Leçons de ténèbres
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gimliamideselfes

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4,0
Publiée le 19 mai 2016
Leçons de ténèbres s'ouvre sur une citation de Blaise Pascal, indiquant que le système solaire allait finir comme il a commencé, dans la beauté. Le lien avec le film ? La Terre fait partie du système solaire. Il ne faut rien de plus pour que Herzog filme, quasiment sans interventions de sa part, des paysages magnifiques sur fond de musique wagnérienne. Mais ces paysages sont en réalité les puits de pétrole koweïtiens ayant pris feu. D'où le lien avec Pascal.

On assiste à l'absurde beauté du monde, qui détruit tout... tout est envahi par ce pétrole, qui, vu du ciel, semble si beau. On voit ces hommes au travail, et j'aime voir les hommes travailler, prêts à prendre des risques, à s'embourber dans le pétrole, à ressortir et dégoulinant... Ce travail qui devient petit à petit le sens de leur vie. Si bien que lorsque l'on a trouvé comment éteindre ces feux, comment canaliser ce pétrole qui jaillit, il n'y a plus qu'une seule solution : tout enflammer à nouveau afin que la vie reprenne son sens.

On a très peu de témoignages, deux, si j'ai bien compté. Et là c'est très intéressant de faire le parallèle avec un navet du genre Human de YAB. Ici on n'a pas l'impression, malgré la beauté des feux, de voir une pub pour Canon, nouvelle imprimante aux couleurs éclatantes... Ici Herzog laisse parle, laisse s'exprimer, et surtout ne coupe pas lorsque la personne termine de répondre. Il filme dans leur environnement, pas dans un décor neutre... Ce qui fait que tout à coup, ces gens existent, ils sont là, on comprend ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent, ce qu'ils ont vécu (enfin si on peut le comprendre). C'est ça que j'aime dans un documentaire, c'est voir ces moments informels, ces moments où on sort du cadre, on filme les petites choses, les détails, où il ne se passe rien, alors on regarde l'homme (enfin, dans ce cas, la femme).
Pascal
Pascal

253 abonnés 2 400 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 7 mars 2026
Ressortie en salle de plusieurs titres documentaires de Werner Herzog ( dont ce " Leçons de ténèbres" qui fit scandale à sa présentation au festival de Berlin.

En voulant se mettre en surplomb en filmant les puits de pétrole encore en feu après la guerre du golfe (1991), mais sans jamais situer précisément le lieu de tournage, Herzog au lieu de faire preuve de profondeur, d'empathie, filme les conséquences de la guerre avec esthétisme.

Ici Herzog ne cherche pas à réparer, à proposer une solution résiliente, un soutien aux victimes, non.

Il vient poser sa caméra au Koweït de 1992, à la manière d'un photographe de guerre à la recherche d'une bonne photo de victimes ou de désastre, qui lui permettra de payer ses factures en rentrant.

Herzog montre finalement son vide intérieur dans cet opus problématique, dont les intentions ne sont au fond que des considérations narcissiques.

" Leçons des ténèbres " offre deux interviews, courtes non suffisamment contextualisees mais bouleversantes et terribles. Elles doivent représenter moins de cinq minutes à elles deux. C'est en raison de leur présence que le film ( selon moi ) mérite d'être visionné.

Ce que montre aussi Herzog ( mais pas certain qu'il en soit conscient, le contraire est même très probable) c'est aussi la part de ténèbres qu'il porte sans doute en lui.

On ajoutera que la citation qu'il prête à Blaise Pascal en début de projection, est en réalité de lui. La boucle narcissique paraît bouclée.
Fêtons le cinéma

849 abonnés 3 655 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 septembre 2024
Le scandale suscité par la projection au Festival de Berlin témoigne d’une incompréhension à l’égard de la démarche esthétique d’un cinéaste qui n’en était pourtant pas à son coup d’essai : Herzog ne se complaît aucunement dans la misère mais compose un long poème où le profane du documentariste rencontre le sacré des textes, de la musique et des images captées pour l’essentiel depuis une hauteur démiurgique. Ce que représente Lektionen in Finsternis est la lutte intestine entre les puissances à l’œuvre dans la nature et, par conséquent, dans l’homme : l’eau devient pétrole, la fumée s’enflamme, l’individu s’éprouve au contact d’un chaos au sein duquel il trouve un sens à ses actions et à son existence. La façon qu’a la caméra d’arpenter les étendues désolées se heurte aux portraits brossés de témoins qui, comme dans la Bible, ont perdu l’usage de leur sens, en l’occurrence ici la parole. La narration, réduite à quelques phrases, et le chapitrage en actes offrent un livre de l’Apocalypse réactualisé qui rompt avec les repères spatio-temporels en les présentant sommairement dans les premières minutes pour ensuite sillonner un no man’s land au cœur de l’humanité. « Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car les premières choses sont passées » (Apocalypse, 21 :4). Un chef-d’œuvre sur la folie humaine et sa répercussion dans l’environnement.
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