucci sont moins maitrisés que ceux de Leone, mais le grand silence contient de grands atouts esthétiques : l'omniprésence de la neige qui donne au film une beauté particulière, les deux acteurs principaux, irréprochables, et sa fin qui reste une référence ( non seulement pas son fond, mais je trouve que les plans lors du duel Tigrero-Silence sont les plus beaux du film ). N'oublions pas une très belle partition de Morricone et l'on obtient un film qui, faute d'être assez réussi plastiquement pour être un chef d'oeuvre, reste très intéressant.
Parfois considéré comme le meilleur western de Sergio Corbucci, Le Grand Silence est clairement l'une de ses réussites mais à titre personnel je lui préfère son Django ou encore Companeros et Le Mercenaire. Le derniers tiers de ce western enneigé est de loin la meilleure partie du film, ce final totalement nihiliste, noir et cruel est un summum du genre, très marquant (voire original par son approche) cette conclusion nous happe par son ton quasiment insolent, on peut qualifier sans problème cette scène de chef-d'œuvre. Ce film fait partie du genre parfois (souvent) appelé western spaghetti qui en-dehors de ceux de Sergio Leone est à voir car à part un rythme un peu lent (surtout dans sa 1ère moitié), d'une histoire un peu embrouillée et de certains décors cheap (les intérieurs surtout) c'est un très bon western italien au ton tragique. Belle musique signée Morricone, casting remarquable avec dans les 2nds rôles des acteurs notamment Franck Wolf (peut-être le personnage le plus sympathique et droit) puis dans les rôles principaux Klaus Kinski excellent en salaud de la pure espèce face à lui Jean-Louis Trintignant jouant un pistolero muet et il prouve qu'un comédien n'a pas besoin de textes pour s'imposer à l'écran, il apporte de la mélancolie à son personnage. La 1ère fois que j'avais vu ce film j'étais resté un peu sur ma faim mais en le redécouvrant je vois des choses qui m'ont échappé comme ses paysages enneigés apportant un climat particuliers presque irréel voire fantastique, la blancheur des paysages contrastes avec l'habituel désert aride des westerns italiens tournés en Espagne (Corbucci a tourné son film dans son pays notamment à Cortina d'Ampezzo d'ailleurs l'acteur français raconta que lors de scènes ou il était sensé être seul de l'autre côté du tournage se baladaient des skieurs), on sent le réalisateur inspiré par Leone notamment avec l'utilisation de flashbacks. Donc voilà un western à découvrir absolument ne serait-ce que pour son final.
Le personnage nommé "Silence" ressemble étrangement au personnage nommé "L'harmonica" de "Il était une fois dans l'ouest" du grand Sergio. Ne parlant pas pour le premier ou peu pour le second, ils sont tout deux animés par un désir de vengeance dont il faut trouver la cause dans leur enfance. La liste des points communs s'arrête pourtant là. Le film de Corbucci, s'il ne manque pas de détails et de situations baroques, comme tout western-spaghetti, souffre d'une réalisation approximative, de dialogues insipides et d'une interprétation hétérogène. C'est plutôt du point de vue formel que le film apporte : la fin qui prend à contre sens les canons du genre et le personnage central qui est un anti-héros. La dimension politique et sociale y est plus marquée aussi.
Beaux décors enneigés de l'Utah. Jean-Louis Trintignant est très convaincant en justicier muet. De même que Klaus Kinsky en méchant chasseur de primes. Le début et la fin m'ont fait penser au "Spécialiste" de Sergio Corbucci. Le fait que ça finisse mal change des westerns spaghettis habituels.
Certains considèrent ce film comme le meilleur western spaghetti, sans doute à cause de sa fin, où c'est le "méchant" qui triomphe, sorte d'apogée de l'ironie et de la noirceur propres à ce genre. Notons cependant que le film ne va pas jusqu'à suggérer que l'affreux Kinski tire plus vite que le ténébreux Trintignant, car avant d'être achevé, celui ci à été traitreusement blessé aux mains par un complice de Kinski. Mais l'histoire a un arrière goût politique prononcé qui fait tout le prix de ce film : ceux qu'on appelle les "hors la loi" sont en fait des réprouvés de la société, qui ont été volontairement marginalisés par des notables, des banquiers pour des raisons électorales où financières. Leur tête mis à prix, ils sont tombés dans l'escalade du vol et devenu une véritable mine d'ore pour les chasseurs de primes assoiffés de sang et d'argent. En poussant l'analyse un peu plus loin, ce western a des airs de La port du paradis de Cimino. Les victimes de la chasse aux sorcières ne sont plus les immigrants, mais de pauvres types que l'on veut éliminer. Le système économique qui découle de ce sanglant trafic est clairement pointé, il permet d'enrichir les chasseurs de prime et le banquier qui prête l'argent des primes aux autorités. D'autre part il rassure la populace. "Silence", joué par Trintignant, fait plutôt parti des réprouvés, mais sa rapidité au tir en a fait une sorte de vengeur muet embauché par les familles des hors la loi assassinés. D'un point de vue formel, ce western est marqué par une incroyable présence de la neige, de la glace, du froid, éléments qui obligent souvent les "réprouvés" à se découvrir pour ne pas périr. Cela donne aussi l'occasion à Corbucci de montrer de façon très réaliste les blessures sanglantes dans la neige immaculée. La musique est loin d'avoir l'impact de celle de Sergio Leone, elle se fait plus discrète, s'effacant devant les paysages et la noirceur de l'histoire racontée.
Corbucci sait créer une ambiance et réédite ici son style après "Django". C'est violent, drôle, parfois angoissant mais toujours prenant. "Le Grand Silence" est le western-spaghetti classique dans son approche, mais cherchant tout de même à contourner les clichés, notamment avec la neige choisie comme paysage principal. Il n'y a pas de scénario poussé ou original, juste une histoire mélangeant règlements de compte et chasseurs de primes. Mais c'est très agréable, et ce, peut-être du fait qu'il n'y a pas d'autre intention que de divertir. Corbucci n'est pas Leone : il le sait et l'assume. Il a un rang de maître de la série B à défendre et s'aquitte admirablement, avec métier et brio, de sa tâche. Cette fois-ci, le héros est muet. Comme d'habitude, il aime bien dégainer et a la gachette facile. Son personnage est intéressant mais manque en fait de profondeur. Cela provoque de nombreux dialogues explicatifs de la part des autres protagonistes et c'est bien dommage. Pour quelque chose d'aussi visuel, je pense que certains passages théâtraux auraient pu être évités. Et puis, des changements de rythme plus accentués auraient été préférables. Il y a plus un suspense qui s'installe que de véritables envolées, qu'elles soient lyriques et/ou sanglantes. Il est vrai que la musique de Morricone aide à conserver l'attention du spectateur mais elle n'est pas le seul point positif : la performance de Klaus Kinski est à signaler car il est réellement effrayant. J'ai eu l'impression que "le Grand Silence" se détournait par instants dans le fantastique voire l'horreur car il est assez stressant. Il est également paradoxal car sa base est constituée de clichés mais qu'il se démarque par périodes de ces figures conventionnelles. C'est une oeuvre bizarre qui mérite d'être vue, mais réservée à un public averti car déstabilisante, et je le répète, stressante.