Le Venin de la peur
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soniadidierkmurgia

1 433 abonnés 4 334 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 avril 2016
Cinéaste de genre italien dans les années 60 et 70, Lucio Fulci a forcément tâté du western et du giallo, spécialités transalpines réputées de cette époque. Si " le venin de la peur" qui vient juste après "Perversion Story" (1969), autre film à suspense, est classé aujourd'hui parmi les gialli, il n'en adopte pas, loin de là, tous les archétypes et tente plutôt une synthèse entre certains films d'Hitchcock et le fameux "Répulsion" de Roman Polanski (1965) dont il reprend comme une obsession le thème de la frustration sexuelle. Le film se situant à Londres et l'héroïne (Florinda Bolkan) comme Catherine Deneuve se nommant Carol, la filiation est sans équivoque. Après avoir longtemps œuvré dans le domaine de la comédie facile en tant que scénariste puis comme réalisateur débutant notamment avec une participation à quelques films du duo comique Franco (Franchi) et Cissio (Ingrassia), Fulci effectue une mutation spectaculaire qui passant par le giallo l'amène jusqu'au fantastique horrifique qui fera sa réputation posthume. Comme il n'était pas rare à l'époque en sus du casting cosmopolite de rigueur, le film se choisit un cadre londonien ("Mais qu'avez-vous fait à Solange" de Massimo Dallamano en 1972, "Toutes les couleurs du vice" de Sergio Martino en 1972). Auteur de l'histoire et participant au scénario, Fulci concocte une machination très bien orchestrée essentiellement basée sur l'exposition des fantasmes érotiques et le pouvoir de fascination induit par la cure analytique dont l'efficacité a déjà fait ses preuves chez le maître du suspense, Alfred Hitchcock, à qui le réalisateur rend clairement hommage dans plusieurs scènes explicites ("Sueurs Froides", "La maison du docteur Edwards", "Les oiseaux"). Mais les mœurs s'étant depuis grandement libérées, Fulci bénéficie d'une liberté d'expression toujours refusée au maître qui devait en passer par des arabesques savoureuses malgré tout explicites. C'est ainsi que les très belles Florinda Bolkan, Ania Strindberg ou Silvia Monti offrent au spectateur leurs plastiques avantageuses dans des scènes oniriques plus que suggestives du meilleur effet car jamais vulgaires. Des producteurs français avides et avisés profiteront des problèmes du film avec la censure pour sortir une version dite "non censurée" au titre racoleur, "Carole; les salopes vont en enfer", qui en dit long sur l'opportunisme de la démarche. Joies et délices du cinéma bis de ces années-là. Point de couteau à la lame tranchante ou de tueur en série pour Fulci, l'angoisse étant provoquée par l'étrangeté des lieux, les fausses pistes du scénario, la musique de Morricone et le montage intelligent. C'est pour ces raisons que la parenté directe avec le giallo peut être discutée. Il n'en reste pas moins que tout à la fois envoûtant et captivant le film fait honneur à la production italienne de cette époque trop souvent sous-estimée. On l'a dit le film est très référentiel notamment dans le domaine pictural (Bacon, De Chirico, Dali) montrant la grande culture de Fulci qui taquin et grand admirateur de "M le maudit" de Fritz Lang (1932) met dans la bouche de l'inspecteur chargé de l'enquête (Stanley Baker), en lieu et place de la traditionnelle comptine enfantine, le sifflotement lancinant qui était le signal indiquant l'accomplissement à venir d'un crime par Peter Lorre (Hans Beckert alias M), ogre hantant les rues du Berlin populaire des années 20. Très raffiné esthétiquement et ne sacrifiant rien au niveau narratif, "Le venin de la peur" constitue un très bon cru du cinéma de genre italien des années 70.
Shawn777

803 abonnés 3 925 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 28 février 2022
Ce giallo, réalisé par Lucio Fulci et sorti en 1971, n'est pas mal mais sans plus. Je dois avouer que je ne suis pas vraiment un fan du réalisateur de manière générale, qui peut être capable de faire de très bonnes choses comme de très mauvaises, mais j'étais tout de même assez curieux de découvrir ce giallo plutôt bien noté. Enfin, giallo, il faut le dire vite car le réalisateur en reprend le concept mais prend des libertés sur la forme ! Nous retrouvons donc l'enquête bien évidemment, agrémentée d'érotisme (ici, très appuyé) et de quelques scènes gores (surtout pour l'époque). Mais nous n'avons pas vraiment de tueur à proprement parler puisque l'enquête est centrée sur un meurtre en particulier qui survient au début du film. Nous suivons en effet ici une jeune femme qui a rêvé d'avoir tuée sa voisine à coups de coupe-papier. Le lendemain, cette voisine meurt dans les mêmes circonstances et elle est évidemment la première suspecte. Le rêve dans le film est très important puisque nous ne savons jamais vraiment si l'héroïne est dans la réalité ou non. Par ailleurs, le film est agrémenté de quelques scènes oniriques qui finissent quelques fois par perdre le spectateur. Je n'ai effectivement pas accroché sur toute la durée de l'intrigue car le réalisateur tente tellement de dérouter son spectateur avec de fausses pistes qu'il finit par le perdre complètement. Malgré tout, on ne peut que reconnaitre que cela appuie encore plus la force du twist final qui déconcerte de par sa simplicité (ce n'est ici pas un défaut mais bien au contraire une qualité). Nous retiendrons également quelques scènes de tensions, notamment la course-poursuite entre le rouquin et l’héroïne mais nous avons quelques fois l'impression que certaines scènes ne sont là que pour choquer un public des années 70 peut-être un peu trop prude. Comme par exemple la scène avec les chiens qui n'a pas vraiment d'utilité, si bien mise en œuvre soit-elle. "Le Venin de la peur" n'est donc malheureusement pas passionnant sur toute sa durée mais il en résulte quand même quelques très bonnes idées.
pierrre s.

554 abonnés 3 426 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 3 juin 2021
Un film à l'ambiance envoûtante qui s'amuse à perdre le spectateur jusqu'à la révélation finale. A noter une scène de rêve absolument magnifique.
Christian M.
Christian M.

2 abonnés 154 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 avril 2017
(Oublions le titre Français ridicule et racoleur)"Le venin de la peur" est un des meilleurs Giallo tourné par celui qui deviendra le maître du Gore.Fulci est encore très marqué par l'influence d'Hitchcok l'on sent que "Psychose" "Pas de printemps pour Marnie" et même "les oiseaux " ne sont pas loin.Il s'en démarque pourtant par une réalisation ébouriffante multipliant les effets de caméra qui sont la marque d'un grand réalisateur.On pourra noter que Brian de Palma utilisera ce même type d'intrigue psychanalytique et de réalisation osé dans son "Pulsions" quelques années plus tard.Fulci règle aussi ces comptes à une société italienne coincée et délivre son message par des provocation parfois un peu trop gratuites et abrupt.Malgré tout Le Venin de la Peur fait partie avec les premiers film de Dario Argento des oeuvres à posséder absolument pour tous amateurs de cet âge d'or du cinéma italien et pour tout cinéphile en général
Redzing

1 449 abonnés 4 908 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 juillet 2023
Jusqu’à présent, les gialli de Lucio Fulci m’ont agréablement surpris, s’écartant plus ou moins des conventions du genre pour tenter quelques audaces. En l’occurrence, « Una lucertola con la pelle di donna » ne prend pas de gant, et démarre d’emblée avec une séquence de rêve érotique, où se mêlent couloirs cauchemardesques et partouzes !
S’en suit une histoire de meurtre (évidemment !), où notre héroïne apprend que la voisine dont elle rêve fréquemment a été assassinée. Songes et psychanalyses seront au cœur du récit, l’enquête policière en second plan, comme souvent dans le giallo.
Néanmoins l’intrigue est plus cohérente que la moyenne du genre. Avec ici de nombreux faux suspects plausibles, et des parts d’ombres chez chacun, qui rendent les rebondissements crédibles. Tandis que le scénario propose un vrai fond presque politique. Se moquant avec un certain cynisme des bourgeois et de leur utilisation de la psychanalyse. Mais aussi des hippies, qui malgré leur mode de vie, ne sont guère différents des autres.
Mais ce qui m’a marqué ici, c’est la forme. Les séquences de cauchemars sont parmi les plus réussies du film, mêlant une ambiance pop avec un ton baroque (grands angles, montage psychédélique, images sanglantes, musique trippante d’Ennio Morricone…). Et jouant avec de nombreux symbolismes sexuels très évidents.
Je soulignerai aussi l’excellente séquence de poursuite à Alexandra Palace, qui exploite à merveille l’immensité du lieu. Et oui, le film a été tourné en partie à Londres !
Question boucherie, la légende raconte que Lucio Fulci fut convoqué devant les tribunaux pour une mémorable scène mettant en avant des chiens mutilés. Il fut « sauvé » par Carlo Rambaldi, légendaire spécialiste des effets visuels, qui démontra que non, les animaux à l’écran n’étaient pas des vrais !
Côté acteurs, comme d’habitude la distribution féminine est sculpturale. Avec notamment Florinda Bolkan, qui jouera un rôle secondaire important dans le giallo suivant de Fulci, « Non si sevizia un paperino ». Ou Anita Strindberg, qui passe beaucoup plus de temps nue qu’habillée… Chez les messieurs, Jean Sorel, habitué du giallo, a un rôle en retrait. Quant au respecté Stanley Baker (!), on se demande comment il atterri dans cette coproduction italo-franco-espagnole…
Je terminerai en parlant du titre, clairement bricolé pour surfer sur la mode des gialli au titre animalier, alors fraîchement initiée par Dario Argento. Et qui ne trouvera qu’une maigre justification dans les dialogues. Côté français, c’est là encore du fumage de moquette, car il n’est aucunement question de venin ou de poison. Je tire tout de même mon chapeau à cette affiche française aussi improbable qu’incroyable !
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 20 février 2017
Fulci se prend les pieds dans le tapis de son intrigue Hitchockienne bavarde et confuse, menée à grands coups de zoom et de cadrages hasardeux. Pourquoi situer l'action à Londres quand on exploite si peu les décors, une bonne moitié du film se déroulant dans des intérieurs moches. Leo Genn et Stanley Baker sont venus prendre un cachet, sans être sûrs d'avoir lu le script, quant à Jean Sorel, il fait tapisserie. Les scènes d'amour entre femmes qui pouvaient scandaliser le spectateur de l'époque, n'inspirent que de l'ennui, et le gore fulcien semble dans le cas d'un tel sujet, n'être qu'une un vilaine tache d'encre rouge. La musique d'Ennio Morricone, se suffit à elle-même.
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 19 août 2019
Un giallo très psychédélique, avec des séquences de rêve complètement imprégnées du mélange de libération et d’inquiétude propre au début des années 70, comme une version hyper-kitsch de l’atmosphère de Rosemary’s baby. On retrouve le sens du décor propre aux meilleurs gialli, quelques belles idées visuelles et des scènes plutôt efficaces prises isolément, mais l’intrigue a peu d’intérêt et cette fin à tiroirs est interminable. Quant à l’esthétique, la réalisation tout en zooms et caméra tremblante, la photographie grisâtre, les costumes et décors au goût douteux, tout ça a vraiment trop mal vieilli pour être plaisant.
Fred E
Fred E

12 abonnés 348 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 2 avril 2024
Fulci a réalisé des Giallis plus réussis notamment avec "L'enmurée vivante", et avec surtout "La longue nuit de l'exorcisme". Cela manque cruellement de rythme et le jeu d'acteur est inégal. Quant au scénario, il est trop alambiqué pour convaincre réellement. L'érotisme est par contre bien présent dans le film, mais ce n'est pas ce que je recherche principalement avec un film de Fulci.
rogerwaters
rogerwaters

168 abonnés 1 089 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 septembre 2015
Si le titre français Carole se justifie, il faudrait supprimer celui des Salopes vont en enfer, visiblement utilisé en province pour surfer sur la vague des films érotiques. Ou alors, pourquoi ne pas lui préférer le titre vidéo Le Venin de la peur ? Dans tous les cas, le thriller érotico-onirique de Lucio Fulci vaut bien plus que son exploitation catastrophique sur notre territoire. Revu grâce à la sortie récente du combo blu-ray-DVD chez l’éditeur Le Chat qui fume, le film mérite de nombreuses louanges tant il se distingue du giallo traditionnel par l’ajout d’une dimension onirique et surréaliste particulièrement réussie. Le film, parfois bis à cause d’effets spéciaux un peu foireux, n’en demeure pas moins une expérience forte grâce à une histoire tortueuse à souhait, une réalisation hallucinée qui en met plein la vue, une excellente partition d’Ennio Morricone et une rage non contenue envers la société. Ainsi, Fulci initiait une œuvre où la misanthropie lui permet de renvoyer dos à dos policiers et criminels, bourgeois et prolétaires, réactionnaires et progressistes dans un grand élan de détestation généralisée. Le tout est agrémenté de scènes sensuelles réussies, de quelques plans gore bien dérangeants et de tout ce qui fait les qualités et défauts d’un cinéaste décidément très attachant.
Hector de Troie
Hector de Troie

1 abonné 64 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 juillet 2025
Carole Hammond est la fille du célèbre avocat Edmond Brighton, qui se présente aux élections. Elle est aussi l'épouse du jeune avocat Frank, qui travaille dans le bureau de son beau-père. Elle semble mener une vie tranquille et monotone, bien qu'elle soit obsédée par la belle Julia Durer, une voisine qui mène une vie dissolue. Au cours d'une séance avec le psychanalyste, Carole raconte qu'elle a rêvé de tuer Julia. Le jour même, celle-ci est retrouvée morte exactement comme dans son rêve.

Ce meutre va déclencher une enquête qui laisse dubitatif les policiers, qui peut lui en vouloir ? D’autant plus qu’Edmond a reçu un coup de fil tentant de le faire chanter. On suit cette enquête sur une famille très bourgeoise de Londres sur qui les malheurs s'abattent. Les malheurs étant représentés ici par les hippies et leur mode de vie. Tout semble s'abattre sur la pauvre Carole qui en plus d’avoir vu ses cauchemars se réaliser est poursuivie par deux hippies qui semblent lui vouloir du mal.
Encore plus onirique et psychédélique que son premier film, le Venin de la peur, profite d’une mise en scène vraiment plaisante. On retrouve ici l'ambiance d’une Londres à la fin des années 60 entre rigidité de sa bourgeoisie et l’arrivée des années 70. Les plans et les architectures sont ici plus mis en avant que dans son premier film. Il y a des scènes superbes et terrifiantes notamment la clinique et l’église. Les rêves de Carriole sont aussi terrifiants, j’aime assez comment une ambiance psychédélique peut être inquiétante, un peu comme un bad trip.
Les acteurs sont assez marquants notamment Jean Sorel, ultra classe, l’équivalent de Robert Redford à la française !
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